Entretien Exclusif : « Je n’aurais jamais dû aller en Algérie », Hugo Broos

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Le sélectionneur sud-africain Hugo Broos a accordé une interview exclusive à AfricafootUnited, au lendemain de la finale de la CAN 2023 en Côte d’Ivoire.

Troisième de la compétition avec les Bafana Bafana, le technicien belge est revenu entre autres sujets sur son histoire avec l’Afrique et la CAN, la prestation de son équipe actuelle, mais a aussi accepté de prononcer sur son sacre de 2017 avec le Cameroun et la gestion actuelle du football camerounais par Samuel Eto’o. Hugo Broos s’est aussi exprimé sur ses expériences foireuses, notamment en Algérie.

AFU: Coach Hugo Broos félicitations pour votre 3e place et merci de nous recevoir dans votre hôtel !

Broos: « Merci, c’est moi qui vous remercie »

AFU: Vous venez de disputer votre 2e CAN, et ça vous fait exactement 13 matchs en carrière dans cette compétition en deux éditions. Vous avez été une fois sacré champion avec le Cameroun, et l’autre fois vous terminez 3e avec l’Afrique du Sud. Mais on constate que Hugo Broos ne s’est incliné qu’une seule fois en 90 minutes en 13 matchs de CAN : Quel est le secret d’Hugo Broos ?

Broos: « (rire) C’est surtout les joueurs qui font ces résultats, il n’y a pas de secret. Après c’est le coach qui leur dit comment il voit les choses, et qu’ils doivent faire attention, mais à la fin, une fois sur le terrain, ce sont les joueurs qui doivent le faire, donc c’est à eux le mérite. Que ce soit avec le Cameroun ou avec l’Afrique du Sud, j’ai eu de bonnes équipes. Et le fait qu’on ait perdu qu’une seule fois (face au Mali en 2024, ndlr) sur treize, j’en suis surpris aussi, mais il n’y a pas de secret particulier, à chaque fois on joue pour essayer de gagner les matchs. »

AFU: Vous parlez de gagner les matchs, mais au niveau des chiffres on constate que les équipes de Hugo Broos à la CAN ont concédé seulement 3 buts, et n’en ont marqué que 7 à chaque fois, est-ce à dire que Hugo Broos est un entraîneur défensif et qu’il assume cela ?

Broos : « Non ! Je ne pense pas ! Chaque fois, je pense qu’on manquait vraiment un buteur dans le groupe. Quand vous regardez par exemple le Nigéria, il y a Osimhen, au Sénégal il y a Mané, nous on n’avait pas ce joueur là. C’était un peu moins le cas au Cameroun, mais Aboubakar n’était pas dans son meilleur état, même s’il a marqué ce but décisif en finale. Avec l’Afrique du Sud, c’était ça notre point faible, il nous manquait un buteur. On se crée des occasions, mais on n’arrive pas à concrétiser. Je ne suis pas un entraîneur défensif, quand vous voyez les match qu’on fait ici à la CAN contre le Maroc ou le Nigeria et d’autres équipes, il y avait du jeu ».

AFU: Toujours dans le registre des constats, on remarque qu’à chacune de vos CAN, vous avez eu le meilleur gardien de la compétition. Fabrice Ondoa avec le Cameroun en 2017, et cette fois Ronwen Williams, est-ce que ce n’est pas là l’une des clés de la réussite d’Hugo Broos ?

Broos: « Mes gardiens ont à chaque fois joué un rôle important. Ondoa en 2017, je me rappelle que lors du 3e match de poule il fait de superbes arrêts, et en quart face au Sénégal il stoppe le penalty de Mané, donc il a été décisif. Ronwen, je me rappelle qu’à la dernière minute contre le Cap-Vert il sauve une grosse occasion, il stoppe 4 penaltys et deux autres contre la RD Congo en match de classement. Ils ont été décisifs et méritent cette place, et ça compte aussi, car on dit souvent qu’une bonne équipe c’est un bon axe, donc une bonne colonne vertébrale, et ça part du gardien. »

AFU: Vous parliez tout à l’heure de Vincent Aboubakar, coach on se souvient de votre décision de le reléguer sur le banc en 2017, ainsi que Nicolas Nkoulou. On se souvient surtout que ce sont les deux qui rentrent en jeu et offrent le titre aux Lions avec un but chacun en finale face à l’Égypte. Coach comment s’est prise cette décision pour des joueurs aussi importants de l’effectif et comment vous réussissez à les relancer ?

Broos: « Premièrement quand tu décides de les écarter, c’est que tu as une bonne raison de le faire. Aboubakar n’était pas dans son meilleur état, il a joué les deux premiers matchs, mais très faible. J’ai eu un échange avec lui, et il a compris. Et parce qu’il avait compris, il a su être décisif à la finale, car son moral était bon. Avec Nkoulou, on avait Ngadeu et Teikeu qui faisaient de bons matchs, et il ne fallait pas changer. Et Nkoulou l’avait compris. Après quand on a eu besoin de lui contre le Gabon et contre l’Egypte après la blessure de Teikeu, il a répondu présent. Et ça prouve aussi qu’à chaque fois j’ai un groupe de 23 joueurs, qui sont tous prêts à faire le job. Et ça c’est très important dans un tournoi. »

AFU: Vous avez affronté de grandes équipes dans votre parcours ici en Côte d’Ivoire, notamment le Mali, le Maroc et le Nigéria, mais qu’est-ce qui a manqué à cette équipe pour aller au moins en finale ?

Broos: « L’expérience, je pense ! Il est très important de savoir ce qui se passe sur le terrain. J’en ai moi-même fait l’expérience avec le Cameroun en 2017, au premier match de la compétition j’étais surpris. Chaque équipe joue pour sa vie, c’est très intense. Et je le comprends, car les joueurs ici savent qu’une bonne prestation à la CAN ouvre les portes pour un transfert en Europe, et donc ils sont très motivés. Beaucoup de joueurs de mon effectif jouaient leur première CAN. C’est certainement ce qui nous a manqué, mais aussi de la lucidité, car il faut se créer des occasions, c’est vrai, mais il faut les mettre au fond. Contre le Nigeria par exemple, on a une grosse occasion à la deux minutes de la fin, tu dois mettre ça au fond, mais tu rates. Je ne vais pas reprocher ça aux joueurs car ça arrive, et c’est par manque d’expérience. »

AFU: Du coup on a envie de vous demander au passage, c’est quoi votre meilleur souvenir comme entraîneur en Afrique ?

Broos: « Il ne faut pas chercher trop longtemps, je pense que c’est la victoire avec le Cameroun en 2017. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’entraîneurs qui ont vécu cela. Il n’y a rien de plus beau que ça. »

AFU: Après vous en 2017, le Cameroun n’a traversé le Cap des quarts de finale qu’une seule fois, c’était en 2022 à domicile. Selon vous, c’est quoi le problème de l’équipe du Cameroun aujourd’hui ?

Broos : «  Pour connaître les problèmes il faut être dedans, pour les sentir. Depuis cette victoire en 2017 je n’ai été au Cameroun qu’une seule fois. Du coup je sais juste ce que je lis dans la presse. Et je peux vous dire qu’il y a une très grande pression sur l’équipe du Cameroun. À chaque fois qu’ils vont à la CAN à chaque fois qu’ils vont à la Coupe du monde, on attend le résultat. À chaque fois il faut gagner. Il n’y a pas de discussion, on va à la CAN pour gagner. Et ce n’est pas évident pour les joueurs, c’est trop de pression. Mois j’ai réussi en 2017, à tenir cette pression en dehors de l’équipe, et ça a été très important. Parce que si tu dois à chaque fois débuter un match en te demandant qu’est-ce qui va se passer ? C’est un gros problème. Je pense qu’on met trop de pression sur cette équipe quand elle va à la CAN ou à la Coupe du monde. »

AFU: Après votre départ en 2017, dans une interview accordée à un média européen, vous avez dénoncé la forte implication de Samuel Eto’o dans le football camerounais. Est-ce que vous pensez que aujourd’hui qu’il est président de la Fédération, il est davantage un problème pour le football camerounais ?

Broos: «Samuel Eto’o a toujours eu une très grande personnalité. C’est pour cela qu’il pense qu’il doit être partout. Il prend souvent des initiatives même au moment il ne doit pas le faire. Il doit laisser travailler les gens. Même s’il a l’expérience, parce que c’était vraiment un très grand joueur, il doit se distancer un petit peu. Et c’est ça le problème d’Eto’o.

Eto’o veut faire du bien pour son pays mais parfois il est trop sur l’affaire. C’est pas toujours bien parce que tu mets les gens en doute. Personne n’ose dire non à Eto’o parce que quand tu es devant lui tu es devant un grand joueur. Et c’est ça son problème. C’est pas négatif ce que je dis mais peut-être si il se distance un peu et laisse travailler les gens un peu plus en liberté, sans qu’il soit toujours là, je pense ça peut aider.»

AFU: Coach Hugo Broos vous avez presque tout gagné dans votre carrière de joueur et même d’entraîneur, 4 fois champion de Belgique, 5 fois vainqueur de la coupe de Belgique et 2 fois vainqueur de la coupe des vainqueurs de coupes entre autres comme joueur, et vous avez été 3 champion de Belgique entant qu’entraîneur et il y a aussi eu la CAN avec le Cameroun parmi d’autres titres. Aujourd’hui au crépuscule de votre carrière d’entraîneur est-ce que vous avez des regrets ?

Broos sur son passage en Algérie : je n’aurais jamais dû aller là-bas

Broos: « Je n’ai qu’un seul regret, c’est qu’à un certain moment je n’avais plus de boulot, même en Belgique, et il n’y avait même pas de propositions. J’étais très frustré, car je voulais entraîner, avoir un boulot. Et puis sous cette pression, j’ai fait des mauvais choix. J’étais deux fois en Algérie (2014, JS Kabylie et 2015, NA Hussein Dey, ndlr), je n’aurais jamais dû aller là-bas. J’étais à Trabzonspor j’aurais jamais dû aller là-bas aussi. C’était de très mauvais choix […], et je pense que j’aurais dû avoir un peu de patience que d’y aller. »

AFU: Pour sortir coach, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour l’avenir ?

Broos: « Une bonne santé, vraiment, c’est le plus important. Gagner une CAN c’est bien, mais être en bonne santé c’est beaucoup mieux. Quand tu es en bonne santé, tu peux tout faire. Alors souhaitons que je ne sois pas malade, que ma famille aille bien, et ça c’est le plus important  »

AFU: Merci Coach Hugo Broos, bon retour en Afrique du Sud et surtout bonne santé.

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