Au terme des seizièmes de finale de la Coupe du Monde 2026, l’heure est au bilan pour les sélections africaines. Si neuf équipes sur dix avaient réussi à franchir le premier tour, une performance historique, plusieurs d’entre elles ont ensuite vu leur aventure s’arrêter brutalement. Un constat que Stefano Cusin a analysé avec lucidité.
Pour le technicien italien, le premier bilan reste tout de même très positif. « Déjà, c’était déjà bien d’avoir passé neuf équipes sur dix. C’était important parce que d’autres continents, comme l’Asie, n’ont pas réussi à faire pareil. C’était un résultat absolument exceptionnel », a-t-il souligné. Mais selon lui, la suite de la compétition a mis en lumière certaines limites encore présentes dans le football africain.
Une gestion des matchs encore perfectible
Pour Cusin, plusieurs éliminations se sont jouées sur des détails, notamment dans la gestion des fins de rencontre. Il cite en exemple le scénario cruel du Sénégal, qui menait 2-0 à la 85e minute avant de s’effondrer face à la Belgique. Le même constat vaut pour la RDC ou encore la Côte d’Ivoire, battues dans les derniers instants après avoir longtemps rivalisé. Selon lui, la différence se fait souvent grâce aux grands joueurs capables de faire basculer un match, à l’image de Harry Kane, Romelu Lukaku, Lionel Messi ou encore Kylian Mbappé. « Un match dure 90 minutes, mais à l’intérieur il y a plusieurs matchs. Il faut savoir les gérer », insiste-t-il.
Le Cap-Vert, symbole d’un football africain sans complexe
Parmi les belles surprises africaines, Cusin a tenu à saluer le parcours héroïque du Cap-Vert. Une équipe qu’il connaît bien et qu’il considère comme l’un des grands enseignements du tournoi. Invaincus dans le temps réglementaire, les Cap-Verdiens ont tenu tête à des géants comme l’Espagne et l’Argentine. Pour l’ancien sélectionneur des Comores, cette performance prouve que les sélections africaines n’ont plus aucun complexe face aux meilleures nations du monde. « Le Cap Vert, moi, je le connais bien, puisque c’était mon premier match avec les Comores, on les avait battus d’ailleurs. C’était la même équipe qui est en train de jouer actuellement à la Coupe du Monde. Le Cap Vert a été héroïque et ils n’ont perdu aucun match dans les 90 minutes. Et ils ont pourtant affronté l’Espagne, l’Argentine, etc. Donc ils ont fait une prestation extraordinaire à l’image de la qualité du football africain. Et ils ont démontré que même contre les champions du monde, il n’y avait aucun complexe. Et c’est ça aussi qui est important à retenir. Ce sont ces belles histoires de sport qui font que les gens sont amoureux du foot et amoureux de la Coupe du Monde ».
Le Maroc et l’Égypte, les derniers espoirs africains
Désormais, seuls le Maroc et l’Égypte représentent encore le continent. Cusin explique cette réussite par la solidité de leurs structures fédérales. « Ce sont deux grosses fédérations, bien organisées, professionnelles. Ce n’est pas un hasard si elles sont encore là », estime-t-il. Il voit particulièrement le Maroc comme un modèle d’ambition. « Le Maroc ne joue pas pour participer. Ils jouent pour aller au bout. C’est cette mentalité de gagnant qui manque parfois à d’autres équipes africaines », soulige-t-il.
Un manque d’ambition et d’organisation
L’ancien sélectionneur des Comores n’a pas caché son désaccord avec les propos de Vladimir Petković, qui estimait que l’Algérie avait déjà réussi son tournoi en sortant des groupes. Pour Cusin, cette mentalité doit évoluer. « Moi, je me souviens d’avoir rencontré Bruno Metsu à Dubaï, quand je travaillais à Dubaï, il travaillait là-bas aussi, et on discutait justement. Et lui, il me disait qu’il y a deux choses à améliorer dans le football africain en Coupe du Monde. La première, c’est l’ambition. Parce que quand on entend les déclarations du coach de l’Algérie qui dit que déjà participer pour l’Algérie à la Coupe du Monde, c’est déjà un exploit, sortir de la phase de groupes, c’est un super exploit. Je ne suis pas d’accord. L’Algérie, elle a battu l’Allemagne en 82, elle a toujours été une équipe hyper compétitive, surtout en Coupe du Monde. Il faut de l’ambition. On ne va pas pour participer. L’équipe d’Algérie, elle a des grands joueurs. Le Sénégal, ils ont des grands joueurs. La Côte d’Ivoire, ils ont des grands joueurs. Le Maroc a des grands joueurs. On ne va pas pour participer. On va pour aller au bout d’une compétition », martèle-t-il.
Enfin, il pointe un autre écart majeur avec les grandes nations : l’organisation autour de l’équipe. Il cite l’exemple de l’Angleterre, qui anticipe jusque dans les moindres détails la gestion physique et énergétique de ses joueurs.
Pour lui, le football africain possède tout : le talent, les joueurs et le potentiel. Mais pour franchir un nouveau palier et viser régulièrement les quarts, les demi-finales ou même la finale, il faudra améliorer le management, la préparation et surtout cultiver une ambition plus grande. « Si on veut avoir de l’ambition, il faut être au niveau des autres. On ne peut pas penser que ça suffit simplement d’avoir les meilleurs joueurs quand on a suivi toutes les polémiques qu’il y a eu sur certaines équipes africaines, comme la Tunisie et le Sénégal, qui ont eu beaucoup de problèmes au niveau de l’organisation, au niveau de la fédération. C’est dommage. Parce que la Coupe du Monde, c’est quelque chose que les gens regardent, et ils veulent voir la progression de l’Afrique. Et moi, j’étais convaincu qu’il y aurait eu beaucoup plus d’équipes qui seraient passées. La Côte d’Ivoire, la RDC, le Sénégal bien sûr, ils avaient tout pour passer. Après, en face, il y a des adversaires, mais dans le match, les équipes africaines se sont fait respecter. Maintenant, il manque ce step au niveau mental et au niveau de l’organisation pour finalement avoir des équipes africaines en quarts de finale, en demi-finale et en finale. Et l’Afrique, il ne lui manque rien. Mais il y a plein de choses à améliorer. C’est surtout au niveau du management », a-t-il conclu.
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