Plus d’une semaine après l’élimination de la Tunisie à la CAN 2025, la réunion tenue le vendredi 9 janvier 2026 entre le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, les dirigeants de la Fédération Tunisienne de Football (FTF) et plusieurs acteurs du football national était attendue comme un tournant.
Elle devait permettre de tirer les enseignements de l’échec continental et de clarifier l’avenir de la sélection nationale.
Elle n’a finalement pas permis de dégager de décision structurante ni de vision clairement assumée pour la suite, alimentant davantage les interrogations.
Une orientation portée par l’État
Selon Khaled Badra, Riadh Bouazizi et Ali Kaabi, le ministère s’est cette fois impliqué directement dans le dossier du sélectionneur, affichant une préférence pour un entraîneur tunisien. Cette orientation officielle, visant à renforcer l’identité nationale à la tête des Aigles de Carthage, soulève néanmoins des incertitudes.
Plusieurs anciens internationaux rappellent que, lors des échanges, la majorité d’entre eux étaient favorables à un entraîneur étranger, ce qui met en évidence le décalage entre l’avis des acteurs du terrain et la décision politique.
Cette intervention du ministère illustre une divergence de visions persistante et une gouvernance fragmentée, où les responsabilités se chevauchent souvent sans réelle coordination ni dialogue effectif.
Le cas Trabelsi
Cette orientation relance inévitablement le débat autour de Sami Trabelsi. Lors de sa nomination, l’entraîneur tunisien avait accepté de prendre les rênes de la sélection dans un contexte financier très fragile pour la FTF, répondant à ce qu’il avait lui-même qualifié d’« appel du pays ».
Depuis, la situation de la fédération s’est nettement améliorée. Sous son mandat, la Tunisie a obtenu une qualification pour la Coupe du monde, une participation à la Coupe arabe et un parcours jusqu’aux huitièmes de finale de la CAN 2025, autant de succès qui ont permis à la FTF de renflouer ses caisses grâce aux primes et recettes générées. Plusieurs observateurs estiment d’ailleurs que ces acquis auraient suffi à envisager l’option d’un entraîneur étranger.
Un débriefing absent, un signal inquiétant
Autre point relevé : Sami Trabelsi n’a pas été convié à la réunion du 9 janvier pour un débriefing approfondi de son mandat. Une absence qui interroge sur la méthode employée et sur la volonté réelle de tirer des enseignements précis de l’expérience récente.
Pour de nombreux analystes, écarter un sélectionneur sans évaluation contradictoire et structurée montre que les enseignements du passé n’ont pas été retenus, et que l’instabilité pourrait se poursuivre.
Toujours le bricolage et l’improvisation
Au-delà du nom du futur sélectionneur, c’est surtout la méthode globale qui inquiète. À quelques mois seulement de la Coupe du monde, la gestion du dossier de l’équipe nationale donne le sentiment d’un bricolage permanent, marqué par l’urgence et l’improvisation, plutôt que par l’anticipation et la continuité.
L’absence de feuille de route claire à l’issue de la réunion et le manque de coordination entre les instances renforcent l’impression que les décisions sont prises à vue, sans véritable planification à moyen terme. À ce jour, aucun calendrier précis de préparation, aucun programme détaillé de matches amicaux, ni aucune orientation technique clairement définie n’ont été rendus publics.
Local ou étranger : un faux débat
Si l’option d’un entraîneur tunisien est actuellement privilégiée, l’histoire du football national rappelle que les plus grands succès de la sélection ont été obtenus avec des techniciens étrangers, à commencer par le sacre continental de 2004, unique titre africain de la Tunisie, remporté sous la direction du Français Roger Lemerre.
Pour de nombreux analystes, insister sur la nationalité du sélectionneur constitue un faux débat. La réussite dépend avant tout d’un projet sportif solide, d’infrastructures adaptées et d’une vision claire à moyen et long terme. Dans les conditions actuelles, même un entraîneur étranger pourrait échouer si ces fondamentaux ne sont pas réunis.
À l’issue de la réunion, plusieurs noms ont été évoqués ces derniers jours pour l’option locale Mouïne Chaâbani, Mahrer Kanzari, Nasreddine Nabi, Nabil Kouki.. mais aucun cadre stratégique précis n’a été présenté, laissant planer un flou inquiétant sur la direction future de la sélection.
Le risque d’un scénario déjà vu
En l’état, cette réunion très attendue n’a ni clarifié le cap, ni corrigé les dysfonctionnements structurels. Pour de nombreux observateurs, le danger est de reproduire les mêmes erreurs que par le passé : changements rapides, absence de diagnostic partagé et décisions dictées par l’urgence.
À quelques mois de la Coupe du monde, le public tunisien attend désormais plus qu’un simple changement de sélectionneur. Il réclame une vision globale, cohérente et durable. À défaut, la sélection nationale risque d’aborder l’échéance mondiale avec les mêmes fragilités, exposée à un nouvel échec davantage lié à la gouvernance qu’au potentiel sportif.






