Juste après l’élimination de l’Algérie face à la Suisse (2-0) en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 et l’annonce de sa retraite internationale, Riyad Mahrez a surpris par une sortie médiatique qui a rapidement fait réagir.
« Ceux qui passent leur temps à commenter dans les plateaux télé n’ont même pas réalisé 5 % de ce que j’ai accompli au cours de ma carrière », a lancé le capitaine des Fennecs.
Une déclaration qui interroge. Car si le palmarès de Mahrez est incontestable, était-ce vraiment le moment d’envoyer un tel message ?
Une réponse qui passe mal
L’Algérie venait d’être éliminée et les supporters attendaient avant tout un discours tourné vers l’équipe, les regrets et l’avenir de la sélection.
À la place, Mahrez a choisi de répondre à ses détracteurs. Un choix qui donne le sentiment d’un règlement de comptes au moment où l’attention aurait dû rester centrée sur la déception sportive.
Personne ne conteste la carrière exceptionnelle de l’ancien joueur de Leicester City. Mais rappeler son palmarès pour répondre aux critiques ne répond pas aux questions posées sur les performances récentes de la sélection.
Une légende… mais pas au-dessus des critiques
Le statut de Riyad Mahrez dans l’histoire du football algérien est réel. Son talent, son influence et son rôle dans plusieurs campagnes des Fennecs resteront gravés dans les mémoires.
Pour autant, être une légende ne signifie pas devenir intouchable.
Comme tous les grands joueurs, Mahrez peut être critiqué lorsque ses performances ou son leadership sont jugés insuffisants. Les critiques portent sur le présent, pas sur l’ensemble de sa carrière.
Des Coupes du monde loin d’être marquantes
Si l’on revient sur les Coupes du monde disputées par Mahrez, son impact reste limité.
En 2014, il n’a disputé que 72 minutes lors du match face à la Belgique avant de sortir du groupe pour la suite du tournoi.
Douze ans plus tard, cette édition 2026 devait être celle du capitaine, du leader capable de guider une nouvelle génération. Finalement, l’Algérie quitte la compétition dès son premier match à élimination directe sans que Mahrez ne laisse une empreinte majeure sur le tournoi.
La CAN 2019, un triomphe collectif
Le sacre continental de 2019 restera évidemment un moment historique.
Mais réduire cette victoire à Riyad Mahrez serait oublier le travail de toute une génération. Cette équipe comptait également des joueurs comme Baghdad Bounedjah, Ismaël Bennacer, Youcef Belaili, ainsi que le sélectionneur Djamel Belmadi, et bien d’autres acteurs essentiels du titre.
Le coup franc exceptionnel inscrit face au Nigeria en demi-finale reste l’une des images les plus marquantes du football algérien. Mais ce trophée est avant tout celui d’un collectif.
Une carrière en club exceptionnelle… avec quelques nuances
En club, Mahrez possède l’un des plus beaux palmarès du football africain.
Champion d’Angleterre avec Leicester, multiple vainqueur de Premier League et de la Ligue des champions avec Manchester City, son parcours est remarquable.
Cependant, durant ses dernières saisons sous les ordres de Pep Guardiola, il n’a pas toujours été un titulaire indiscutable. L’entraîneur espagnol a régulièrement alterné ses options offensives, Mahrez connaissant aussi des périodes sur le banc, comme beaucoup de joueurs dans un effectif extrêmement compétitif.
Cela n’enlève rien à la qualité de sa carrière, mais rappelle qu’aucun joueur, aussi talentueux soit-il, n’échappe à la concurrence.
Le palmarès ne protège pas du débat
La carrière de Riyad Mahrez mérite le respect. Elle restera l’une des plus grandes de l’histoire du football algérien.
Mais son palmarès ne doit pas servir à éteindre toute critique.
Les consultants, les journalistes et les supporters analysent les performances de la sélection, pas le CV des joueurs. Ce n’est pas parce qu’un joueur a remporté de nombreux trophées qu’il devient intouchable.
Et les autres légendes, alors ?
La phrase de Riyad Mahrez interpelle également pour une autre raison. En affirmant que ses détracteurs n’ont réalisé « 5 % » de ce qu’il a accompli, le capitaine des Fennecs semble établir une hiérarchie où le palmarès deviendrait le seul critère légitime pour s’exprimer.
Mais dans cette logique, que devraient dire les plus grandes légendes du football algérien ? Des joueurs comme Lakhdar Belloumi, Rabah Madjer ou Salah Assad, qui ont marqué l’histoire bien avant lui, pourraient eux aussi estimer que peu de personnes ont réalisé une carrière comparable à la leur.
Pourtant, ces figures historiques ont rarement utilisé leur parcours comme argument pour disqualifier les critiques. Leur héritage s’est construit sur leurs performances, mais aussi sur une forme de retenue face au débat public.
En annonçant sa retraite internationale, Mahrez avait l’occasion de quitter la scène avec un message d’unité et de gratitude. Sa réponse aux critiques a, au contraire, relancé une polémique qui aurait sans doute pu être évitée.
Parfois, le silence est aussi une forme de grandeur.
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