On dit souvent que les chiffres ne mentent pas. Et ceux de la Tunisie dans cette Coupe du monde 2026 sont accablants : deux matchs, deux défaites, neuf buts encaissés, seulement deux tirs cadrés. Un bilan catastrophique, humiliant, qui traduit à lui seul l’ampleur du naufrage.
Mais au-delà des statistiques, c’est surtout le contenu qui inquiète : une équipe incapable d’exister physiquement, techniquement ou mentalement face à ses adversaires.
Cette sélection n’a rien montré : ni âme, ni solutions, ni caractère. Une équipe sans repères, sans intensité, sans identité. Un groupe qui semblait totalement dépassé par l’événement, comme s’il n’avait jamais été préparé à l’exigence du plus haut niveau.
Dès lors, une question s’impose : qui est responsable ? La réponse est simple : tout le monde.
Le faux électrochoc et le bouc émissaire
Des suporters à la tutelle, en passant par les joueurs, les médias, le staff technique et surtout le bureau fédéral, chacun porte une part de responsabilité dans cette débâcle historique. Mais comme souvent dans le football tunisien, on préfère chercher un coupable immédiat plutôt que d’affronter la vérité.
Après l’humiliation face à la Suède (5-1), la Fédération tunisienne a tenté un électrochoc en limogeant Sabri Lamouchi pour installer Hervé Renard. Une décision qui ressemblait davantage à une pilule calmante pour apaiser la colère populaire qu’à une réelle solution. Car faire de Lamouchi le bouc émissaire parfait, celui sur qui faire porter tout le poids de l’échec, est une facilité devenue presque une habitude.
Mais cet électrochoc annoncé a très vite fait pschitt. Le changement de sélectionneur, vendu comme une réponse forte, n’a produit ni réaction psychologique, ni sursaut collectif, ni amélioration sur le terrain. Preuve supplémentaire que le problème dépasse largement le nom de l’homme sur le banc. Le problème est ailleurs. Plus profond. Plus ancien.
La vraie question est simple : qui a décidé de nommer Lamouchi à seulement trois mois de la Coupe du monde ? Comment peut-on bouleverser tout un projet à un moment aussi critique ? Ce choix, à lui seul, illustre l’absence totale de vision et de stabilité.
En Tunisie, l’entraîneur est devenu le premier fusible. On change les hommes, on recycle les discours, mais les résultats restent les mêmes. Parce que le mal n’est pas sur le banc. Il est dans le système.
Vingt-deux ans d’échecs et d’impunité
Le constat est implacable : depuis 22 ans, la Tunisie n’a remporté qu’un seul titre continental et n’a dépassé les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations qu’une seule fois, en 2019. En sept participations à la Coupe du monde, elle n’a jamais franchi le premier tour. Sept présences, sept éliminations. À force, ce n’est plus une coïncidence. C’est un plafond de verre créé par l’incompétence.
Le football tunisien souffre d’un problème structurel majeur : une gouvernance faible, souvent opaque, où les intérêts personnels prennent trop souvent le pas sur l’intérêt national. Depuis des années, les bureaux fédéraux se succèdent sans jamais remettre en question leurs méthodes, malgré l’accumulation des échecs.
Le plus grave, c’est cette culture de l’impunité. Chaque échec est vite oublié, chaque humiliation est relativisée, et personne ne rend vraiment de comptes. Comme si l’échec était devenu une normalité.
Une sélection otage des intérêts
Porter le maillot national n’est pas un privilège anodin. C’est une responsabilité immense. Et ce qui s’est produit au Mondial 2026 restera comme une tache dans l’histoire du football tunisien, surtout après l’exploit fondateur de 1978.
Depuis des années, le football tunisien semble pris en otage par des logiques qui dépassent le sport : règlements de comptes entre clubs, interventions dans les convocations, influences extérieures, et parfois même soupçons de marchandisation de la sélection nationale pour faire grimper la valeur de certains joueurs ou faciliter leur transfert.
Le mérite sportif semble de moins en moins être la règle. Trop souvent, la sélection devient un terrain de compromis, de calculs internes ou de pressions venant des grandes écuries locales.
Des joueurs dépassés
Et le résultat se voit sur le terrain. Les joueurs ont donné l’impression d’être perdus, dépassés, sans envie, sans fierté. Certains semblaient presque résignés avant même le coup d’envoi. Des erreurs élémentaires, des placements catastrophiques, une fragilité mentale inquiétante. À ce niveau, cela est inacceptable.
Beaucoup d’entre eux ne jouent même pas régulièrement en club. Certains évoluent dans des divisions secondaires, d’autres sont remplaçants permanents. Comment peut-on espérer rivaliser avec l’élite mondiale dans ces conditions ?
Le débat sensible des binationaux
Autre débat sensible : celui des binationaux. La Tunisie, autrefois forte de son vivier local, semble aujourd’hui fascinée par les profils venus d’Europe. Être formé en France ou en Allemagne est souvent perçu comme une garantie de qualité, même lorsque ces joueurs ont un temps de jeu quasi inexistant.
Cette obsession du “joueur de l’étranger” doit être questionnée. Tous les binationaux tunisiens ne sont pas des Achraf Hakimi, Ayyoub Bouaddi, Rayan Aït-Nouri, Ibrahim Maza, Khalidou Koulibaly ou Iliman Ndiaye. La réalité est plus brutale : la Tunisie ne dispose pas aujourd’hui de profils de cette dimension technique. Beaucoup de joueurs appelés restent limités dans leur apport et leur progression, sans réelle plus-value par rapport au vivier local.
Pire encore, certains choisissent la Tunisie davantage par opportunité que par véritable conviction sportive ou attachement profond. Pendant ce temps, des joueurs locaux, parfois plus constants, plus méritants et plus impliqués, sont laissés de côté.
Le Silence complice de la Tutelle
Et pendant tout cela, la tutelle reste silencieuse. Ce silence est lourd. Trop lourd.
Une humiliation de cette ampleur exige des réponses. Des responsabilités doivent être établies. Une enquête sérieuse doit être ouverte.
L’échec doit être analysé dans sa globalité : de la formation dans les clubs jusqu’à l’équipe nationale A. Car le problème dépasse largement cette Coupe du monde. Il touche tout l’écosystème du football tunisien.
Le rôle du public et des médias
Enfin, le public et certains médias doivent aussi faire leur autocritique. Trop souvent, les intérêts des clubs passent avant ceux de la sélection. Trop souvent, les débats sont pollués par des campagnes de pression pour imposer certains noms.
Le football tunisien est malade. Et tant que ses dirigeants refuseront de traiter la maladie à la racine, les humiliations continueront.
Le Mondial 2026 n’est pas une surprise. C’est simplement le résultat logique de vingt années d’erreurs, de dérives, d’aveuglement et d’impunité.
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