Mohamed Lacete a été sélectionneur national durant plus de trois ans, à la tête des U17 qu’il qualifia à la CAN 2021 et finaliste de la Coupe Arabe des nations des U20 la même année.
Il livre à Africa Foot United son analyse sur ces deux catégories, à l’occasion des tournois UNAF qualificatifs aux CANs de ces catégories.
- Quel est votre sentiment après l’élimination des sélections U17 et U20 pour leurs CANs respectives ?
‘’Le premier sentiment qui me vient à l’esprit, c’est qu’on tourne en rond. Les mêmes conditions de travail qui sont reconduites depuis des décennies en Algérie, reproduisent les mêmes résultats. Qu’elles soient matérielles ou infrastructurelles, voir méthodologiques. Les jeunes sont toujours mal considérées au niveau de la plupart des clubs, à l’exception de quelques rares clubs comme le Paradou AC et le CR Belouizdad’’.
- Quelles sont selon vous les raisons de ces fiascos répétitives ?
‘’On parle aujourd’hui des stades de Baraki, d’Oran, de Douéra ou de Tizi- Ouzou, c’est une excellente chose et ce sont de grands acquis, mais là ce sont des infrastructures qui servent aux clubs séniors ou de l’équipe nationale. Mais pour les jeunes, il n’y a pratiquement rien.
Or, pour les jeunes on a besoin de centres d’entraînement. Si vous prenez des clubs comme le MCA, l’USMA, le CRB, la JSS ou un autre club, je suis pratiquement certain qu’on ne fait pas plus de 6 à 8 heures de travail par semaine pour les jeunes catégories, des U12, U13, U14 qui sont les futures U20.
Le deuxième volet, c’est le contenu de l’entraînement. Et je ne vais pas vous apprendre que les diplômes attribués jusqu’ici, y compris moi-même qui exerce depuis 1986 où j’ai passé tous les cursus que ce soit en Algérie ou à l’étranger, ne sont pas en adéquation avec ce qui est attendu sur le terrain. Nous les entraineurs, nous ne sommes pas à jour sur le plan méthodologique, le contenu, la science de l’entraînement. Et ce n’est pas la faute aux entraîneurs.
En Algérie, tu viens, tu prends un diplôme, TSS, Caf C, CAF B, CAF A ou autre, il n’y a jamais de recyclage et de remise à niveau des connaissances, sauf ceux qui sont intéressés à avancer.
Sur le plan des infrastructures, rien n’a changé et sur le plan contenu, qui est du ressort des entraîneurs, il n’est pas à jour. De plus, nos championnats de jeunes sont très mal pris en charge.
Comment donc voulez-vous qu’avec tout cela on peut se qualifier à une CAN comparativement aux autres nations ?’’
- Vous avez raison quand vous dites qu’on tourne en rond, mais il y a eu quelques exceptions qui auraient pu être rééditer ou érigées en modèle de fonctionnement ?
‘’Effectivement, la preuve on a deux résultats qui existent depuis l’indépendance : le premier avec le défunt Abdelhamid Kermali en 1979 et le second, c’est la Coupe Arabe 2022 avec Arezki Remane.
En 1979, c’était la décennie où il y avait des joueurs à la pelle et une génération de talents et des footballeurs très doués, formés dans la rue, aidé dans cela par le système de l’époque, avec les sélections régionales, les sélections universitaires, militaires, l’inter-lycées, à cela on doit ajouter les entraîneurs qui ont eu suffisamment le temps de travailler.
Quant à la Coupe Arabe, c’est le fruit de deux politiques : celle des Académies, ce lieu où le joueur a suffisamment le temps de travailler avec un contenu meilleur que celui habituellement dans les clubs, plus la prise en charge scolaire., et le second volet c’est l’apport de nos jeunes immigrés, formés à l’étranger, en s’appuyant sur FAF Radar.
Il y a aussi l’expérience que j’ai eu avec les U17 que j’ai monté et formé durant cinq mois avec l’apport de nos jeunes venus de l’étranger, un renfort de qualité.’’
- Ne pensez-vous pas que l’instabilité à tous les niveaux est fatale au développement du football algérien à tous points de vue ?
‘’En plus de tous ces problèmes, la problématique numéro une c’est qu’en Algérie on nomme des sélectionneurs nationaux de jeunes (U17, U20, U23) qui viennent sans expérience internationale, y compris moi-même.
J’ai fait des plateaux de sélection, des recherches avec mon staff, l’aide de FAF Radar, je fais donc tout ce qu’il faut faire en équipe nationale : tournois amicaux, matchs de préparation, contacts avec les jeunes d’ailleurs, on gagne de l’expérience pour enfin gagner en maturité de sélectionneur national.
Après trois ans et deux mois, que ce soit moi ou un autre, on est remercié car c’est la loi du football. Sauf qu’on met à la porte des techniciens qui peuvent encore donner plus grâce à leur expérience, et on les remplace par d’autres entraîneurs, également compétents au niveau national, mais qui manquent d’expérience international. Ce que j’appelle tourner en rond.’’
- Avec votre expérience en sélections et votre long vécu, quelles sont selon vous les solutions pour justement remédier à cette situation qui dure depuis des décennies ?
‘’Les solutions pour moi, c’est : un, donner des moyens de travail, à savoir des centres d’entraînement pour les jeunes en nombre suffisant. Je peux vous dire que j’ai fait plusieurs pays à travers le monde, mais un stade comme celui d’Aït Ahmed est magnifique, mais il nous faut de simples centres où on peut travailler au quotidien. Des terrains réglementaires, avec des vestiaires, même en préfabriqués, avec des douches, des salles de travail et laisser les gens travailler.
Des terrains qu’on peut avoir un peu partout, à Oran, Constantine, Ouargla et ailleurs, et donner la possibilité aux jeunes de travailler selon les normes exigées de nos jours. Ça commence à ce niveau. Appelez-les camp d’entraînement ou autre, l’essentiel c’est de posséder des espaces de travail adéquats. A Alger, on peut avoir des terrains tout autour de la capitale, à Réghaia, Sidi Moussa, Chéraga et autres.
Autre solution, passer à la formation des entraîneurs formateurs spécialement dédiés pour les jeunes. S’il le faut rassembler ces techniciens deux à trois fois par an pour leur expliquer ce qu’ils doivent faire pour les U17, les U20, et les autres.
Enfin, pour les sélections nationales il faut dès maintenant mettre en place les jalons de ces équipes en fonction des échéances. Et si on ne peut pas avoir des académies, qu’on mette en place des sélections régionales qui tourneront durant toute l’année. Il y en a neuf, avant de prendre les meilleurs dans chaque catégorie (U15, U13, U17) et les mettre en stage au moins une fois par mois. Pour rester opérationnelles, à défaut donc d’académies.
A cela, je propose à ce qu’on rajoute dans le cahier des charges d’un club de Ligue 1 l’exigence de disposer d’un centre de formation ou un centre d’entraînement pour les jeunes, afin de permettre de travailler convenablement et de réaliser des résultats avec des équipes qui progressent.
Je terminerai pour dire que je connais un entraîneur de la catégorie U20 qui a joué quatre objectifs avec son pays et il a atteint tous ces objectifs. Sans citer le pays, et il s’est qualifié premier de son groupe. C’est aussi le fruit de la stabilité, du bon choix et de la confiance mise en cet entraîneur.’’