La saison 2024-2025 des compétitions africaines vire au cauchemar. Jets de projectiles, agressions physiques, gestion chaotique des billets et défaillances sécuritaires se multiplient dans les stades du continent, exposant les graves lacunes organisationnelles de la Confédération Africaine de Football (CAF), et ternissant les compétitions africaine qui ont du mal à se vendre à l’étranger.
Dernier épisode en date : les violents affrontements entre supporters de l’Espérance Sportive de Tunis et de Mamelodi Sundowns à Pretoria, où des échauffourées ont éclaté en tribunes, obligeant les autorités à escorter les fans tunisiens sous protection policière. Au Sénégal en décembre , des supporters de l’USM Alger ont été attaqués par des ultras du Jaraaf après un match de la 2ème journée de la phase de poules de la Coupe CAF , laissant des blessés évacués en urgence. La Tanzanie n’a pas été épargnée : des supporters du CS Sfaxien ont dû fuir un lynchage après la victoire controversée du Simba SC, sautant les barrières du stade pour échapper à la fureur des locaux. En Égypte, c’est une autre forme de violence qui a frappé : l’AS FAR a dénoncé des pratiques discriminatoires de la part du Pyramids FC, qui a sciemment limité l’accès des supporters marocains, en violation des règles de la CAF. Face à cette débâcle, une question s’impose : Que fait la CAF ?
L’instance, censée garantir la sécurité et le fair-play, semble dépassée par l’ampleur des dérives. Entre protocoles de sécurité inexistants, sanctions incohérentes et manque de prévention, le football africain s’enfonce dans un cycle de violence qui nuit à son image et à son développement.
Un constat alarmant : la multiplication des incidents graves
Les compétitions africaines connaissent cette saison une recrudescence inquiétante de violences et de dysfonctionnements. Plusieurs incidents majeurs ont émaillé les rencontres de Ligue des Champions et de Coupe de la Confédération :
Afrique du Sud : Sundowns-EST, des tribunes en feu
Le match entre Mamelodi Sundowns et l’Espérance de Tunis a dégénéré en fin de rencontre. Des images choquantes montrent des supporters s’envoyant des projectiles pendant plusieurs minutes. La situation a nécessité l’intervention des forces de l’ordre et une coordination entre l’ambassade de Tunisie et les autorités sud-africaines pour assurer l’évacuation sécurisée des supporters tunisiens. Plusieurs blessés ont dû être pris en charge par des ambulances avant d’être transférés à l’hôpital.
Sénégal : L’USMA Alger victime d’agressions
Après le match Jaraaf-USMA, des supporters algériens ont été la cible d’attaques violentes. Le staff médical de l’USMA a dû intervenir en urgence dans les vestiaires pour soigner les victimes, tandis que les cas les plus graves ont été évacués vers les hôpitaux de Dakar. Dans un communiqué officiel, le club a fermement condamné ces actes et saisi la CAF.
Tanzanie : Les supporters du CS Sfaxien en danger
Lors de la rencontre Simba SC – CS Sfaxien, la situation a viré au drame. Suite à des tensions liées à des décisions arbitrales, des supporters tanzaniens se sont en pris aux visiteurs tunisiens, les obligeant à fuir en sautant les barrières du stade Benjamin Mkapa pour échapper à la violence.
Égypte : Discrimination envers l’AS FAR
Le Pyramids FC a enfreint les règlements de la CAF en limitant arbitrairement à seulement 100 billets l’accès des supporters marocains de l’AS FAR, alors que les textes prévoient l’attribution de 5% de la capacité du stade (soit environ 1 500 places dans ce cas). L’AS FAR a déposé une plainte officielle auprès de la CAF contre ces pratiques discriminatoires.
Ces incidents révèlent des problèmes structurels récurrents dans l’organisation des compétitions africaines. La répétition de tels événements met en lumière l’urgence pour la CAF de revoir en profondeur son dispositif de sécurité et son cadre réglementaire.
Les lacunes criantes de la CAF : un système à revoir d’urgence
L’accumulation des incidents cette saison révèle des failles béantes dans l’organisation des compétitions africaines par la CAF. Trois domaines critiques apparaissent particulièrement défaillants :
Sécurité : des protocoles inadaptés et mal appliqués
Les récentes violences démontrent l’absence de standards sécuritaires fiables. À Pretoria, l’évacuation des supporters tunisiens a nécessité une intervention diplomatique, révélant le manque de procédures d’urgence. Au Sénégal, l’agression des supporters algériens montre l’insuffisance des dispositifs de protection. En Tanzanie, la fuite désespérée des supporters sfaxiens face à des ultras déchaînés illustre cruellement les carences dans la séparation des publics et la sécurisation des déplacements.
Billetterie : un chaos organisé
Le cas Pyramids FC en Égypte est emblématique : en limitant arbitrairement à 100 billets l’accès des supporters marocains (au lieu des 1 500 prévus par le règlement CAF), le club a créé des tensions évitables. Cette pratique, loin d’être isolée, s’inscrit dans une gestion approximative de la billetterie qui favorise régulièrement la survente, les faux billets et les quotas non respectés – autant de facteurs explosifs lors des rencontres à haut risque.
Arbitrage des conflits : entre laxisme et incohérence
Face aux incidents, la CAF peine à imposer son autorité. L’absence de sanctions exemplaires contre les clubs fautifs (comme le Jaraaf après les agressions de Dakar) envoie un signal désastreux. Pire, certains clubs semblent jouer avec les règlements en toute impunité, comme Pyramids FC avec sa billetterie discriminatoire. Ce manque de fermeté nourrit un cercle vicieux de violence et d’impunité. Ces dysfonctionnements ne sont plus des accidents isolés, mais les symptômes d’un système globalement défaillant. Ils appellent une refonte en profondeur des mécanismes de contrôle et de sanction de la CAF, seule à même de restaurer la crédibilité des compétitions africaines.
Solutions : Le plan d’urgence que la CAF doit mettre en œuvre
La recrudescence des violences dans les stades africains impose à la CAF une réaction immédiate et déterminée. Plusieurs mesures urgentes doivent être mises en œuvre pour enrayer cette spirale inquiétante.
La sécurité doit devenir la priorité absolue. Cela passe par l’instauration de protocoles stricts dans tous les stades accueillant des matches continentaux : détecteurs de métaux obligatoires, séparation physique des publics adverses, effectifs de sécurité proportionnés. La création de brigades spécialisées et la présence systématique d’observateurs CAF lors des rencontres à risque s’avèrent indispensables.
Les sanctions actuelles, trop souvent symboliques, ont montré leurs limites. Il est crucial d’établir un régime réellement dissuasif : suspensions de stade pour les récidivistes, déductions de points en championnat, amendes proportionnelles aux budgets des clubs. Les cas les plus graves devraient entraîner des exclusions temporaires des compétitions continentales.
Aucune solution ne pourra aboutir sans une collaboration renforcée avec les États membres. La CAF doit travailler avec les gouvernements pour harmoniser les législations, faciliter les échanges entre polices frontalières et créer des centres de commandement unifiés lors des matches internationaux. Les incidents récurrents ne sont plus des accidents isolés, mais révèlent des dysfonctionnements structurels profonds. La crédibilité des compétitions continentales est en jeu, tout comme la sécurité des milliers de supporters. Le continent possède tous les atouts pour offrir un football à la fois passionné et sûr, populaire et bien organisé. Mais cela nécessitera des décisions courageuses et une mobilisation de tous les acteurs. Le temps presse, et chaque nouveau drame rappelle cruellement l’urgence d’agir.