L’élimination de l’Algérie dès les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 face à la Suisse (2-0) a relancé un débat qui couvait depuis plusieurs mois : Vladimir Petkovic est-il toujours l’homme de la situation ?
À première vue, le bilan du technicien bosnien semble difficile à contester. En 33 rencontres à la tête des Fennecs, il affiche 23 victoires, 5 matchs nuls et seulement 5 défaites. Des chiffres flatteurs qui pourraient laisser penser que la sélection est sur la bonne voie.
Pourtant, ces statistiques racontent-elles réellement l’histoire de cette équipe ?
Un bilan qui manque de relief
Le principal reproche adressé à Vladimir Petkovic ne concerne pas le nombre de victoires, mais leur valeur.
Lorsqu’on regarde de plus près les adversaires battus, on constate que la majorité des succès ont été obtenus contre des sélections largement à la portée de l’équipe d’Algérie, que ce soit lors des éliminatoires de la CAN, des qualifications pour la Coupe du monde ou de rencontres amicales face au Guatemala, à la Bolivie ou à d’autres équipes de second plan.
La sélection Algérienne possède aujourd’hui suffisamment de qualité individuelle pour dominer ce type d’adversaires. Beaucoup estiment qu’un sélectionneur rémunéré près de 160 000 euros par mois doit être jugé sur sa capacité à faire franchir un cap à son équipe, pas uniquement à assurer le minimum attendu.
Et c’est précisément là que le bât blesse.
Les grands rendez-vous presque tous manqués
Chaque fois que le niveau s’est élevé, l’équipe d’Algérie a montré ses limites.
Face au Nigeria, à la Guinée, à la Suède, à l’Argentine ou encore à la Suisse lors de cette Coupe du monde, les Fennecs ont échoué à convaincre. Ce sont pourtant ces affiches qui permettent d’évaluer le véritable travail d’un sélectionneur.
Au très haut niveau, les Algériens ont souvent semblé dépassés tactiquement, incapables de rivaliser dans la maîtrise collective ou dans la gestion des temps faibles.
Les résultats contre les grandes nations restent insuffisants pour une sélection qui ambitionne de retrouver sa place parmi les meilleures d’Afrique et de s’installer durablement sur la scène mondiale.
Des ambitions en décalage avec celles des supporters
Au-delà des résultats, c’est aussi le discours de Vladimir Petkovic qui interroge.
Après l’élimination contre la Suisse, le sélectionneur a estimé que la qualification pour les seizièmes de finale constituait un bon résultat après douze années d’absence en Coupe du monde.
Une déclaration qui passe difficilement auprès d’une grande partie des supporters algériens.
Oui, l’Algérie n’avait plus participé à un Mondial depuis 2014. Mais cette édition 2026 se dispute avec 48 équipes. Le format a évolué et permet désormais à plusieurs troisièmes de groupe d’accéder à la phase à élimination directe.
Les Fennecs ont d’ailleurs obtenu leur qualification en terminant parmi les meilleurs troisièmes, grâce à une victoire contre la Jordanie et un match nul face à l’Autriche. Dans ce contexte, présenter ce parcours comme un exploit paraît excessif.
En 2014, dans une Coupe du monde à seulement 32 sélections, l’équipe d’Algérie avait atteint les huitièmes de finale en terminant deuxième de son groupe, avant de pousser l’Allemagne, future championne du monde, jusqu’en prolongation.
Douze ans plus tard, les exigences ne devraient pas être revues à la baisse.
C’est sans doute là que réside le principal décalage : les ambitions du sélectionneur ne semblent plus être celles des supporters. Là où Petkovic parle d’un « bon résultat », une grande partie du peuple algérien estime que franchir la phase de groupes dans un Mondial à 48 équipes devait être un minimum, et non une finalité. Les supporters attendent une sélection capable de rivaliser avec les meilleures nations, pas simplement de se satisfaire d’une qualification en seizièmes de finale.
Où est passée l’identité des Fennecs ?
Les résultats ne sont pas les seuls sujets d’inquiétude.
Depuis son arrivée, Vladimir Petkovic peine à donner une véritable identité de jeu à cette sélection. Les systèmes changent régulièrement, les associations évoluent d’un rassemblement à l’autre et il est difficile de dégager une philosophie claire.
L’équipe d’Algérie ne domine plus réellement ses adversaires par le jeu, ne presse pas avec une identité forte et ne semble pas disposer d’automatismes offensifs ou défensifs clairement installés.
Plus inquiétant encore, les choix tactiques lors des grands rendez-vous donnent souvent l’impression d’être improvisés plutôt que le fruit d’un projet construit.
À ce niveau, un sélectionneur est attendu pour apporter une véritable plus-value tactique. Après plus de deux ans sur le banc, celle-ci reste difficile à identifier.
La FAF doit désormais se poser la bonne question
Le débat ne consiste pas à savoir si Vladimir Petkovic est un mauvais entraîneur. Son expérience parle pour lui et son bilan comptable reste positif.
La véritable question est ailleurs : est-il encore l’homme capable de faire progresser cette génération et de permettre à la sélection Algérienne de retrouver les sommets africains tout en rivalisant avec les meilleures nations mondiales ?
Après 33 matchs sur le banc, les signes attendus ne sont toujours pas visibles. Les grandes affiches sont rarement maîtrisées, le jeu peine à convaincre, l’identité de l’équipe reste floue et le discours du sélectionneur semble parfois en décalage avec les attentes d’un peuple qui a toujours vu plus grand pour les Fennecs.
À un peu plus d’un an de la CAN 2027, la Fédération algérienne de football devra donc se poser une question essentielle : continuer avec Vladimir Petkovic au nom de la stabilité ou considérer que le projet a atteint ses limites et qu’un nouveau souffle est devenu nécessaire ?
Le débat est désormais ouvert. Et il dépasse largement la simple lecture des statistiques.
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