Après la victoire de l’Algérie sur la République Démocratique du Congo en 8es de finale de la CAN ce mardi 6 janvier, Mohammed Amoura a chambré Michel Kuka, le sosie de Lumumba, en imitant sa célébration avant de s’écrouler. Une célébration qui a profondément choqué bien au-delà du simple cadre sportif.
Au coup de sifflet final, alors que l’Algérie venait de s’imposer au terme d’un match intense mais marqué par le fair-play, Mohammed Amoura a cru bon de “chambrer” Michel Kaku. Ce dernier, devenu célèbre depuis le début du tournoi, se distingue par une posture immobile et solennelle dans les tribunes, debout durant toute la rencontre, incarnant Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant et martyr de l’anticolonialisme.
Imiter cette posture avant de s’écrouler volontairement a immédiatement embrasé les réseaux sociaux. Beaucoup y ont vu une provocation gratuite, inutile, et surtout dangereuse dans un contexte émotionnel fort. Ce n’était ni une célébration anodine ni un simple trait d’humour : c’était une moquerie ciblée, portant sur un symbole historique profondément ancré dans la mémoire congolaise. En tournant en dérision la célébration de Michel Kaku, sosie et incarnation populaire de Patrice Lumumba, l’attaquant algérien a non seulement manqué de respect à un supporter pacifique, mais aussi à une figure majeure de l’histoire africaine et aux liens profonds qui unissent l’Algérie et la RDC.
Michel Kaku, bien plus qu’un simple supporter
Réduire Michel Kaku à un simple fan excentrique serait une grave erreur. Sa présence dans les gradins est une forme de performance mémorielle. En incarnant Patrice Lumumba, il rappelle à chaque match l’histoire douloureuse et héroïque de la RDC, marquée par la colonisation, les luttes pour l’indépendance.
Lumumba n’est pas un personnage folklorique. Il est un symbole de dignité, de souveraineté et de résistance. En restant immobile, silencieux et droit, Michel Kaku rend hommage à un homme qui a payé de sa vie son refus de plier face au néocolonialisme. Il ne nuisait à personne, ne provoquait personne, et exerçait simplement son droit d’exprimer sa mémoire et son identité.
Amoura a manqué de discernement et de responsabilité
Comment Mohammed Amoura a-t-il pu se permettre un tel geste ? Dans un tournoi continental, devant des millions de téléspectateurs, un joueur international se doit d’être conscient de la portée de ses actes. Ce chambrage relève d’un excès de zèle malvenu, d’autant plus que le match s’est achevé dans un climat globalement respectueux, notamment avec le fair-play observé durant tout le match.
Ce geste aurait pu avoir de lourdes conséquences. Dans un stade chauffé à blanc, il aurait pu dégénérer, provoquer des tensions inutiles entre supporters et ternir l’image du football africain. Amoura aurait dû s’abstenir. Le silence et la retenue auraient été bien plus dignes qu’une provocation aussi maladroite que déplacée.
Lumumba, une figure sacrée de l’histoire africaine
Patrice Lumumba n’est pas seulement un héros congolais. Il est une figure panafricaine, un symbole universel de la lutte contre l’impérialisme. Premier chef de gouvernement du Congo indépendant en 1960, il incarna l’espoir d’une Afrique souveraine. Son discours historique lors de la cérémonie d’indépendance reste l’un des actes politiques les plus forts du XXᵉ siècle africain.
Son éviction puis son assassinat en 1961, ont marqué durablement la conscience africaine. Se moquer, même indirectement, de ce symbole revient à banaliser une tragédie historique et à mépriser la mémoire collective d’un peuple.
L’Algérie et le Congo : une fraternité forgée dans la lutte
Le geste d’Amoura est d’autant plus incompréhensible qu’il contredit l’histoire même de l’Algérie. Car l’Algérie a toujours été aux côtés du Congo de Patrice Lumumba. Dès les années 1960, alors que l’Algérie était encore en pleine guerre de libération contre la France, le FLN et le GPRA voyaient en Lumumba un frère de combat.
Ils lui apportèrent un soutien politique, une solidarité idéologique fondée sur l’anticolonialisme. L’Algérie considérait la cause congolaise comme indissociable de sa propre lutte.
Un appui diplomatique et panafricain constant
Les dirigeants algériens ont défendu la cause de Lumumba dans les forums internationaux et au sein du mouvement panafricain. L’éviction et l’assassinat du leader congolais furent perçus à Alger comme le résultat d’un complot néocolonial visant à étouffer les aspirations souverainistes africaines.
Cette lecture commune de l’histoire a renforcé les liens entre les deux pays, bien au-delà des contingences politiques. L’Algérie s’est imposée comme l’un des porte-voix de la mémoire lumumbiste sur le continent.
Après 1962 : Alger, capitale des luttes africaines
Après son indépendance en 1962, l’Algérie est devenue une véritable base arrière des mouvements de libération africains. Des militants congolais se réclamant de l’héritage de Lumumba y ont trouvé refuge, formation et soutien politique. Alger accueillait et protégeait ceux qui poursuivaient le combat pour une Afrique libre et souveraine.
Cette solidarité ne fut jamais feinte. Elle s’inscrivit durablement dans la diplomatie algérienne, faisant de Lumumba une figure respectée et honorée, y compris des décennies après sa mort.
Une mémoire toujours honorée
En mai 2022, lors du colloque international sur les amis de la Révolution algérienne organisé à Alger, Patrice Emery Lumumba a été honoré à titre posthume par une distinction honorifique. Ce geste symbolique rappelle combien son combat reste vivant dans la mémoire algérienne.
Face à cette histoire partagée, le geste de Mohammed Amoura apparaît non seulement déplacé, mais profondément contradictoire avec les valeurs que l’Algérie a historiquement défendues.






