Au lendemain même de la finale de la CAN 2025, une déclaration du ministre marocain de l’Économie a créé la surprise, voire l’incompréhension. Selon les autorités, l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations aurait généré un bénéfice net de 12 milliards de dirhams pour le Royaume, confirmant les prévisions faites préalablement. Une annonce spectaculaire, tant par le montant avancé que par la rapidité avec laquelle ce bilan financier a été rendu public.
Habituellement, les retombées économiques d’un événement sportif d’une telle ampleur font l’objet d’analyses longues et détaillées, nécessitant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin d’intégrer l’ensemble des coûts, investissements, recettes directes et impacts indirects. Sortir un chiffre aussi précis dès le lendemain de la finale laisse donc perplexe et soulève de nombreuses interrogations. Le plus étonnant dans cette annonce est que les chiffres avancés aussi rapidement sont conformes aux annonces faites avant même la fin de la compétition. C’est une manière pour le Maroc de ne pas se contredire. Et pour une partie de l’opinion publique, cette communication express ressemble davantage à une opération de gestion de l’image qu’à un véritable rapport économique rigoureux. D’autant plus que l’organisation de la CAN 2025 s’est accompagnée de réalités sociales peu mises en avant par les autorités et les médias marocains. Des citoyens auraient été contraints de quitter leurs habitations dans certaines zones afin de permettre la construction d’hôtels, d’infrastructures ou d’aménagements liés à la compétition. Des situations sensibles, rarement évoquées officiellement, et qui contrastent fortement avec le discours triomphaliste tenu après le tournoi.
Cette annonce peut également être perçue comme une tentative de faire taire les critiques internes, dans un contexte où des voix se sont élevées pour dénoncer le coût réel de la CAN pour le contribuable, l’opacité autour de certains projets et les sacrifices imposés à des populations locales au nom du développement et du rayonnement international.
En mettant en avant un bénéfice colossal dès la fin de la compétition, le Maroc semble vouloir se présenter sous son plus beau jour, à la fois aux yeux de la communauté internationale et de son propre peuple. Une manière de renforcer son image de pays organisateur modèle, capable de transformer un événement sportif en réussite économique éclatante.
Reste que sans publication d’un rapport détaillé, transparent et indépendant, cette annonce de 12 milliards de dirhams demeure sujette à caution. Pour de nombreux observateurs, la vraie question n’est pas seulement de savoir combien la CAN 2025 a rapporté, mais à quel prix social, humain et économique ces bénéfices supposés ont été obtenus.






