Crédit Image : Flash Kamer Photography

TIMOTHÉE ATOUBA À AFU : «il faut qu’on arrête d’improviser au Cameroun»

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Rencontré à Yaoundé, au détour d’une cérémonie organisée par la Fédération camerounaise de football, l’ancien Lion indomptable passé par l'Ajax Amsterdam et Tottenham, a accepté d’aborder avec AFU, des sujets sur le football camerounais, en l’occurrence l’absence d’une politique réelle de formation des jeunes pour assurer la relève, le sélectionneur du Cameroun qui continue de se faire désirer, mais également le choix des destinations exotiques par certains joueurs sacrés champions d’Afrique, à un an de la CAN 2019.

Interview réalisée par Yannick Kenné

 

AFU : On ne vous a pas très souvent vu au devant de la scène. Que devenez-vous ?

TIMOTHY ATOUBA : Je suis au Cameroun, j’aide (l’Académie) ICK (Idris Carlos Kameni), qui est l’équipe de mon coéquipier et frère Kameni Carlos. En faisant un peu de coaching…

AFU : Cela suppose que vous avez déjà passé vos diplômes d’entraineur ?

TIMOTHY ATOUBA : Non, pas du tout. Je leur apporte mon expérience, mon vécu en espérant que je puisse les aider à quelque chose.

AFU : Le Cameroun prépare la CAN 2019, et à un an de ce rendez-vous, le regret qu’on a c’est de voir la plupart de nos joueurs choisir des destinations exotiques et pas compétitives. Ce n’est pas forcément de bon augure pour espérer conserver ce trophée, non ?

TIMOTHY ATOUBA : Je ne vais pas défendre, ou me ranger dans le camp de ceux qui vont signer des contrats dans des pays de seconde zone où ils sont mieux rémunérés. Même dans des équipes comme celle de la Belgique, on retrouve des joueurs qui jouent dans ces pays-là. Ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas en forme, même s’ils perdent d’intensité par rapport aux championnats dans lesquels ils évoluaient avant. Par conséquent, le football camerounais perd énormément.

AFU : On est au moins d’accord, que ce ne sont pas des choix de carrière…

TIMOTHY ATOUBA : Pas du tout. Quand on régresse, ce n’est pas un choix de carrière. On régresse, pas parce qu’on a décidé de régresser. Simplement parce qu’on a trouvé plus forts sur son chemin, et on préfère se ranger là où on aura beaucoup plus d’importance.

AFU : Ça arrive à un moment où le Cameroun n’a pas mis sur pied une réelle politique pour assurer la relève, surtout au niveau des jeunes. Est-ce que vous partagez cet avis ?

TIMOTHY ATOUBA : On manque de sérieux. Qu’on arrête d’improviser. Il faut qu’on travaille ensemble. Il y a aussi un problème d’union sacrée. Qu’on arrête de se tirer les balles dans les jambes. Ça ne nous fait pas avancer. Qu’on commence à penser dès maintenant. Qu’on se dise que dans dix ans, il faut que le football camerounais retrouve sa splendeur d’antan. Quand je regarde les anciens, notamment la génération 88-90 que j’ai un peu connue, je vois dans quels clubs ils évoluaient. Ils jouaient au pays, il y en a qui jouait même en D2. Le championnat avait un niveau appréciable. Il était convoité. Mais aujourd’hui, les stades sont vides. J’ai joué à l’Union de Douala avec le stade plein.

 Le public ne va plus au stade parce qu’il n’existe plus de spectacle. On a un problème au niveau de notre formation. On dirait qu’on a jeté l’éponge. Pourtant, il y a des mécènes qui veulent bien créer des centres de formation. Mais comment va-t-on entrainer les enfants pendant un an sans qu’ils ne fassent une compétition ? Ça ne peut pas avancer de cette façon. Lorsqu’on ne l’a pas fait, comment espère-t-on avoir une équipe première avec de bons joueurs. Non, ça ne marche pas comme ça. Si on continue, on risque d’aller chercher les joueurs avec des nationalités étrangères pour jouer avec nous.

AFU : On est à un an de la CAN 2019, et le Cameroun n’a toujours pas recruté un entraineur en vue de ce rendez-vous. Quel est votre commentaire de cette situation ?

TIMOTHY ATOUBA :Je crois qu’il y a des gens qui travaillent dessus. Il est clair que si on recrute un entraineur à la volée, les gens ne seront pas contents. On aurait pris un entraineur l’année dernière, qu’on serait déjà en train de le critiquer aujourd’hui. Il faut être patient. La meilleure des choses aurait été d’avoir un entraineur beaucoup plus tôt, pour qu’il ait le temps de travailler, de prospecter les joueurs. J’estime que si ça met long, c’est parce qu’ils essayent de choisir la bonne personne.

AFU : Mais cette longue attente s’apparente à de l’amateurisme et même à de l’improvisation, vous ne trouvez pas ?

TIMOTHY ATOUBA :Tout à fait ! Il faut arrêter d’improviser. Pour le moment nous y sommes toujours.

 

 

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