REPORTAGE DE MARIE LOUISE MAMGUE : CAÏMAN FILLE DE DOUALA ,LA LÉGENDE DU FOOT FÉMININ

  • Publié : 19/05/2018 - 23:48 /
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Unique club de la région du Littoral en Championnat national de première division, cette formation inscrite parmi les précurseurs du football féminin au Cameroun, tire le diable par la queue depuis sa résurrection en 2009.

 

Reportage réalisé par Marie Louise Mamgue

Sous une canicule, qui engendre  une chaleur torride à Douala,  la capitale économique du Cameroun, des voix féminines se font entendre  de loin. Il est environ 12 heures, au lieudit « petit terrain »  de Bonamoussadi dans l’arrondissement de Douala 5e,  un espace  vague et  poussiéreux,  transformé  en aire de jeux. Assises  sur  un banc  de fortuite  installé à l’extrême droit de ce stade, quelques joueuses de Caïman fille de Douala,  habillées  en maillot de couleur bleu,  échangent entre elles, en attendant l’arrivée de l’entraîneuse principale de ce club de football féminin, Edwige  Eboumbou Epara.  Non loin de ce groupe, cette technicienne de football  boucle certains détails avec le président, Joseph Moungui Ekambi, avant d’entamer sa séance de travail quotidienne.

Après quelques jours de repos, cette journée de mercredi 9 mai, marque la rentrée sportive de ces footballeuses constituées des élèves et étudiantes. C’est d’ailleurs l’une des conditions pour intégrer cette formation. « Caïman fille de Douala est composé uniquement des élèves et étudiantes. Nous sommes conscients que  ces filles ne peuvent pas vivre uniquement du football, davantage dans notre société, c’est pour cette raison que c’est un critère obligatoire de recrutement », précise,  Joseph Moungui Ekambi. Ces athlètes, préparent la phase retour du championnat national de football féminin de première division. L’équipe ce jour n’est pas au  complet, la majorité de ses pensionnaires participent avec leur institut  aux  jeux   Universitaires.

Ces absentes n’influencent pour autant pas   le programme du coach, déterminé à améliorer les performances de  ses filles, principalement la vitesse. « Nous n’étions pas physiquement prêts au  début du  championnat. La phase aller de la saison a été négative parce que nous avons réalisé  5 victoires, 4 défaites et deux nuls. Des statistiques  qui ne sont pas  dignes  de Caïman. Mais nous travaillons pour y remédier. Nous voulons nous maintenir et aller le plus loin possible en Coupe du Cameroun. Les filles doivent encore beaucoup travailler au niveau de la finition, c’est pour cela que ne marquons pas assez de buts  », affirme Edwige  Eboumbou Epara. Au terme de cette première phase, ce représentant de la région du Littoral, plusieurs fois champion et vainqueur de la Coupe du Cameroun, occupe la 6e place au classement général avec 17 points, sur 12 équipes.  

 

L'Unique équipe de la Région

Crée dans les années 70, Caïman fille de Douala est la seule équipe de la région du Littoral en championnat national.  L’unique d’ailleurs qui tient encore le coup dans cette région précurseur du football féminin au Cameroun, vivier des footballeuses, à l’instar des Lionnes, Geneviève Ngo Mbeleck, Edjangue Sidiki.  La formation de  Franck Rohlicek, a disparu, tandis que Sawa United Girls relégué en deuxième division attend l’organisation du championnat.  « Nous sommes encore en vie parce que nous ne voulons pas décevoir les filles. Nous nous battons pour elles, parce que tout comme elle, nous avons de la passion du  football. Au début, nous allons détecter les filles dans les écoles, au quartier et il nous fallait  l’autorisation des parents parfois un peu réticents pour les amener jouer », se souvient  Joseph Moungui Ekambi, ancien footballeur. C’est d’ailleurs grâce à la passion de cet homme plutôt discret,  que ce club qui a encadré la majorité des footballeuses professionnelles du Cameroun, a réapparu en 2009, des années après sa disparition de la scène sportive. « Caïman va pour le mieux. Nous sommes les fondateurs de ce football, nous ne cherchons pas seulement  l’essor  de Caïman fille même s’il  est marginalisé, mais du football féminin au Cameroun. Nous ne sommes pas  des aventuriers  », déclare le secrétaire général de cette formation, Fréderic  Ekambi.

Comme la plupart des clubs, Caïman  fille tire le diable par la queue. Les subventions de cinq millions F Cfa accordées par l’instance faîtière du football Camerounais couvrent à peine les dépenses annuelles évaluées à un  minium  de25 millions F Cfa, à en croire son président. « Le  football féminin a besoin d’une ligue spécialisée au Cameroun. Les choses doivent  s’améliorer. On a besoin des passionnés et  d’une meilleure politique de gestion  pour développer cette discipline au Cameroun », suggère  Joseph Moungui Ekambi. En attendant que les choses changent, les footballeuses ont le regard tourné vers l’extérieur, vers d’autres cieux, où elles bénéficieront  des  meilleures conditions de travail. Un état d’esprit qui a fait perdre à Caïman, une douzaine de ses  membres,  allés chercher fortune en Guinée Equatoriale.

 

Christine Chemani Djientieu, une prodige de football

Découverte  aux jeux Universitaires, cette étudiante  d’une vingtaine d’année a bravé l’interdiction parentale pour se frayer un chemin dans un milieu dominé par les hommes.

Entre ses études de droit à l’Université de Douala et la pratique du  football, Christine Chemani Djientieu a pu  trouver le juste milieu. Même  si son amour pour cette discipline sportive est dominant, elle est consciente qu’elle doit penser à son avenir. Selon cette étudiante, elle a plus de chance de réussir  grâce à une meilleure formation professionnelle qu’avec le football au Cameroun. Cependant, ce n’est pas une raison  pour  négliger sa carrière footballistique. « Je suis née dans une famille de footballeurs. Mon père, ma sœur et  mes frères sont des footballeurs », dit-elle.

C’est depuis son bas âge qu’elle a embrassé le monde  sportif. Athlète dynamique, Christine a pratiqué l’athlétisme, le hand-ball avant d’opter pour le football, où elle est plus épanouie. Avec toutes ses qualités physiques, cette  athlète d’une vingtaine d’année, est coincée par son père qui s’oppose à sa vie sportive. « Tout le monde m’encourageait dans  la famille, sauf  mon père. Il ne voulait que je fasse les études et le sport, son souhait était que je me consacre uniquement  à mes études. C’est vrai que je n’ai pas fait sa volonté et quand je rentrai avec une médaille, même s’il était fier, il maintenait toujours sa position, parce que pour lui les études sont plus importantes pour moi », confie cette footballeuse. Christine a bravé cette interdiction parentale, sans toutefois sacrifier sa formation professionnelle. Du primaire à l’université, en passant par le secondaire, elle a été  très active dans les compétitions scolaires, qui  vont  la révéler.

De Sawa Girls United au ... Caïman fille de Douala

Son talent a séduit l’entraineur de  Sawa United Girls, un club de football féminin. Au bout deux années de succès, cette joueuse polyvalente, qui préfère le poste de défenseur  central, est sollicité par Caïman fille de Douala en 2015, son employeur   actuel. « J’aime le football et je le pratique mieux que les autres disciplines sportives. J’ai passé d’excellentes années dans ce club et j’ai  beaucoup évolué grâce à mes entraîneurs et les  dirigeants qui nous soutiennent et nous motivent au quotidien »,  affirme cette ancienne handballeuse.

Le souhait de Christine comme pour la plupart de footballeurs camerounais et africains, est d’aller chercher fortune ailleurs, d’être sélectionné en équipe nationale. La passion seule, dit-elle, n’est pas suffisante, il faut  bien penser au futur, qui s’annonce sombre avec le football. « Si j’ai l’opportunité d’aller  jouer ailleurs, je n’hésiterai pas. Je souhaite être une footballeuse professionnelle. Nous jouons au Cameroun par passion, les choses ne s’améliorent pas. Nous travaillons dans des conditions assez critiques, nous sommes ignorées », regrette cette étudiante.  Avec un avenir incertain dans le football, malgré son talent,  Christine Chemani Djientieu est au moins rassurée  de poursuivre sa formation pour devenir avocate.