Mondial 1982: Ali Fergani raconte l'inoubliable match Allemagne - Algérie

  • Publié : 16/06/2020 - 10:39 /
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L’ex-international algérien de 1973 à 1986 ayant disputé 71 matchs en sélection algérienne en marquant 6 buts, a accepté aimablement de répondre aux questions d’Africafootunited, dans cette interview « exclusive » où il raconte les retentissants faits historiques de la première participation de l’Algérie en Coupe du monde en 1982. Le capitaine des verts à l’époque raconte cette fameuse victoire de l’Algérie contre l’Allemagne un certain 16 juin 1982 à Gijon en Espagne et ce « match de la honte-Allemagne-Autriche » pour éliminer l’Algérie avant que la Fifa ne change le règlement des compétitions.

 Que pouvez-vous nous rappeler sur la sélection algérienne, juste avant le dernier match qualificatif à la Coupe du monde 1982 en Espagne face au Nigéria ?

La sélection algérienne était alors drivée par Rachid Mekhloufi et le Russe Evgueni Rogov. Mais, il faut surtout rappeler cette finale de la CAN 1980 à Lagos face au Nigéria (3-0). Il était impossible de gagner cette finale au vu de la pression terrible qui régnait dans ce pays à cette époque. On était très confiants à ce moment, mais il était vraiment impossible de tenter l’exploit de gagner dans ce stade de Lagos chauffé à blanc…

 

Et qu’en est-il donc des deux derniers matchs des qualifications au Mondial face au Nigéria ?

Justement, au match aller à Lagos on avait une très bonne équipe qui amorçait alors un grand retour au plus haut niveau. On voulait alors prendre notre revanche de la finale perdue en 1980 à Lagos sur cette bonne équipe du Nigeria. On était très confiants d’autant que l’arbitre du match était européen, il s’agit de l’Italien Ligue Agnolin. On avait alors battu cette sélection nigériane (2-0). On avait alors un avantage certain en score et un autre psychologique avant le match retour qu’on avait disputé à Constantine ( Est de la capitale Alger, ndr).

Mais, moi je n’ai pas joué ce match retour décisif car j’étais sous le coup d’une suspension. J’avais reçu un carton bêtement et je ne devrais donc pas jouer ce second match. Finalement, on avait alors battu le Nigéria 2-1 sur deux buts de Belloumi et Madjer .

 

Quelle a été l’ambiance au sein de la sélection, car en dehors, l’ambiance de la qualification au premier mondial a été véritablement fêter d’une manière aussi historique à travers tout le pays voire à l’étranger avec nos compatriotes vivant hors du pays ?

C’était une ambiance de folie au sein de la sélection où tout le monde s’est extasié. Ce n’était pas facile devant une équipe nigériane coriace. Et puis, il ne faut pas oublier que c’était dans des circonstances très difficile il y avait aussi en parallèle une problématique de temps de préparation.

 

Comment ça ?

Il faut bien se rappeler qu’on avait joué ce match de la qualification à la Coupe du monde mais on devrait également préparer la phase finale de la CAN 1982 en Libye prévue en mars 1982.

On devrait préparer la CAN 1982 et juste après on devrait disputer la phase finale de la Coupe du monde en Espagne. Il ne nous restait alors que 2 mois et demi avant le mondial entre les deux compétitions. ;

 

Ce fut donc une compétition intermédiaire cette CAN difficile à négocier ?
Oui, mais on avait fait tout de même une très bonne CAN.
On avait perdu bêtement en demi-finale contre le Ghana. Et là, je me dois de reconnaitre que j’ai une part de responsabilité dans ce match en tant que capitaine d’équipe.

 Quelle responsabilité ?

Je me suis fait expulsé 5 minutes avant la fin du match alors qu’on menait (2-1). Les Ghanéens, ont par la suite, égaliser avant de gagner le match (3-2). Je dois également

Avoué qu’en cette période j’étais blessé et malade.

Puis ce fut la préparation du Mondial 1982 ?

Près cette élimination de la CAN 1982, je suis parti en France où je me suis fait opérer. Je peux le dire aujourd’hui et le confier, je me suis fit opérer de la fistule anale. J’ai disputé la CAN en utilisant régulièrement de la pommade pour me soulager. Mais, cela ne doit, néanmoins, pas expliquer mon expulsion. J’avais commis une erreur alors qu’on aurait pu bien remporter cette CAN 1982 en Libye.

Après mon opération j’ai passé une période de convalescence et je n’ai donc pas disputé les matchs amicaux dont celui face au Pérou (1-1).

Mis, je dois aussi faire rappeler qu’on disputait à l’époque beaucoup de matchs amicaux. On avait joué de très grandes équipes et sélections : on avait rencontré le Real ; l’Eire, le PSG, Monpellier, Atletico Mineiro, Nottingham, Eindhoven, le Bayern, Fluminence, Manchester United etc.

On avait confronté le plus haut niveau et jamais on a été ridicules au vu du très haut niveau des joueurs de la sélection algérienne à cette époque.

 Ensuite, il y a eu le stage en Suisse et d’autres matchs amicaux sans la présence du coach Rogov ?

On avait disputé plusieurs matchs amicaux dont contre l’Olympique de Lyon car le stage était en suisse près de la frontière avec la France.

 Et comment expliquer le changement du staff technique des Verts Mekhloufi-Rogov par Mekhloufi-Khalef-Saâdane ?

Là, franchement, je ne sais pas pourquoi il y a eu ce changement. Mais, je pense, et ce n’est qu’une hypothèse personnelle, rien d’officiel, je pense que pour une première participation à une coupe du monde, pour notre pays, on devrait avoir un staff algérien. Mais la vraie raison du départ de Rogov je l’ignore sincèrement.

En tous les cas, Rogov a bien eu le mérite d’avoir préparé cette solide EN. D’ailleurs en Coupe du monde c’est à un ou deux joueurs près le même effectif qui a travaillé avec Rogov et Mekhloufi qui a été reconduit en Espagne pour le mondial.

 

Et quel effet avait-il au sein des Verts au sujet des déclarations des joueurs, staff et responsables allemands pour ce match contre l’Algérie ?

On était bien au courant des déclarations durant cette période de préparation de cette compétition.
Avant le match, le sélectionneur allemand (Jupp Derwall, ndr) avait dit qu’il rentrerait à pied si son équipe perdait. Et certains joueurs avaient déclaré qu’ils dédieraient le sixième ou le septième but à un membre de notre famille. Mais, ils n’ont pas compté avec le « NIF » de l’Algérien. Ça nous a beaucoup touché car c’était indélicat de déclarer telles déclarations en sous estimant à ce point son adversaire.

Et puis, nous, nous n’avons pas déclaré qu’on va gagner les Allemands. On s’est donné comme serment d’assurer un comportement honorable pour notre première participation à une Coupe du monde. Et même si on devrait perdre, on devrait tomber les armes à la main.

En tous les cas, on s’est présenté face aux Allemands avec l’esprit de tout faire pour ne pas plier.

 Et c’est donc le match de vérité ?

Là, il faut reconnaitre que c’est un match très difficile. On a ouvert la marque avant l’égalisation des allemands.

 Et puis Mehdi Cerbah fait des siennes ?

Effectivement, le gardien de but Mehdi a été extraordinaire…

On lui souhaite un prompt rétablissement, aujourd’hui…

Ça va mieux pour lui. Il vient d’être opéré et je l’ai eu hier au téléphone et il va bien rassurez-vous ».

 Et la suite du match contre la RFA ?

Après l’égalisation de l’Allemagne, il y avait eu la démonstration de la confiance qui caractérisait nos joueurs de la sélection à l’époque.

En revoyant le match, on constate que dès qu’on avait fait le centre, on a effectué 9 passes et on a vite marquer le 2eme but.

En plus, il fallait surtout voir la manière avec laquelle on jouait à l »’époque. On jouait le football moderne, celui qu’on joue actuellement. Soit celui des passes courtes et rapides et sans revenir en arrière et on ne dégageait pas la balle à, l’abordage. On construisait le jeu.

Et puis il faut aussi voir ces occasions qu’on avait raté comme celle de la fameuse chevauchée de Merzekane. Les Allemands étaient connus pour être dotés de forces physique inégalables. Et Merzekane a montré au allemands que l’Algérien aussi possède une très bonne conditions physique. On avait un milieu de terrain exceptionnel. Fergani, défensif, Dahleb et Belloumi offensifs. On était supérieurs aux allemands dans ce secteur avec notre maitrise du ballon. Dahleb s’est vraiment surpassé dans ce match alors que Maroc était blessé.

On fournissait tous les efforts nécessaires au profit du collectif.

 Les Allemands ont donc eu tort de sous-estimer l’Algérie, preuve à l’appui ?

Oui, et je vous donne un exemple : A comparer les Allemands et les autrichiens, contrairement aux Allemands, les autrichiens se sont dits que ces Algériens sont dangereux. Et c’est très important, les autrichiens nous ont suivi lors de la CAN 1982 en Libye. Ils ont étudié notre jeu. Et là, ils ont compris qu’on pouvait faire des dégâts en Espagne.

Ils étaient alors plus prudents que les allemands.

 Et le match perdu justement contre l’Autriche ?

On est rentré confiants. Et eux, ont joué les contres.

Les efforts fournis contre les Allemands ont eu des effets négatifs et on s’est présenté avec un peu d’euphorie. On avait raté beaucoup d’occasions comme nos adversaires et on méritait le nul.

On a joué un match acceptable mais pas suffisant pour accrocher cette bonne équipe autrichienne.

 Et pour la 2eme victoire des Verts dans ce mondial en Espagne contre le Chili qu’en dites-vous ?

On avait bien entamé la première mi-temps en menant (3-0). Les Chiliens ont eu la 2èmemi-temps et on a finalement gagné (3-2).

 Comment voyez-vous, avec du recul, ce fameux match de la honte Allemagne-Autriche ?

Il faut d’abord préciser qu’à l’époque, des nations étaient protégées puisqu’elles jouaient leurs derniers matchs des poules après ceux de leurs adversaires.

Les Allemands ont joué le match face à l’Autriche, le lendemain de notre victoire face au Chili.

Ils savaient qu’une courte victoire (1-0) pour eux contre l’Autriche, les deux sélections se qualifiaient. Et c’est cet accord tacite qui a éliminé notre sélection.

Et c’est ce qui a poussé la FIFA à programmer les derniers matchs des poules le même jour et à la même heure.

 C’était tout autant historique ?

Effectivement, d’autant que cela s’est passé à quelques jours de la célébration du 20è anniversaire de l’Indépendance de notre pays. Et ce genre d’exploit, seul le football peut le réaliser.

Comme ce fut le cas en juillet dernier avec la sélection algérienne drivée par Belmadi qui a remporté la CAN 2019 et qui a fait sortir les algériens dans la rue comme en 1982.

 Peut-on faire la différence entre l’EN 1982 et l’actuelle ?

 Pour le faire il faut faire la comparaison avec une participation au Mondial.

Pour la sélection actuelle, elle a gagné la CAN en Egypte et c’est tout aussi historique. Mais on doit attendre une participation au Mondial pour bien faire la différence bien que les contextes et les périodes sont différentes autant que les effectifs.

Car faut-il reconnaitre qu’il y a bien une grande différence entre la CAN et le mondial. On remarque même qu’il y a un déséquilibre de formation des joueurs. On constate une large différence entre les joueurs formés localement et ceux formés en Europe.

Nous avons beaucoup de jeunes talents mais on remarque une très mauvaise prise en charge de cette catégorie de jeunes. A part, le Paradou aucun club algérien n’a une base d’entraiment. Un exemple : depuis l’inauguration du stade du 5 juillet en 1972, il n y a aucune nouvelle construction de stade dans la Capitale et sa périphérique. Et ce n’est vraiment pas normal. !

 Justement, lors du dernier classement des championnats du monde donnant la chance aux U21, le NA Hussein-Dey et le seul club algérien figurant dans le top 50 et plus exactement à la 41è place quel est votre commentaire ?

Ecoutez en 1982, contre l’Allemagne, Guendouz, Merzekane, Fergani et Madjer sont 4 joueurs titulaires du NA Hussein-Dey.

Et il se trouve que depuis les années 1970 avec Ammar Boudissa et Snella le NAHD a toujours été une véritable école de formation.

Remarque, l’actuel président du NAHD, Ould Zmirli, il a bien ramené Korichi (ex-DTN et formateur) qui a travaillé sur la base d’un plateau des jeunes de l’EN. Mais, malheureusement, il n’y a plus de suivi. Il faut donc résonner comme le Paradou qui est dans le vrai en matière de formation de jeunes avec une base d’entrainement à Ouled El Hadj.

De plus, durant les années 60-70, il y avait le sport scolaire qui permettait l’émergence des jeunes talents. Mais, aujourd’hui, il n’y a plus de sport scolaire….

 Un mot de la fin de la part de l’ex-capitaine et sélectionneur des Verts ?

Je suis pour la reprise des compétitions dans notre pays mais à huis clos. Et puis pour le moment, la situation sanitaire ne le permet pas. Alors je demande à tous de faire très attention à ce coronavirus mortel en prenant toutes les précautions voulues et en appliquant à la lettre les directives, protocoles et autres règlements sanitaires pour combattre ce virus mortel.