Le foot au Burundi, une passion présidentielle

  • Publié : 29/06/2019 - 15:48 /
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La boutade, relayée sur les réseaux sociaux, est aigre-douce à l'heure où le Burundi traverse une crise politique depuis l'annonce de sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015. Mais elle illustre à merveille la passion sans limite que le chef d'Etat voue au ballon rond.

Ses compagnons d'armes au sein du Cndd-FDD, un mouvement rebelle hutu burundais qu'il a rejoint en 1994, racontent qu'il avait fait construire un terrain de football au plus profond de la forêt de Kibira (centre), où il pouvait taper la balle entre deux attaques contre l'armée, alors dominée par les tutsi.

Après son accession au pouvoir en 2005, Nkurunziza a fait construire 11 stades dans un pays de 11 millions d'habitants, parmi les plus pauvres au monde, dont une enceinte de 9.000 places dans son village natal de Buye (nord), où il joue plusieurs fois par semaine avec son équipe, le "Haleluya FC". Dix autres stades sont en construction.

Buts de "complaisance" 

Ancien professeur de sport à l'Institut d'éducation physique et sport (IEPS) du Burundi, ex-joueur de deuxième division burundaise, le président marque à chacun de ses matches. Un proche a ainsi affirmé récemment qu'il avait marqué plus de mille buts, ce qui en ferait le buteur le plus prolifique de l'histoire du Burundi.

Mais ses détracteurs décrivent des buts de "complaisance", assurant que les joueurs adverses ont pour consigne de ne pas défendre sérieusement contre ce fervent supporteur du FC Barcelone.

Deux fonctionnaires de la commune de Kiremba (nord) l'ont d'ailleurs appris à leurs dépends en mars 2018. Ils avaient enrôlé deux réfugiés congolais qui avaient "fortement rudoyé" M. Nkurunziza, l'attaquant "à chaque fois qu'il avait la balle" et le "fai(san)t tomber à plusieurs reprises", avait alors raconté à l'AFP un témoin.

Ces deux fonctionnaires, pourtant membres du parti présidentiel, sont dans l'attente d'un procès pour "complot contre le chef de l'Etat", selon une source judiciaire. Désormais en liberté conditionnelle, ils ont passé près d'un an en détention provisoire.

Le président, également passionné de chant - sa chorale se déplace avec lui partout où il va -, a par ailleurs investi dans le développement du sport au Burundi et créé la première académie de football du Burundi, le "Messager FC", qui a depuis fait des émules à travers le pays.

Les autorités aiment également le rappeler, à l'heure où le Burundi participe à la première CAN de son histoire: le pays ne comptait qu'un seul stade aux normes internationales lors de l'entrée en fonction du président Nkurunziza.

"Notre Dieu" 

"C'est indéniable, la participation du Burundi à la phase finale de la CAN vient consacrer les efforts du président Pierre Nkurunziza en matière de promotion et de soutien au sport et en particulier, au football, que lui-même pratiquement assidument", se réjouit son porte-parole, Jean-Claude Ndenzako.

M. Nkurunziza, un chrétien évangélique, passe plus de la moitié de son temps à l'intérieur du pays, où il joue au football deux à trois fois par semaine, ou chante et danse avec sa chorale "Komeza gusenga" ("Priez sans cesse" en kirundi, la langue nationale).

L'opposition dénonce depuis des années un président qui ne prend pas le temps de s'occuper des "affaires sérieuses" du pays, dont près 70% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Les proches de M. Nkurunziza balaient d'un revers de la main toute critique.

"Vous verrez, le Burundi ira très loin dans cette CAN", prédit un cadre de la présidence. "Notre Dieu à qui nous avons donné la première place dans le pays va nous donner la victoire pour confondre nos ennemis".

La visite de la Première dame Denise Nkurunziza auprès de l'équipe burundaise et la séance de prière organisée à cette occasion juste avant le match de jeudi contre Madagascar n'aura visiblement pas suffi. Avec une deuxième défaite en autant de rencontres, l'avenir des Hirondelles ne tient désormais plus qu'à un fil.