Interview du journaliste-écrivain l’Algérien Yazid Ouahib : « Je ne suis jamais rassasié de la passion du journalisme »

  • Publié : 09/09/2020 - 12:15 /
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Quarante-quatre ans (44) de journalisme, le journaliste-écrivain et consultant TV., l’Algérien Yazid Ouahib (67 ans), est également, ancien joueur et ex-président d'un club algérois, a bien voulu répondre aux questions d’Africafootunited, à travers lesquelles, il évoque son parcours professionnel effectué au service du sport en générale et du football en particulier.
Interview réalisée par : Saïd B.

Pouvez-vous expliquer comment avez-vous choisi ce métier de journaliste » sportif » ?

Né le 22 octobre 1953 à Alger, j'ai effectué mes études à Kouba où j'ai terminé mon cycle Secondaire  au Lycée Hamia avant d'arracher mon baccalauréat durant l'année scolaire 1974- 1975.

Je dois juste indiquer qu'en réalité, dès que j'ai entamé mes études au collège, je me suis fixé comme objectif de devenir journaliste.

Après le baccalauréat et comme il n'y avait pas d’Ecole de journalisme à l’époque, j’ai intégré l'université pour des études en Sciences politiques où il y avait trois branches : relations internationales (diplomatie) ; l'Administration (ENA) et le journalisme. J'ai donc choisi logiquement le journalisme.

Pourquoi spécialement ce métier ?

Comme tout jeune de l'époque, j'aimais le sport et le football en particulier. Il y avait alors peu de journaux algériens, mais il y avait, par contre des journaux étrangers spécialisés tels Miroir du football, l'Equipe , France football et Football Magazine. Ceci avant que le journal sportif algérien El Hadef ne paraît en 1972.

Je me suis ainsi familiarisé avec ce milieu et ce métier qui a été, en vérité, ma véritable passion.

 Qu'en est-il des débuts de votre cursus professionnel ?

J'ai commencé par « piger » durant les années 1976-1977 en exerçant d'abord dans la revue du Ministère de la Jeunesse et des Sports « Jeunesse action ».

Par la suite et durant les années 1979-1980, je suis devenu correspondant du journal El Hadef avant que le directeur , feu, Kamel Ayache me propose de devenir chef du Bureau d'Alger du journal Ennasr. Ce fut surtout une fonction administrative que j'y exerçais alors que j’étais en même temps, responsable du bureau sportif à El Hadef.

Par la suite, mon collègue, Djamel Saifi, m'a proposé d'intégrer le journal hebdomadaire Algérie-Actualités, en m’informant que le directeur Kamel Belkacem a besoin de former une équipe. J'ai donc rejoint la rubrique sportive alors, dirigée par mon collègue Kader Berdja.

Puis, j’ai été dans l'obligation d'accomplir mes deux années du service national en 1982 alors que je pigeais également au journal El Moudjahid.

Le service national accompli, Hamza Tidjini m’a informé que l’Etat voulait alors lancer le journal du soir Horizons et m’a donc proposé d’en faire partie. Mais, j’ai préféré rejoindre El Moudjahid jusqu’en 1990 où il y a eu l’avènement de la presse indépendante. Là, j’ai opté pour le journal quotidien francophone El Watan en étant actionnaire et responsable de la rubrique sportive.

Votre expérience sur les terrains vous a permis d’intégrer la Confédération africaine de football (CAF), comment cela s’était-il passé ?

Je dois d’abord préciser que je n’ai jamais fait partie d’un quelconque organe sportif officiel algérien. J’ai rejoint, par contre, la Confédération africaine de football en 2004.

Pourquoi en cette année 2004 spécialement ?

C’était l’année où la CAN se déroulait en Tunisie. Et le président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua, s’est porté candidat pour devenir membre du Comex de l’instance du football africain. Raouraoua a été élu durant le Congrès de Tunis en 2004.

«Cela m'a permis de voir et surtout de vivre comment fonctionne une Confédération et particulièrement la CAF. Ce qui m'a également permis de mesurer toutes les difficultés qu’a la Caf pour perpétuer la CAN..»

Il faut savoir que chaque deux ans, la CAF procédait au renouvellement de ses commissions au nombre de 23 par de nouveaux éléments. Le processus fait que chaque fédération propose des noms pour intégrer les Commissions. La FAF a proposé mon nom pour faire partie de la commission médias et le Comex de la CAF a validé la proposition de la fédération algérienne. C’est ainsi que j’ai intégré la commission médias de la CAF ou je suis resté neuf (9) ans. Je suis resté au sein de cette Commission jusqu'en 2013, soit six mois avant le Mondial 2014 où j'avais alors décidé de démissionner pour des raisons qui me sont propres et personnelles.

Pour l'anecdote, j’ai assisté en décembre au tirage au sort de la Coupe du Monde du Brésil. Et c’est de retour à Alger et plus précisément à l'aéroport de Sao Paulo que j’ai rédigé ma lettre de démission. Lorsque  je suis arrivé à Alger, j’ai envoyé ma démission au secrétaire général de la CAF, Hicham Amrani avec une lettre d’information au président de a Fédération algérienne de football.

J'ai, à ce moment-là, estimé que 9 ans c’était suffisant pour quitter la commission Médias de la CAF.

Ce fut, tout de même, une période bien instructive non ?

Dans chaque expérience on apprend de nouvelles choses. Ce fut une expérience très enrichissante au cours de laquelle j'ai noué de très nombreuses relations aussi bien dans le milieu sportif qu’autres. Cela m'a permis de voir et surtout de vivre comment fonctionne une Confédération et particulièrement la CAF. Ce qui m'a également permis de mesurer toutes les difficultés qu’a la Caf pour perpétuer la CAN.

Je garde enfin de très bons souvenir de mon passage à la Commission Médias de la Caf durant 9 années.J'espère toutefois, que la CAF puisse donner à l'avenir l'occasion aux compétences qui existent en Afrique pour montrer ce dont ells sont capables.

Vous êtes un des rares journalistes africains à faire partie du jury du Ballon d'Or, comment avez-vous été sollicité ?

Cela s'est concrétisé grâce à un collègue et ami journaliste à France Football. A l’époque j’étais correspondant à Alger du journal l'Équipe à Alger de1993 à 2000. J’ai alors noué des relations avec mes collègues de l'Équipe et de France Football.

En 2007, la FIFA a signé un partenariat avec France Football pour le concours du Ballon d'Or qui était exclusivement réservé aux joueurs européens pour devenir un « Ballon d’or » à l'échelle planétaire. De 54 pays européens qui avaient leurs journalistes dans le jury, l’année 2007 a donc permis d’élargir ce nombre de journalistes aux 5 Continents. Et c’est alors que j’ai été contacté par les responsables de France Football pour devenir membre du jury. Après la fin du contrat de partenariat entre la Fifa et France Football, 4 ans plus tard, le Ballon d’Or a gardé le même nombre de journalistes.

Et justement, en 2017, des Algériens vous ont fait le reproche de ne pas avoir voté sur Riadh Mahrez pour le Ballon d’Or qu’en dites-vous, aujourd’hui, avec du recul ?

Je dirai simplement que je respecte leurs avis et leurs opinions. Quant à moi, j’estime avoir fait mon choix en mon âme et conscience. Ce n’est pas parce qu’il y a un Algérien dans la liste des nominés que je suis obligé de le choisir.

«l’année 2007 a donc permis d’élargir ce nombre de journalistes aux 5 Continents. Et c’est alors que j’ai été contacté par les responsables de France Football pour devenir membre du jury pour l'attribution du Ballon d'or.»

Parlons maintenant, si vous permettez, de Yazid Ouahib le joueur et dirigeant de club

J’ai joué au NA Hussein-Dey dans les catégories  minimes et  cadets. J’avais comme meilleur ami et coéquipier, Ighil Meziane du temps où en cadets, Omar Belhouchet était également un de mes coéquipiers, lui, qui par la suite, est devenu le directeur du journal El Watan. Cela s’est passé également du temps où Amar Boudissa était coach au NAHD. A l’époque Boudissa s’occupait des minimes jusqu’aux juniors et il y avait en catégories juniors, Ali Fergani et Mohamed Kheddis (Que Dieu ait son âme).

Après un an et demi je n’ai pas été choisi pour poursuivre le cursus de formation. Les responsables de l’équipe à l’époque étaient intransigeants, il fallait avoir un véritable talent pour poursuivre tes classes. Ighil a, par contre était choisi et il en est même devenu un joueur international avant de devenir coach.

Par la suite, j’ai joué dans un petit club amateur à Kouba jusqu’à l’année où je devais passer mon baccalauréat et là le choix était facile : poursuivre les études.

Après le BAC j’ai joué dans un club de Vieux Kouba (CRVK) puis au Wifak Riadhi de Kouba (WRK). Puis vint la réforme de 1976-1977. Là, les deux clubs ont fusionné pour devenir le Chabab Amel Kouba (CAK). J’ai joué dans ce club en Division d’honneur pendant trois ans et j’avais joué aux cotés des célèbres joueurs koubéens Boualem Amirouche, Noureddine Ait Chegou, Salem Fourar, Ahmed Talbi (que Dieu ait son âme) et bien d’autres.

J’ai été appelé à coaché les minimes de l’équipe entre 1985 et 1986 puis les cadets, deux années après avant de coacher les séniors du CAK.

« dans le journalisme, on exerce une passion et pas un métier »

Et à l’issue des premières élections démocratiques entre 1989 et 1990, des responsables de l’équipe m’ont poussé à postuler pour être membre du bureau. Et là, j’ai été non seulement élu au bureau, mais j’ai été élu également président de  Cette période m’a permis d’avoir une nouvelle perception sur le football et  en particulier enmatière de gestion. Aujourd’hui, j’imagine donc bien les difficultés des gens à diriger les clubs.

Justement comment résumez-vous la situation actuelle du football dans notre pays ?

Tout le monde découvre le fiasco des institutions la FAF et la LFP qui ne respectent même

pas leurs propres statuts et règlements. Le comble c’est que lorsqu’à titre d’exemple, un coach critique la Faf ou la Ligue, il est sanctionné de six mois de suspension par ces mêmes personnes qui, eux ont transgressé leurs propres règlements et statuts. Et eux, qui doit les sanctionner ?

Eh bien il y a donc absence du Ministère de la jeunesse et des sports garant de l’application des règlements et lois justement ?

Un ancien ministre à qui on avait posé la question sur les transgressions des lois et règlements avec une AG illégitime et des élections anti réglementaires avait répondu « si vous savez les enjeux…on ne voulait pas déstabiliser le pays », a-t-il.

«Le football algérien est dans une situation dangereuse qui compromet ses chances de maintien au premier plan. Le sacre de 2019 (CAN) est l’arbre qui cache la fôret.»

Or, un responsable quel que soit son degré de responsabilité doit respecter les lois et règlements car les Algériens ne demandent que l’application des lois et règlements ainsi que pour qu’il y ait une équité des chances. Le massacre que connait le football algérien actuellement est la conséquence du laisser-aller qui s’est installé depuis des décennies et qui fait que le football est devenu l’otage de sordides calculs. Le football algérien est dans une situation dangereuse qui compromet ses chances de maintien au premier plan. Le sacre de 2019 (CAN) est l’arbre qui cache la fôret.

Il faut savoir que c’est grâce à des amis qui m’ont soufflé le nom de Charaf Eddine Amara, PDG  du groupe Madar, l’actionnaire majoritaire du CRB pour le solliciter afin de sponsorisé le livre.

Et au vue de la proximité avec Lalmas du CRB, j’ai alors présenté mon épreuve de l’ouvrage au PDG qui a accepté de prendre en charge l’impressionde ce livre de plus de 400 pages et dont le prix est véritablement abordable avec 800 DA l’unité. L’impression a été faite sous les rotatives des Editions DIWAN de Hadj Hammou. Madar a financé les 1500 premiers exemplaires de ce livre alors que la seconde impression de l’ouvrage s’est faite sur mon compte auteur.

En tout et pour tout, on a imprimé 2500 exemplaires/ On a écoulé 2000 à 2100 livres avant l’avènement du coronavirus qui m’a obligé à suspendre sa vente.

Enfin et après avoir transmis le « virus du journalisme » à votre fille et votre neveu, quels sont les conseils que vous donnez à la jeune génération des journalistes ?

Il faut d’abord et surtout aimer ce qu’on fait. Car dans le journalisme, on exerce une passion et pas un métier dont on n’est jamais rassasié.

Il faut aussi savoir surmonter quelques obstacles dans la vie pour réussir à faire l’équilibre entre sa vie familiale et sa vie professionnelle.

Dans la vie il y a beaucoup de contraintes et ce n’est que la passion qui peut faire oublier toutes les contraintes.