Exclusif: Oumou Kane (Mauritanie) "Désormais l’équipe nationale féminine existe"

  • Publié : 24/06/2020 - 09:51 /
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Alors que le football féminin évolue à une vitesse exponentielle sur les autres continents, il tarde toujours à décoller en Afrique. En dehors de certains pays, comme le Nigéria, le Ghana, le Cameroun, le Sénégal, le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud, pour ne citer que ceux-là, peu sont ces nations africaines qui ont un riche palmarès dans le football féminin.  Toutefois, un effort se fait dans certains de ces pays, où voir la femme jouer au football parait anormal, il y a de cela quelques années. La rédaction de www.africafootunited.com s’est intéressée au cas de la Mauritanie où autre fois, il est impossible de voir une femme s’intéresser au cuire rond et où fort heureusement de nos jours, tout est encore en cours de construction. Pour en découvrir davantage, nous avons reçu, Oumou Kane, Directrice du département du football féminin à la Fédération de Football de la République Islamique de la Mauritanie (FFRIM) et Commissaire de Match à la Confédération Africaine de Football (CAF). Elle nous a fait découvrir la naissance et l’évolution du football féminin mauritanien.

 

 

www.africafootunited.com : Bonjour madame, Dites-nous, comment se porte le football féminin mauritanien à l'heure actuelle ?

 

Oumou Kane: Le football féminin est à l’arrêt vu la situation actuelle que nous vivons (le coronavirus, Ndlr). Nous étions à notre quatrième journée du championnat national avec les différentes catégories. Mais  avant cela nous étions en Tunisie en février où notre équipe nationale a participé au tournoi UNAF (tournoi de Union nord-africaine de football regroupant 5 pays).

 

www.africafootunited.com : Si on vous demande d'évaluer le niveau du football féminin mauritanien aujourd'hui par rapport à il y a de cela 10 ans, 5 ans, que direz-vous ?

 

Oumou Kane: Les choses ont très bien évolué en si peu de temps, vu que c’était impossible de voir la femme mauritanienne jouer au football, c’était mon combat quand j’ai pris fonction en 2016, briser les tabous et défendre les droits de ces jeunes dames et filles qui s’intéressent au football.

 

www.africafootunited.com : Quels sont les obstacles, qui empêchent les filles de s'intéresser au football ?

 

Oumou Kane: Les obstacles sont les poids de la tradition et l’environnement, le fait d’être femme, le mariage forcé  et l’arrêt de la scolarité ou encore les parents. Il y a également les leaders religieux qui s’opposent par rapport au style vestimentaire.

 

www.africafootunited.com : Depuis que l'équipe nationale a été formée, qu’est-ce qu’on peut retenir en ce qui concerne la participation, aux compétitions internationales.

 

Oumou Kane: Nous avons mis en place l’équipe nationale l’année dernière, février 2019. On a organisé un premier match amical avec l’équipe djiboutienne le 30 juillet 2019 où  nous avons été battus, trois buts à un (3 -1). C’était une première dans l’histoire du pays, Il y  avait la peur. Au stade, on avait un autre public. Les parents étaient là pour voir le rêve de leurs filles se réaliser. Quand on a commencé à faire une communication sur le match, on voyait les attaques sur les réseaux sociaux. Mais en même temps on avait fait un travail de fond. Pour nous préparer à tout ça, quand un jour nous avons réussi à relever le défi pour mettre en place une équipe nationale féminine dans une ‘’République Islamique’’. C’est-à-dire un plaidoyer avec les ONG qui militent pour les droits des femmes. Deux jours après, c’est-à-dire du  2 août au 10 août 2019, nous sommes partis en Espagne pour participer au Tournoi du COTIF (Tournoi international de football de L'Alcúdia, Ndlr).

 

www.africafootunited.com : Comment était cette  expérience ?

 

Oumou Kane: C’était trop pour nous, mais pour nous c’était important de faire comprendre au pays que désormais l’équipe nationale féminine existe et qu’il faut s’y habituer. Les scores étaient énormes.  Mais pour nous, C’est le rêve des joueuses qui s'est réalisé et beaucoup de défis relevés dans un milieu d’homme. L’Espagne nous avait battu 11 à 0, l’Inde 7-0, la Villa Real 6 à 1 et la Bolivie 5 à 0. Ensuite février 2020  nous avons participé au tournoi UNAF en Tunisie. Elles ont joué contre le Maroc, la Tunisie, la Tanzanie et l’Algérie. La Tanzanie les avait battu 7 à 0, la Tunisie 3 à 0, Algérie 5 à 0, et le Maroc 5 à 0. Ce sont des équipes qui ont plus d’expérience que nous. Nous avons aussi mis en place l’équipe nationale junior U20. Elles ont participé aux préliminaires de la Coupe du Monde féminine de la FIFA contre la Guinée-Bissau, mais elles ont été éliminées. Au match aller elles ont perdu six à zéro (0-6) et au retour neuf à zéro (9-0).

 

 www.africafootunited.com : En ce qui concerne le championnat, vous avez dit qu'il a été, arrêté à la quatrième journée, combien de clubs sont- ils engagés ?

 

Oumou Kane: Nous avons 15. C’est notre quatrième année de championnat national et c’est grâce au championnat que nous avons mis en place nos équipes nationales féminines. Nous avons trois catégories U15 U17 qui jouent football à 7 et les seniors jouent à 11. Nous avons commencé petit à petit parce qu’on n’a pas voulu bousculer les choses. La plupart de nos équipes sont en milieux scolaires. Les clubs ne croyaient pas au football féminin.

 

www.africafootunited.com: Comment se passe la formation de ces jeunes dames  au plan national?  Existe-il un centre de formation uniquement pour le football féminin en Mauritanie ?

 

Oumou Kane: Pas encore. Mais la FIFA envoie  des experts pour des formations selon nos demandes.

 

www.africafootunited.com : Quels sont les objectifs à court et à long terme de la Fédération pour le football féminin mauritanien ?

 

Oumou Kane: Nos objectifs à court terme étaient de faire du football féminin une réalité en Mauritanie, organiser des championnats féminins, mettre en place une équipe nationale féminine. Maintenant à long terme c’est de pouvoir participer aux grandes compétitions connues comme la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et la Coupe du Monde et mettre en place une académie de football féminin et voir nos joueuses signer avec des clubs à l’étranger. Nous sommes contents d’avoir trois joueuses qui ont signé au Maroc et au Sénégal.

 

www.africafoot.united.com : Elles se sont engagées avec quels clubs dans ces pays ?

 

Oumou Kane: Fatou Diop le numéro 10 et le 19 Fatou Niang ont signé avec Assag au Maroc, et le numéro 7 Fatimata Anne a rejoint AFA de grand Yoff au Sénégal.

 

www.africafootunited.com : A présent nous allons parler de vous, quelles sont les difficultés que vous rencontrez  personnellement depuis votre prise de fonction, en tant que femme dans le milieu du football ?

 

Oumou Kane: Oui, je suis arrivée dans un milieu d’homme et la femme ne peut être qu’intimidée. C’est à peine on valorise ce que tu dis ou qu’on prenne en considération le football féminin. Je me suis imposée et j’ai réussi à ramener d’autres femmes. Pour qu’on donne du respect à la femme dans le monde du football. Nous faisons souvent face à certains blocages. Alors que cela ne doit pas avoir lieu, les hommes doivent être à nos côtés et nous aider pour la promotion et le développement du football féminin.

 

 

www.africafootunited.com : Avez-vous été joueuse ? Comment vous êtes venue dans le football ?

 

Oumou Kane : C’est le hasard qui m’a amené à la fédération, je ne suis pas une joueuse. Je suis militante des droits de l’homme surtout les droits des femmes. Je préside une ONG depuis 2011, l’Association Multiculturelle pour un Avenir Meilleur (AMAM). L’ONG a organisé un tournoi de l’intégration pour 14 pays résidant en Mauritanie et on est parti voir le président de la FFRIM (Ahmed Old Yahya, Ndlr) pour parrainer le tournoi. Et ça fait un moment il cherchait une personne qui pourrait gérer tout un département. Et voilà c’est tombé sur moi qui n’avait jamais rêvé me retrouver  dans le monde du football. 

 

www.africafootunited.com: Votre mot de la fin ?

 

Oumou Kane : Est-ce que le football féminin est une réalité ? On doit le laisser évoluer naturellement selon les réalités de chaque pays. Nous devons donner plus de considération, que cela soit ici ou ailleurs. Merci aussi de l’intérêt que vous avez pour le football féminin Mauritanien.