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EXCLUSIF - EL HADJI OUSSEYNOU DIOUF À AFU « Aliou Cissé doit démissionner après l’échec au mondial »

  • Publié : 27/07/2018 - 00:53


Célèbre sur les pelouses à cause de sa crinière en peroxydé et ses dribles, El Hadji Ousseynou Diouf , double ballon d'or Africain en a gardé sous la dent. A la retraite, celui que l’on surnommait « le bad boy » ne prend pas de gant pour dire ses vérités. Surtout s’il s’agit de l’Equipe nationale du Sénégal qui a connu un « échec » au dernier mondial. Dans cet entretien d’une quinzaine de minute qu’il nous accordé, le double ballon d’or africain solde ses comptes avec le sélectionneur, la fédération, ses pourfendeurs.

Interview réalisée par Mouhamed Camara

AFU : El Hadji, le Sénégal a pris part au dernier mondial avec le résultat que l’on connait. Quel est votre appréciation du parcours des Lions ?

El  Hadji Diouf : Ce qui s’est passé au mondial est un échec. C’est cela la vérité. Il n y a pas à chercher de midi à quatorze heure. Maintenant les gens commencent à se rendre compte que j’ai raison. Pourtant, je ne veux pas avoir raison sur le sélectionneur. Tout ce qui m’intéresse, c’est le Sénégal. Quand on te confie une tache, et qu’un échec s’en suit, il faut démissionner. Zinedine Zidane est un exemple. Il a tout gagné et il est parti pourtant. Alors, tu ne peux pas tout perdre et rester. Ils ont dit que l’objectif au départ était simplement de se qualifier au mondial. Le Sénégal avait le potentiel pour aller en huitième de finale. Mais s’arrêter là, c’est un échec. 

AFU : au regard de la prestation de l’équipe nationale du Sénégal, ne pensez-vous pas qu’il y avait aussi une certaine malchance de se faire éliminer par des règles de fair-play ?

El  Hadji Diouf :Ce n’est pas une malchance d’être éliminée de la sorte. On gagne notre premier match contre la Pologne (2-1, ndlr). Derrière on est incapable de valider notre avantage face au Japon qui revient finalement nous coiffer au poteau. C’est seulement incroyable. Le haut niveau a ses exigences que je connais bien. J’ai quand même évolué au très haut niveau pendant longtemps donc le football se joue sur des détails. Ses détails-là n’ont pas été suffisamment pris en compte par le staff technique. Il y avait une pléthore de personnes qu’on a amené au mondial pour du tourisme. Vous, la presse, avait parlé d’une quarantaine de personnes envoyées en Russie. Des personnes qui n’ont rien à voir avec le football. Tous ceux qui ont fait les beaux jours du football sont restés au Sénégal. La fédération pouvait les inviter. J’ai payé mon billet pour m’y rendre parce que c’est ma sélection. Personne ne va m’interdire de la supporter ou de dire ma pensée. Je suis aussi légitime que ceux qui sont en place. Personne n’a mon palmarès dans le football.

AFU : Donc pour revenir à la question, le Sénégal est tombé sur plus fort ?

El  Hadji Diouf :Si on se fait taper par un adversaire, c’est de notre faute. Une coupe du monde, ce n’est pas une amical cabral quand même. C’est le haut niveau.

AFU : A votre avis, cet échec si l’on peut l’appeler ainsi, est du à quoi ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

El  Hadji Diouf :Qu’est-ce qui explique cela ? Soit, c’est l’organisation qui n’est pas bonne. Soit c’est l’entraineur qui n’était pas à la hauteur. J’ai lancé un cri d’alarme lors du premier match gagné contre la Pologne en disant que pour que le Sénégal aille loin, il faut que notre sélectionneur prenne des responsabilités. C’était la même chose aussi à la Coupe d’Afrique. Le pire dans l’histoire est que les personnes qui doivent rendre compte, ne le font pas. Pourquoi Aliou Cissé ne fait pas son évaluation ? C’est plutôt un fédéral qui le fait (allusion à Abdoulaye Sow, vice-président de la FSF, ndlr). J’aurai pu comprendre que le directeur technique national le fasse. Aussi, on a sacrifié des joueurs. Kara Mbodj qui était le vice capitaine de l’équipe de surcroit, a été sacrifié. On ne change pas un capitaine à quelques jours ou à quelques heures du match. Je vais vous faire une confidence. A quelques heures du match contre la France en 2002, Metsu voulait confier le brassard à Fadiga au détriment d’Aliou Cissé. Mais avec Fadiga, on s’y est opposé. Je prends à témoin Fadiga. On  n’a pas regardé notre intérêt personnel. La sélection a été sabotée

AFU : Ce n’est pas fort qu’un sélectionneur puisse sciemment sabotée son équipe ?

El  Hadji Diouf :Pour moi, c’est du sabotage. C’est de la déstabilisation. Déstabiliser  une équipe, c’est de laisser son capitaine ou vice capitaine sur le carreau sans explication. 

AFU : Vous êtes très au fait de la sélection mais paradoxalement vous êtes très critique vis-à-vis d’Aliou Cissé, un ancien coéquipier, votre ancien coéquipier. Vous lui reprochez quoi ? Inexpérience sur le poste de sélectionneur des Lions, son supposé autoritarisme ?

IEl  Hadji Diouf :l y a rien de personnel dans ce que je dis parce que je ne cours pas derrière un poste. Aliou est un grand frère que je respecte. Mais quand cela touche l’équipe nationale, cela dépasse des questions crypto personnels. Pour moi, l’entraineur n’a pas été au top. A la Can, on a été pas bons. Tout le monde a vu qu’on était meilleurs que le Cameroun, que nous méritions de passer mais cela ne s’est pas fait. Pourquoi ? J’avais tiré sur la sonnette d’alarme mais on ne m’a pas écouté. Au mondial, nous avions le potentiel pour passer au moins des poules. Encore une fois on attend d’Aliou qu’il soit un manager parce que footballistiquement, il ne peut pas enseigner le jeu aux gosses. Il y a des joueurs qu’il faut gérer avec intelligence. C’est ce que Metsu faisait avec moi. 

AFU : Vous dites ne pas courir derrière un poste. Pourtant, certains pensent que vous enviez le staff technique en place. Que vous aurez aimé jouer un plus grand rôle au sein de la sélection…

El  Hadji Diouf :Aujourd’hui, ce n’est pas à moi de les envier sur quelque chose. Qu’est-ce qu’ils ont apporté au football sénégalais ? Que de la merde, excusez-moi du terme. Le peu que j’ai joué, j’ai beaucoup fait. Ici, on n’aime pas le franc-parler. Je parle de l’intérêt du football. Le vrai problème, ce sont les petits dirigeants que nous avons. On ne peut pas diriger le football sénégalais sans des footballeurs. Il faut mettre les gens qu’il faut à la bonne place. Les dirigeants sont importants pour que les résultats suivent. De notre temps, le Sénégal était une machine par ce qu’il y avait des gagneurs. La Fédération était au top. Après 2002, à part un voire deux personnes de la fédération qui étaient bons. Sinon, tout le reste était des tocards. Fakhry était bon. Mbaye Ndoye était bon. Diagna Ndiaye avait pris ses responsabilités lorsqu’il gérait le comité de normalisation mais il n’a pas continué. La plupart des dirigeants que nous avions voulaient couper la tête de quelques joueurs. C’était de la jalousie. Et les journalistes avaient leur responsabilité parce qu’ils ne voulaient pas que l’équipe gagne, qu’El Hadji Diouf ne gagne pas parce qu’ils estimaient que je faisais la grosse tête. Pourtant je vis pareil, je n’ai rien changé en moi. Je suis gai, j’aime les gens que je fasse au football ou pas. La question qu’il faut se poser est comment notre génération n’a pas joué plus de cinq ans ensemble ? C’est parce qu’il y avait des jaloux qui ne voulaient pas que l’équipe gagne.   

AFU : Au Sénégal et beaucoup d’observateurs avaient vu en Sadio Mané comme le leader de la sélection. Pensez-vous qu’il a été à la hauteur ? Le costume n’était pas trop grand pour ses épaules ?

El  Hadji Diouf :Les  grands joueurs se révèlent lors des grands matches. Est-ce que nos joueurs ont cet était d’esprit  aujourd’hui ? Un Sadio Mané doit avoir son mot à dire dans l’équipe. Il doit se lâcher. Il doit prendre ses responsabilités et dire au sélectionneur ce qu’il veut. Quand tu es un grand joueur comme Sadio Mané, il faut se faire entendre. Sadio Mané, ce n’est pas n’importe qui. Les joueurs exceptionnels n’écoutent pas souvent les consignes. Ils sont là pour régler les problèmes et non pour gérer des détails. 

AFU : El Hadji, vous êtes aujourd’hui retraité mais on continue beaucoup de parler de vous dans les deux versants : en bien comme en mauvais. Vous avez une vie mondaine, votre carrière a été courte au regard de votre talent…

El  Hadji Diouf :Je respecte l’avis des gens. Ce qu’il pense de moi en bon ou mauvais, cela ne me dérange pas. Ce sont les gens qui ne me connaissent pas, qui me jugent mais ce jugement m’importe peu. Les gens parlent et El Hadji avance. Si j’avais gagné le ballon d’Or une fois, on aurait dit que c’était de la chance. Heureusement que je l’ai eu deux fois. Globalement, le souci n’est pas moi. Regardez tous ceux qui ont fait les beaux jours de la sélection, ils sont écartés de l’équipe. Donc, le problème, ce n’est pas moi.

AFU : Pour terminer, la VAR a été une nouveauté du mondial. Les équipes africaines en ont souffert. Il n y a pas un arbitrage à double vitesse ?

El  Hadji Diouf :C’est du n’importe quoi. S’il faut arbitrer avec la Var lorsque ce sont les pays africains, c’est différent. Le pénalty du Sénégal contre la Colombie était manifeste. C’était pénalty à 100%. Il y a eu aussi une injustice contre le Maroc. Le regard des arbitres sur les sélections africaines doivent évoluer. Et cela, ce sont aux fédérations, à la Caf de le faire. C’est leur combat.