ATHLÈTES AFRICAINS QUI FUGUENT : THIAROYE (SÉNÉGAL), HAVRE DE FUYARD

  • Publié : 29/04/2018 - 19:34 /
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A Thiaroye, le souvenir des joueurs de l’Asc Messeré, qui se sont fait la malle en juin 2011, est encore vivace. Dans le coin, le sujet alimente toujours les discussions des grand-places et a fini de diviser le coin.
De Dakar : Mohamed  Camara 

Thiaroye a toujours mal. Sept ans après «l’affaire des Havrais», les stigmates de cette rocambolesque chronique sont toujours perceptibles dans ce coin de la lointaine banlieue dakaroise. A Thiaroye, très peu de gens veulent aborder ce sujet qui fâche. Surtout pas avec les pisses-copies coupables d’avoir «étalé le sujet sur la place publique». Invités au Havre (France) dans le cadre d’un jumelage en juin 2011, 11 footballeurs de l’Asc Messeré (Ndlr : une Asc de la zone 5 de Pikine), se sont fondus dans la nature. Leurs identités ? Sadibou Ndoye, El Hadji Ndiaye, Pape Dieng, Pape Ka, Koeman Sall, Mohamed Diallo, Mohamed Ba, Thierno Bâ, Souleymane Ly, Yvon Mendy et Mohamed Sylla : tous ont fui une fois arrivé au Havre et se sont dispersés dans les quatre coins de l’Europe.

Dans la délégation de 13 personnes, seuls Karim Gaye, le chef de mission et un joueur, Oumar, ont débarqués sur le tarmac de l’aéroport de Dakar. «A notre retour, j’ai rendu compte aux parents des fugueurs de ce qui s’était passé, raconte le chef de la délégation, Karim Gaye, mais cela ne les avait pas surpris tant que cela. On aurait dit qu’ils s’y attendaient puisqu’ils ont bien accueilli la nouvelle.» Un coup monté entre les parents et leurs rejetons de footballeurs pour s’offrir une meilleure vie en Europe ? On n’en est pas loin de le croire. Un jeune du quartier confesse : «J’ai moi-même conseillé à un de mes amis qui était dans le groupe de ne pas rentrer. Dans la tête de nos parents, l’Europe représente un vrai Eldorado et ce en dépit des images montrant la dure réalité de la vie occidentale pour les émigrés. Ici, c’est un quartier populaire avec des réalités que l’on ne peut occulter. Les parents ont joué un rôle important dans la fuite de leurs garçons.»

«LE NOUVEAU PSG»

Aujourd’hui l’Asc Messeré a complètement changé de visage. De groupe aussi. Sur une vingtaine de joueurs inscrits au club, seuls trois éléments faisaient partie de l’équipe fanion au moment des faits. Mais tous gardent en mémoire cette histoire. A commencer par Mbaye Boye, le président du club. Sept ans après, il peine à s’en remettre : « après les faits, la police est venue enquêter. Des grandes chaines européennes (Ndlr : Tv5) ont fait un reportage sur le sujet avec des équipes qui se déplacées jusqu’ici », regrette t-il. Même ses activités en ont pâtit de cette mauvaise publicité : « mes affaires en ont pris un coup. J’avais noué un projet de coopération décentralisée avec des partenaires Français mais cela n’a pas eu de suite favorable parce qu’ils disent que je ne suis pas blanc comme neige dans cette affaire ». Au moment où il pleure sur son sort, la vie continue à Thiaroye.

Autour du souvenir des footballeurs fuyards. Dans cette banlieue dakaroise, tous en sont convaincus : l’Asc Messeré a récolté des fonds avec la fuite en Europe de ses footballeurs. Racine Tall, un fidèle supporteur de l’équipe de football, témoigne: «les populations sont persuadés que les fuyards ont envoyé ou vont envoyer des sommes d’argent pour la gestion du club.» Même son de cloche chez un autre jeune, qui souligne les quolibets dont est victime l’Asc Messeré : «Les autres zones pensent qu’aujourd’hui nous avons beaucoup d’argent, fruit de la fuite de nos joueurs. Certains n’hésitent pas à nous dire que nous sommes le nouveau PSG ou les Havrais».

Les dirigeants de l’Asc Messeré en prennent aussi pour leurs grades et ne sont pas épargnés par ces ragots. Karim Gaye, chef de la délégation et directeur national du club, raconte une scène cocasse à son retour de France un jour alors qu’il était dans le train bleu (Ndlr : train reliant la banlieue du centre ville de Dakar) : « Cette affaire était le sujet du jour, narre-t-il. D’aucuns disaient qu’ils connaissaient les personnes impliquées dans cette affaire et que nous avons reçu des millions pour laisser les joueurs partir. Moi qui étais le chef de la délégation, j’étais assis à leurs côtés. Ils ne savaient même pas qui j’étais. Je les ai écoutés mais j’en rigolais même. Parce que rien de ce qu’ils ont avancé n’est vrai ». Mbaye Boye, le président de l’Asc Messeré, regrette aussi les commentaires négatifs autour de cette affaire. «Les gens pensent que nous avons vendu les visas. C’est un peu difficile pour la majorité de la population de Thiaroye de comprendre que cette histoire a été un coup dur ».

Aujourd’hui, l’Asc Messeré panse ses plaies et songe à reconstituer une onze capable de tenir la route. Histoire de perpétuer le souvenir des onze fuyards. Ces «Havrais», entrés dans l’histoire de leur quartier par la petite porte.

 

 

Une trentaine de sportifs sénégalais dans la nature

La désertion des sportifs africains lors des derniers jeux du Commonwealth a mis en lumière une pratique bien connue de certains sportifs partis défendre la bannière de leurs pays à l’extérieur. Même s’ils ne sont pas les plus cités en la matière, les sportifs sénégalais ont eu à y jouer leur partition. Hélas. On recense une trentaine de sportifs sénégalais qui ont déserté. En 2000, l’athlète Assane Diallo a pris le chemin du Portugal tandis que le boxeur militaire Assane Fall a préféré rester à Sydney après les JO de la même année. L’année suivante, le handballeur Mamadou Diagne du Jaraaf taille la route et s’«exile» en Europe. De même qu’Ousmane Ndong, El Hadji Ndiaye, deux disciples du handisbasket, qui sont restés à Lille en France. Chez les Karatékas, cette pratique est devenue monnaie courante. A tel enseigne qu’un recensement exact du nombre de fuyards relève de l’impossible. Lors des mondiaux de Serbie en 2010, des cas de fuite ont encore été enregistrés dans le Karaté. A côté du football, des disciplines très en vues comme la lutte ne sont pas épargnées avec le cas du lutteur Antoine Bakhoum qui s’est barré aux Usa depuis quelques années. 

La natation, le tennis et le Rugby constituent eux les exceptions à la règle et n’enregistrent pratiquement pas de fuyards.

                                                                                                          M.C