ATHLÈTES AFRICAINS QUI FUGUENT: "CES FUGITIFS" DEVENUS DES HÉROS

  • Publié : 29/04/2018 - 18:11 /
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Ngoudjo Herman, Bika MbaSakhio, Hassan Ndam, sont entre autres athlètes Camerounais qui ont profité de leur participation à une compétition internationale pour fondre dans la nature, avant de réapparaître des années plus tard en vedette internationale.
Du Cameroun : Marie Louise Mamgue

Ils ont osé. Ngoudjo Herman, Bika MbaSakhio, Hassan Ndam, Laure Fanny Ekanga, la liste est loin d’être exhaustive. Ces sportifs camerounais ont pris la poudre d’escampette il y a quelques années, soit pendant les Jeux Olympiques, de la Francophonie ou  du Commonwealth. Après sa disparition, le boxeur  naturalisé australien, Sakio Bika,  a été sacré,  entre autres, champion d’Australie des poids moyens en 2004, champion d’Asie en 2005 et champion du monde en 2013. Hassan Ndam, quant à lui, est revenu sous les couleurs de la France. Champion d'Afrique junior de boxe amateur en 2002,  puis quart de finaliste des championnats du monde junior la même année, Hassan remporte le titre de champion d’Afrique de Boxe amateur en 2003,  à Yaoundé dans la catégorie poids moyen et ne s'incline qu'en quarts de finale aux Jeux Olympiques d’Athènes.  Hassan passe professionnel en décembre 2004 et  remporte 36 victoires sur 39 combats, parmi lesquelles, des titres mondiaux. Il sera rappelé pour combattre sous les couleurs du Cameroun aux Jeux Olympiques Rio 2016. Mais il a été battu au premier tour. Et sa relation avec son pays natal va une fois de plus se dégrader. 

Des cas similaires, le Cameroun, tout comme l’Afrique  en a enregistré. De nombreux talents  partis comme des fugitifs, en saisissant l’unique opportunité qui s’offrait à eux.  Des années plus tard après leurs prouesses sous d’autres cieux, ils sont revenus  célèbre au bercail,  avec des projets caritatifs. « Les athlètes qui fuguent,  se disent que l’eldorado est de l’autre côté.   Ils préfèrent fuguer en espérant qu’ils  seront mieux traités, considérés, quitte à ce que les choses ne marchent  pas sur le plan sportif. C’est les conditions dans lesquelles on travaille au Cameroun qui ne sont pas favorables, avec le manque d’infrastructure, de considération sportive. Tout cela réunit,  motive les gars à aller ailleurs », affirme Yves-Désiré Ekwalla, le responsable de la Communication à la Fédération camerounaise d’athlétisme.

Un risque à prendre 

Même si tous ne réussissent pas sur le plan sportif,  certains préfèrent y rester que de retourner affronter les réalités locales. « Grand frère, je préfère mourir que de rentrer au Cameroun.  Ma mère a pris la tontine d’un million et demi et elle m’a dit que c’était mon héritage et que j’aille me battre en France. Elle braise le poisson à côté de la route…si je rentre elle va me tuer », se souvient le chroniqueur et analyste des questions de sport,  Martin Camus Mimb, parlant des confidences  d’un jeune footballeur camerounais porté disparu en 2008 au cours d’un tournoi en France.  Il y a quelques mois à Montaigu en France, lors d’un tournoi de football jeune,  les joueurs  n’ont pas  dérogé à  cette  tradition de la fuite. Récemment encore, le Cameroun a défrayé la chronique  aux 21es jeux  de Commonwealthen Australie, avec la fuite de 11athlètes sur une soixantaine présente. 

Dans la liste des disparus,  les boxeurs TchoyiNdzie, FotsalaSimplice, Fokou Arsène, Yombo Ulrich et Ndiang Christelle et des haltérophiles Minkoumba Petit David, FouodjiArcangeline et Olivier Matam. De cette expédition, la délégation camerounaise  a réalisé une contreperformance, par rapport aux précédentes éditions,   avec   un total de trois médailles dont deux en bronze gagnées respectivement par l’athlète Marcel Mayack au triple saut messieurs avec un bond de 16,80m et l’haltérophile Clémentine MeukeugniNoumbissi dans la catégorie des plus de 75 kg. Le troisième en argent, est l’œuvre du pugiliste camerounais Wilfrid Seyi, battu en finale dans la catégorie des 75 kg. 

Quelle qu’en soit la discipline, la fugue des sportifs n’est plus un fait nouveau. Selon son  responsable de la Communication,la Fédération camerounaise d’athlétisme a déjà enregistré plus d’une  dizaine. « La fugue des athlètes vient  du fait que les sportifs africaine en général,  sont très peu considérés. Lorsqu’ils  regardent les conditions dans lesquelles travaillent les  autres athlètes, qui parfois ne fournissent pas les mêmes résultats qu’eux, ils  sont  frustrés.   Surtout quand ils regardent leurs  efforts pour atteindre un certain niveau et que l’Etat ne prend pas en considération, c’est très embêtant», affirme-t-il. Certes, même si c’est une explication plausible,soutient, le consultant en marketing et communication et analyste des questions de sport, Charles Mongue-Mouyeme, elle  ne saura être une  raison suffisante pour justifier un délit.

Les Jeux Olympiques,  les jeux de la Francophonie,ou du Commonwealth, mêmes les matchs amicaux, sont les  occasions convoitées  pour de nombreux athlètes qui rêvent de s’ouvrir à d’autres opportunités. « Chaque voyage est une occasion d’investissement pour la famille, qui aura désormais son « mbenguetaire », parce qu’à leurs yeux, avoir un enfant en Europe est un espoir de richesse pour la famille. C’est une sorte d’esclavage moderne, bien travaillée dans les familles, et implémentée par des négriers véreux, qui se cachent dans les fédérations sportives et les ministères », renchérit Martin Camus Mimb. Pour ces observateurs, l’Afrique en général peut mettre  un terme à ces fuites de talents, en  adoptant une politique sportive qui offre à ses talents  un cadre de vie et de travail adéquat.