Mariam Dao Gabala à Africafootunited.com  : « Je veux apporter ma pierre à l’édifice »

Nommée à la tête du  Comité de Normalisation de la Fédération ivoirienne de football (FIF), il y a plus d’un an, Mariam Dao Gabala approche progressivement la fin de son mandat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actuelle patronne du football ivoirien souhaite terminer son passage en beauté, en laissant un exécutif élu dans la transparence et une administration plus structurée.

Avatar de Wiliam Tchango (depuis Yaoundé) Par 24/01/2022 - 00:09
Mariam Dao Gabala à Africafootunited.com  : « Je veux apporter ma pierre à l’édifice »

En marge de la Coupe d’Afrique des Nations qui se tient au Cameroun depuis le 9 janvier 2022, elle a accepté, dans une interview exclusive accordée à Africafootunited.com, de revenir sur son bilan, à ce stade du processus, de même que sur les perspectives en ce qui concerne ses activités. Elle se confie également au sujet de la Coupe d’Afrique des Nations que s’apprête à accueillir la Côte d’Ivoire en 2023. Entretien…

Madame Mariam Dao Gabala, bonjour

Bonjour

Après plus d’une année passée à la tête du Comité de Normalisation de la Fédération ivoirienne de football, pensez-vous avoir atteint vos objectifs ?

Je pense que les objectifs ne sont pas encore atteints. Ils ne seront pleinement atteints que lorsque nous aurons organisé l’élection du nouveau président. A présent, nous sommes dans une phase d’amélioration de la gestion qui reste permanente, nous avons terminé la phase de révision de nos statuts, il nous faut, dès notre retour sur Abidjan, organiser l’assemblée générale qui va adopter les nouveaux statuts et donc, à la suite de cela, organiser l’assemblée générale qui va élire le nouveau président. Je pense que le processus de normalisation est un processus qui est long et si on ne s’attaque pas aux causes profondes, on risque de se retrouver avec une succession de normalisations parce que ce qui a emmené la normalisation n’aura pas été réglé. Et donc, c’est un peu dans cet esprit-là que nous sommes et nous avons encore deux mois, vraiment pour terminer le mandat en beauté avec l’élection du nouveau président.

Rendu à cette étape du processus, quel est le bilan que vous faites de vos activités ?

Personnellement, le bilan, il est positif. Il est positif parce que nous avons réussi à relancer les championnats, nous avons réussi à injecter de nouveaux fonds dans le système, il est positif aussi parce que nous avons montré à tous les acteurs que nous sommes là pour une mission et que notre mission n’était pas de nous éterniser, et plus vite, ils allaient coopérer à notre mission, et plus facilement, on serait sortis, on va partir. Donc, pour moi, c’est un bilan qui est positif. Nous espérons simplement pouvoir arriver aux élections dans un environnement apaisé. Vous connaissez le milieu du foot mieux que moi, on n’est pas encore aux élections que les campagnes ont commencé avant même l’ouverture de la campagne électorale concernant la présidence. Pour cela justement, je suis désolée mais c’est à ça que nous voulons travailler, apaiser l’environnement des élections. C’est une élection, il faut que chacun y aille, qu’on se batte sur les idées et je pense que c’est comme ça qu’on gagne une élection.

Mariam 1 Mariam Dao Gabala à Africafootunited.com  : « Je veux apporter ma pierre à l’édifice »

Parlant de cette élection, on sait que c’est le nœud de votre mission à la tête du Comité de Normalisation de la FIF, à quel niveau se trouve le processus électoral précisément ?

Je ne dirais pas que c’est le nœud, je dirais que c’est le clou, il vient clore le processus. Aujourd’hui, nous sommes à l’étape où nous devons adopter les nouveaux textes qui vont fixer de nouvelles règles. Une fois que ces textes seront adoptés, l’assemblée générale est prévue, je crois, le 25 février, après la CAN. Une fois que ce sera adopté, nous allons lancer le processus électoral et nous souhaitons terminer les élections avant la fin du mois de mars 2022.

On sait que sur votre travail,  il y a eu beaucoup de quiproquos qui ont été la source de beaucoup de discordes, pensez-vous que ces quiproquos sont maintenant derrière vous ?

Vous parlez de quels quiproquos ?

On a souvent, par exemple, accusé le Comité de Normalisation d’avoir pris fait et cause pour un candidat…

Je pense que durant tout notre mandat, nous avons montré que nous étions impartiaux. C’est pour ça que je vous disais qu’ils ont commencé la campagne avant. On a toujours été impartial, on était venu ni pour l’un ni pour l’autre, ce n’était pas notre mission. Et ceux qui pensent ça, c’est peut-être parce qu’ils ne connaissent pas la personne que je suis. Donc, pour moi, il n’y a pas eu de quiproquos. Je pense que ce sont des candidats qui se sentent en difficulté, des anciens candidats qui se sentent en difficulté, qui lèvent ces quiproquos pour discréditer le travail qui est fait. Même si ce n’est pas nous, il y a d’autres personnes qui vont venir. On ne va pas passer le temps à discréditer des personnes neutres qui viennent. Pour moi, il n’y a pas de quiproquos à ce sujet, nous sommes venus pour une mission, notre mission, c’est de normaliser, d’organiser des élections de façon transparente et c’est ce que nous allons faire.

Si vous me permettez de rebondir, la présence de Didier Drogba, potentiel candidat dans la délégation de la Côte d’Ivoire a fait jaser au pays, beaucoup d’autres prétendants ont estimé que vous lui avez déroulé un bel espace pour faire sa campagne… Qu’y répondez-vous ?

Non, Drogba a été invité non pas comme candidat mais comme ancien joueur pour venir partager son expérience avec l’équipe nationale. Là, on n’est plus à la FIF, on est au niveau national. Arrêtons de regarder notre nombril, notre équipe nationale ne représente pas la FIF, elle représente la Nation et si dans ce cas-là, on a besoin d’un ancien joueur pour venir galvaniser les petits frères et leur montrer la voie à suivre, il n’y a pas de raison de s’en priver parce qu’il est candidat ou parce qu’il sera candidat, d’abord les candidatures ne sont pas encore ouvertes. De la même manière, Didier est arrivé, de la même manière, d’autres anciens joueurs vont arriver. Aujourd’hui, Gervinho n’est pas là parce qu’il a été blessé et son genou est enflé, il ne peut pas être là actuellement, Yaya Toure leur a parlé au téléphone. Vraiment, on a besoin de toutes les ressources nécessaires, qui qu’elles soient, y compris le Président de la République pour galvaniser les jeunes. On ne va pas se priver de ça pour rentrer dans des calculs politiciens. Je pense que c’est trop petit, de rester dans ces calculs politiciens, on parle de la nation, on ne parle pas de la fédération et c’est à ce titre que Didier Drogba a été invité à partager son expérience avec les jeunes et ça a été bénéfique. Dans le groupe, vous avez des jeunes qui sont à leur première CAN, qui ont entendu parler de Didier Drogba et qui ne l’ont jamais touché. Qu’il parle avec eux, qu’il leur montre comment on tire un coup franc, qu’il leur conseille, il n’y a rien de mieux que d’avoir l’appui des grands frères et des personnes expérimentées pour le faire. Le terrain des élections, c’est un autre terrain, le terrain de l’équipe nationale, c’est aussi un autre terrain. Donc, il faut savoir raison garder et il faut savoir faire la part des choses.

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Dans un an et demi, la Côte d’Ivoire va accueillir la Coupe d’Afrique des Nations. On sait qu’au Cameroun par exemple, on est allé de glissement en report, quel est le taux de réalisation des travaux aujourd’hui en Côte d’Ivoire par rapport à cette CAN-là ?

Écoutez, on a un excellent taux d’exécution, je pense personnellement qu’on est globalement à plus de 75%. Le stade de Yamoussoukro est terminé, le stade de Bouaké aussi est terminé, le stade de San Pedro est en cours, le stade de Korhogo commence à émerger. Je dirais que nous serons prêts pour la CAN 2023 parce que les infrastructures sont prêtes les unes après les autres, ce n’est pas qu’elles doivent être prêtes en même temps. Donc, je pense qu’on a relativement bien échelonné et en plus, nous sommes au Cameroun, nous voyons les failles de l’organisation ici et aussi ce qui est bien et c’est comme ça qu’on s’inspire pour améliorer l’organisation de la CAN chez-nous. Donc, nous serons fin prêts, en termes d’infrastructures, nous serons prêts. Pour les hommes maintenant, il va falloir les former dès maintenant, pour qu’ils se mettent dans le bain.

Par rapport à cette CAN-là, il y a eu récemment un sujet d’inquiétude avec le stade d’Ebimpé et sa pelouse qui a fait jaser récemment en marge d’un match face au Cameroun…

Oui, on a jasé mais je pense qu’on savait tous qu’en ce qui concerne le stade d’Ebimpé, ll fallait refaire la pelouse. Au moment où on jouait face au Cameroun, la pelouse était arrivée et si on refaisait la pelouse, on n’aurait pas eu le temps de jouer le match contre le Cameroun. Mais dès que c’est fait, la pelouse a été reprise, elle est fin prête, elle n’a aucun souci.

Il y a aussi eu, le fait que la Côte d’Ivoire était obligée d’accueillir ces matches à l’extérieur lors des éliminatoires du mondial alors que le pays prépare une CAN pour laquelle il est supposé avoir une demi-dizaine de stades au moins.

Oui, mais la CAN, c’est pour 2023. Je vous ai dit que Bouaké est presque prêt, Yamoussoukro aussi. Si Yamoussoukro était prêt, on aurait joué à Yamoussoukro mais l’inspection de la CAF nous a demandé de terminer totalement avant de pouvoir accueillir un match sinon la pelouse de Yamoussoukro aurait pu nous accueillir mais je pense que la CAF ne voulait pas faire les choses à moitié, ils ont dit : terminez complètement, avant de pouvoir accueillir un match. C’est parce que le stade d’Ebimpé était en réfection qu’on a dû aller au Bénin. On sera prêt, ça, je peux le dire, nous serons prêts.

Rendu à ce stade de la compétition, quelle est l’appréciation que vous pouvez donner de l’organisation de la CAN au Cameroun ?

Je dirais que le Cameroun fait tous les efforts pour que nous soyons bien. Et ça, je voudrais apprécier les efforts que fait le Cameroun mais je ne peux pas me permettre de noter le Cameroun, non ! En Afrique, ça ne se fait pas, quelqu’un qui vous accueille, vous ne le notez pas mais je note les gros efforts que le Cameroun fait pour que nous soyons à l’aise. Et le 13ème joueur sur le terrain, quand nous sommes au Cameroun, ce sont les camerounais. Donc, ils sont avec nous.

Qu’est-ce que vous voudrez qu’on retienne de votre passage à la tête du Comité de Normalisation de la Fédération ivoirienne de football (FIF) ?

Que j’ai apporté ma pierre à la construction d’une fédération qui soit transparente, qui rayonne sur le continent. C’est une pierre, après moi, il y en aura d’autres, chacun vient apporter une pierre pour construire un édifice, ce qui fait que l’édifice appartient finalement à tous ceux qui y ont posé des pierres et moi, je ne me considère que comme un maçon qui apporte une pierre à l’édifice.

Madame Dao Gabala, merci

Avatar de Wiliam Tchango (depuis Yaoundé)
Wiliam Tchango est coordonnateur de la rédaction Afrique Centrale à Africafootunited.com. Journaliste camerounais spécialiste du sport et précisément du football, il parcourt depuis 2008, les stades camerounais et africains pour suivre sa passion. Son riche parcours l'a déjà mené dans plusieurs rédactions camerounaises et africaines et à couvrir plusieurs grands rendez-vous sportifs africains.
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