Marc-Vivien Foe : 18 ans après le drame, plusieurs témoins s’expriment

Marc-Vivien Foe : 18 ans après le drame, plusieurs témoins s’expriment

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Le décès de Marc-Vivien Foé, le 26 juin 2003 au Stade de Gerland en France lors du match Cameroun-Colombie comptant pour les demi-finales de la Coupe des Confédérations avait ému toute la planète. 18 ans après cet épisode douloureux, plusieurs témoins des événements restent marqués par ce  drame. Voici quelques témoignages émouvants rassemblés pour vous. Déclarations extraites des émissions Docs de sport et Le Vestiaire (RMC Sport).

Hervé Penot, Journaliste à l’Equipe (Dans Docs de sport »

« C’est la première fois que j’écrivais un papier en pleurant »

On était dans la tente qui recevait tous les journalistes, on attendait les nouvelles et d’un seul coup, on a entendu les cris de sa femme et là, c’était un moment très dur, très fort. D’ailleurs c’est la première fois de ma carrière que j’écrivais un papier en pleurant, tellement ça avait été douloureux de pouvoir écrire. Il fallait que j’envoie un papier pour le lendemain, pour le Journal l’Equipe. Ça avait été douloureux de pouvoir travailler  à ce moment-là mais je lui devais au moins ça pour sa mémoire, pour lui et tout ce qu’il représentait.

Idriss Carlos Kameni, ancien coéquipier de Foé  (Dans Docs de sport)

« C’est comme si le ciel nous était tombé dessus »

De ma position où j’étais, je peux vous dire que je ne vois pas grand-chose. Je constate juste après qu’un des nôtres s’est écroulé, que c’était Marco (Marc-Vivien Foé NDLR…), parce que dans le feu de l’action, je regarde le ballon mais je n’imagine pas que ça puisse être aussi grave que ça… On demande de ses nouvelles aux vestiaires, on ne les a pas, quand on redescend pour faire le décrassage sur la pelouse, là, on nous annonce qu’il est décédé. On a pleuré, on était insoutenables parce qu’à ce moment-là, il n’y a pas de mots qui puissent vous réconforter, on ne savait pas, c’est comme si le ciel nous était tombé dessus. On aurait préféré perdre ce match et rentrer à Saint Etienne avec notre grand frère.

Roger Milla, ancien Lion indomptable (dans Docs de sport)

« J’ai compris qu’on l’avait définitivement perdu »

J’étais présent à ce match. Quand j’ai vu Marc-Vivien tomber, surtout lorsque sa main bascule sur le côté pendant qu’on le transportait sur la civière, j’ai compris que c’était grave.  Connaissant le stade de Gerland, je suis descendu et me suis rendu à l’infirmerie. Une fois sur place, les médecins que je connaissais bien, m’ont dit : Roger, c’est fini. Je leur ai dit que je voudrais quand même le voir.  Quand les médecins m’ont amené dans la chambre, j’ai trouvé qu’on l’avait déjà couvert, poursuit le lion indomptable. C’était très dur.

Eric Djemba Djemba, ancien coéquipier (Dans Le Vestiaire sur RMC Sport)

« On a eu un de ces chocs »

Il m’a appelé et quand je me suis retourné, il m’a dit: je suis fatigué. Il venait de faire une course de 30 mètres avec le ballon jusqu’à l’autre point de corner. Il me dit lorsqu’il revenait en trottinant: écoute, je ne me sens pas bien. Je lui dis: attend, quand Carlos (Kameni) va renvoyer le ballon, si le ballon va en touche, on va dire à l’entraineur et il va faire le changement. Quand Carlos frappe le ballon, Marco va en duel avec Mario Yepes qui était mon coéquipier à Nantes. Quand ils vont au duel de tête, Mario Yepes prend le ballon de la tête, le ballon nous traverse et on se retourne pour suivre le ballon et lui il s’écroule derrière nous. Je sens comment Mario Yepes m’appelle, je me retourne et Marco était au sol. On revient vers lui, on le regarde, on se dit que c’est un malaise, qu’il a pris un coup et que ça peut arriver. Par contre non, on l’a ramené, il est sorti, on ne se doutait de rien, on n’a rien su, on a continué à jouer et Pius Njiefi avait marqué, on a gagné 1-0 et on s’est qualifiés pour la finale, on était contents, on courait partout sur le terrain et après, on est arrivés dans les vestiaires, avant d’y arriver, on voit Roger Milla qui venait vers nous, il pleurait, il était en larmes, il pleurait, on ne savait pas pourquoi.

On lui demande ce qui se passe, il nous dit: Marco est mort. On a eu un de ces chocs, on s’est regardés et on ne savait pas quoi faire. De Gerland jusqu’à Saint Etienne où on était logés, il n’y avait pas un mot dans le bus. Nous sommes arrivés, on est partis dans nos chambres chacun. Le lendemain, on ne pouvait pas aller s’entrainer et le coach, il a compris, on s’est réveillé, on a essayé de se concerter mais on ne pouvait pas jouer parce qu’on ne savait pas comment ça allait se passer. Chacun avait peur, on se disait que si Marco qui est un grand sportif avec un physique impressionnant comme ça s’écroule, je me disais: après, ça pourrait être moi, ou quelqu’un d’autre. On avait cette peur. On ne voulait pas jouer mais il y a Sepp Blatter qui était président de la FIFA qui est venu nous rendre visite. Il a discuté avec nous, il a dit: c’est vrai que c’est tragique, c’est difficile mais il faut jouer pour lui. On était vraiment catégorique mais il y a l’épouse de Marc-Vivien Foe qui est passée nous dire: vraiment jouer pour lui, il a toujours voulu ça, il a toujours voulu gagner cette compétition, avant de partir en stage, il me l’a dit, jouez pour lui, jouez pour ses enfants et on était décidés, on est partis jouer, c’était difficile mais malheureusement Thierry Henry marque en prolongation. On a quand même tenu jusqu’en prolongation.

Achille Emana, ancien coéquipier (Dans Le Vestiaire sur RMC Sport)

« On nous avait dit qu’il avait mal à la tête »

Je me rappelle, la première fois que je suis arrivé en sélection, il m’a accueilli, il m’a dit mon petit, bienvenue. Pour quoi que ce soit, je suis là. C’était l’emblème du Cameroun. Ce match, je me rappelle, l’entraineur m’envoie m’échauffer, parce qu’il y avait Modeste Mbami et Djemba qui jouaient, il m’envoie m’échauffer pour remplacer Marc-Vivien et à ce moment-là, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’étais en train de m’échauffer et directement, le match s’arrête. Quand le match s’est arrêté, on l’a amené au vestiaire, on n’a pas eu de nouvelles mais je me rappelle ce matin-là, au petit déjeuner, on demandait où il était, tout le monde se posait des questions… On nous a dit qu’il avait mal à la tête, mais nous, en tant que jeunes, on n’avait pas grand-chose à dire. On ne savait pas que c’était prévu qu’il ne joue pas. En tant que leader, pour nous, c’était quelque chose de normal qu’il soit sur le terrain. On a fait une bonne première mi-temps mais personne ne pensait qu’il allait mal. Je pense que quelqu’un aurait pu dire qu’il ne joue pas… Si tu vois qu’on a fait une très bonne première mi-temps, change le, tu sais très bien qu’il ne va pas bien, on mène 1-0. J’étais sur le banc, le coach m’envoyait à l’échauffement pour le remplacer… On a posé des questions à tout le monde mais personne ne voulait répondre. Avant d’entrer dans le vestiaire quand le match est fini, on a demandé, qu’est-ce qui s’est passé? On nous a dit qu’il est décédé, qu’il n’est plus là.