histoire du Jumbo-Jet

JS Kabylie : histoire du Jumbo-Jet

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Le jumbo-jet est le fruit de la stabilité et de la gestion rigoureuse du club par des dirigeants dévoués.

Evoquer la JSK sans évoquer le Jumbo-Jet c’est faire quelque peu injure à l’histoire du club comme le faire pour tous ceux qui ont travaillé pour sa pérennité de sa naissance à nos jours. Le Jumbo-Jet c’est une équipe qui a marqué de son empreinte le club, une équipe étendard du football national. Parler du Jumbo Jet c’est aussi rendre hommage à ces deux concepteurs qui sont nés tout deux le premier mois de l’année.

L’année 2021 marque la célébration des 77 ans de Mahieddine Khalef né le 14 janvier 1944 et 101 ans pour l’autre  Stéfan Zywtko né le 09 janvier 1920. Ce sont deux entraîneurs nés sous le même signe astrologique : le Capricorne. Un signe comme une prémonition. En effet, le Capricone est le symbole de la fin d’un cycle mais aussi de la naissance d’un nouveau. Il est associé à la patience, la persévérance, la prudence, la réalisation ainsi que le sens du devoir.  A la lecture de ces symboles, on peut se rendre compte que les deux hommes ont pris la JSK à la fin d’un cycle, celui de l’instabilité et l’entame d’un nouveau qui a marqué l’histoire du club. Les deux hommes ont fait preuve de patience, de persévérance, de prudence, de réalisation, d’abnégation. C’est dire que le Jumbo-Jet est né lui aussi sous le signe du Capricorne.  Khalef et Zywotko étaient comme Romulus et Remus, les bâtisseurs, pierre par pierre, de Rome avant qu’elle ne soit brûlée.

Ali Benfedda le monsieur chance

Comme il nous l’avait dit à son époque feu Boussad Benkaci, le premier président de ce jumbo-jet « la JSK n’est pas le club d’une région même si elle la symbolise et en tire son essence mais elle le club qui a le mieux représenté le plus le football national dont il est l’étendard ».

Une équipe de la JSK qui n’est pas tombée du ciel car elle a été bâtie sur des fondements solides.

En fait l’histoire du Jumbo-Jet comme nous le dira son concepteur remonte à la fin des années soixante avec l’avènement d’Ali-Benfedda à la barre technique de la JSK succédant à Dahmane Defnoun.

« Lorsque Benfedda était venu à la JSK, il avait posé une seule condition, le maintien de l‘équipe qui était déjà en place. Equipe composée de joueurs talentueux à l’image des Kolli, Kouffi, Derridj, Derdar, Ait-Amar, Berkani, Rafai, Terzi, Ouahabi qui étaient tous des jeunes joueurs pétris de qualités.

C’est ainsi que l’équipe a réussi à accéder en nationale 2 en finissant avec le purgatoire de la division d’honneur » soulignera Mahiedinne Khalef qui révélera aussi que cette équipe avait surtout besoin d’un encadrement et de personnes maitrisant la gestion : « la JSK devait fonctionner comme une entreprise.

C’est justement cette touche qu’avait ramenée avec lui feu Abdelkader Khalef, aux côtés des autres dirigeants. Ce qui avait permis à la JSK d’avoir une gestion rigoureuse.

Il fallait par la suite donner à l‘équipe une autre dimension en recrutant un entraîneur étranger en la personne de Popescu. Cette vision avait commencé à porter ces fruits avec le premier sacre de champion d’Algérie deux années après l’accession de l’équipe au sein de l’élite après avoir passé un court séjour d’une année au niveau du palier inférieur.

Le départ du coach Popescu qui venait de remporter le premier titre de champion avait laissé un grand vide. Si bien qu’après lui, la JSK a connu des entraîneurs à la carrière éphémère tels que Jovan Cestić (Yougouslavie), Petre Mindru, (Roumanie) Bazil Marian (Roumanie), Abderrahmane Bentifour, Christian Manjou (France) avec deux passages, Abderrahmane Boubekeur (3 passages), Amar Rouai et André Nagy (Hongrie), soit huit entraîneurs et douze changements avant que Khalef n’hérite avec feu Djaffar Harouni de la barre technique.

La réforme sportive qui changea tout

Et puis vint la réforme avec la prise en charge des clubs par les entreprises économiques nationales. Une réforme qui est intervenue alors que Khalef était déjà entraîneur.

La JSK héritera de l’ENIEM, le MCA de Sonatrach et l’USMA de la Sonelgaz. Une « insertion » qui fera le bonheur des joueurs de la JSK qui avaient bénéficié de l’assurance de l’emploi en intégrant cette entreprise spécialisée dans la fabrication d’appareils électroménagers. La JSK devenait pour ainsi dire une équipe professionnelle où les joueurs n’avaient plus à se soucier des lendemains incertains pour nourrir leurs familles.

Mais en contrepartie, le PDG de l’ENIEM de l’époque Chabane Hammad s’est aussi montré exigeant en demandant au groupe d’autres titres. Pour décrocher ces titres, il fallait mettre les moyens: « j’ai été voir le PDG de l’ENIEM pour lui dire ceci vous voulez des titres pas de problèmes mais un titre ne se gagne pas avec des moyens dérisoires ».

C’est ainsi que nous avons obtenu tout ce que nous avions demandé tant en matériel pédagogique (salle de musculation, équipements et autres matériels) et de récupération (bassin de récupération, sauna et salle de soins sophistiquée et restauration quotidienne).

 » Nous étions la première équipe en Algérie à posséder un tel équipement  » avait tenu à rappeler Mahieddine Khalef tout en indiquant que toutes les catégories de l’école aux séniors avaient droit au restaurant mais aussi à un équipement entier.

jumbo jet JS Kabylie : histoire du Jumbo-JetPour lui l’autre gage de réussite de ce jumbo-jet aura été la formation des joueurs du cru. « Certes nous ramenions des joueurs de l’extérieur mais nous le faisions de manière savante. Hormis Fergani et Harb qui étaient relativement âgés par rapport au groupe, nous avions toujours ramené des jeunes talentueux de l’extérieur du club alors que c’était ce dernier qui fournissait le gros des troupes « . « Le travail, le sérieux, la stabilité et le talent des joueurs avait permis à la JSK de planer sur le championnat national si bien que les fans du club avaient comparé la JSK (JET à l’époque) au Jumbo-JET, cet avion qui était aussi lourd que rapide.

Le dosage savant qui donnera  naissance au Jumbo Jet

Voilà comment est né le  » Jumbo-Jet  » nous dira Mahieddine  Khalef pour conclure et s’exprimer un peu plus sur la gestion et la discipline du groupe dans lequel tout le monde était logé à la même enseigne.

Khalef nous raconte une anecdote dont l’acteur principal était son compagnon de toujours Stefan Zywtko, ce Polonais qui s’est vite adapté à la Kabylie si bien que les fans l’appelaient affectueusement  » Da Stefan  » :  » Comme à Bel-Abbès où l’on devait rencontrer l’USMBA local, il n’ y avait pas d’hôtel à même d’accueillir dans les meilleures conditions notre délégation, nous avons été contraints de passer la nuit à Oran. Le départ sur Bel-Abbès était prévu à midi juste après le déjeuner. Stéfan, appareil photo en main, s’était mis à vadrouiller aux alentours de l’hôtel pour prendre des souvenirs de la capitale de l’ouest du pays. Il était si magnifié par la ville qu’il s’était oublié dans ses méandres. Arrivé le moment de partir, après vérifications d’usage on s’était rendu compte qu’il manquait à l’appel. Un quart d’heure plus tard, il n’était toujours pas là, j’avais demandé au chauffeur de démarrer devant le regard médusé des joueurs. Il a fini par nous rejoindre à Bel-abbès. Vous savez quelle a été sa réaction en venant me voir ? Il m’a serré la main pour me dire que j’avais fait ce qu’il fallait faire en me félicitant « . C’est tout dire sur la rigueur et la discipline où aucun écart et quel que soit son auteur n’est permis. D’ailleurs, Mahieddine Kjalef est allé même jusqu’à déchirer la licence de Mehdi Cerbah alors gardien titulaire et indiscutable, à la JSK comme en équipe nationale pour avoir eu une saute d’humeur, écart de conduite avant qu’il ne soit réintégré dans le groupe.

Zywotko JS Kabylie : histoire du Jumbo-Jet

La culture du jumbo-jet déracinée

Ainsi le Jumbo-Jet aura vécu 16 ans entre sa naissance en 1977 et sa mort en 1993. En 16 ans le jumbo-Jet avait engrangé deux titres de champions d’Afrique, huit titres de champion d’Algérie, quatre titres de vice-champion, décroché deux coupes d’Algérie et atteint deux finales et une super coupe d’Afrique. La culture du Jumbo-Jet avait continué à donner ses fruits quelques années plus tard avec de nouveaux titres dont un de champion d’Algérie, deux coupes d’Algérie, une coupe des coupes d’Afrique et trois coupes de la CAF avec des joueurs qui avaient assuré la transition et surtout honoré le flambeau qui leur avait été transmis. Une fois cette culture disparue, la JSK connaîtra une longue période de vaches maigres et surtout une instabilité chronique à nos jours.  Comme quoi seule la stabilité est un gage de réussite. Une stabilité et une réussite auxquelles Mahieddine Khalef a grandement contribué pour porter la JSK au firmament du football continental.