Focus : Mehdi Cerbah (ex-gardien international algérien), ce gardien atypique

La nouvelle de sa mort en cette fin de matinée  du  vendredi 29 octobre a suscité beaucoup d’émotion en Algérie en général et dans le monde du football en particulier. Une nouvelle qui, bien que triste, avait exhumé tous ces instants de bonheur et de joie que le gardien Mahdi Cerbah avait procuré au peuple […]

Avatar photo Par 31/10/2021 - 13:50
Focus : Mehdi Cerbah (ex-gardien international algérien), ce gardien atypique

La nouvelle de sa mort en cette fin de matinée  du  vendredi 29 octobre a suscité beaucoup d’émotion en Algérie en général et dans le monde du football en particulier. Une nouvelle qui, bien que triste, avait exhumé tous ces instants de bonheur et de joie que le gardien Mahdi Cerbah avait procuré au peuple Algérien. Mehdi Cerbah est certes mort à l’âge de 68 ans mais il  reste bien vivant dans la mémoire collective. En effet, il a été ce grand gardien de buts, cette icône, du football national.

C’était un gardien atypique.  Le voir sur un terrain avec une autre tenue que celle du gardien, on ne lui accorde nullement le crédit de le voir garder des buts. Avec son 1m 74, il paraissait bien petit devant les gardiens au gabarit imposant de son époque. Comme nous le dira son ami et  ex-équipier,  qui fût son capitaine d’équipe avec l’équipe nationale, Ali Fergani «  Cerbah arrivait à composer par son agilité son déficit en taille. ». Effectivement, son agilité faisait qu’il prenait toutes  les balles hautes qui circulaient dans les six yards. Au point où il exaspérait ces avant-centres mastodontes à l’image de l’avant-centre allemand Horst Hrubech un certain 16 juin 1982 à Gijon. Date mémorable pour le football algérien qui venait de terrasser l’ogre allemand et sa pléiade de grands joueurs. Ce jour-là outre la triplette de feu Madjer-Assad-Belloumi qui ont été derrière les deux buts algériens, le gardien Mahdi Cerbah avait été le grand homme de ce mémorable match. Il avait, à lui seul, écœuré les allemands et surtout complexé le gardien de la Mannschaft Harald Schumacher avec ses arrêts décisifs. Mehdi Cerbah venait d’inscrire à jamais son nom dans le panthéon du football mondial après l’avoir fait dans celui de l’Algérie et de l’Afrique. Né le 13 janvier 1953 à Alger.

 Débuts au RAMA d’Alger

Sa carrière de footballeur, il l’avait entamée, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie,  dans les jeunes catégories au RAMA (Riadh Amal El Mouradia Alger), un des clubs, liés au mouvement de libération  national durant l’occupation coloniale créé  par le  Feu le Chahid  Didouche Mourad en 1947. Il restera au RAMA jusqu’en 1969  avant de signer à l’USMAlger  comme junior international après avoir été retenu auparavant dans celle  la sélection natioanle de la catégorie inférieure des cadets.  Il sera vite remarqué par le coach des séniors Hamid Belamine qui le changera de catégorie. Il gardera les buts de rouge et noir durant 03 saisons (1969-1972) avant que la JSK  ne vienne le chercher. Il faut dire qu’il devait venir plutôt au sein de la formation Kabyle lorsque cette dernière était drivée par feu Abdelaziz Bentifour qui l’avait vu à l’œuvre du temps où il drivait l’équipe de l’USMA lors de la saison 1968/1969.

Cerbah et la JSK une association à titres

Mehdi Cerbah est arrivé à la JSK alors drivée par le  Roumain Virgil Popescu. Dès sa première année au sein de la formation Kabyle, il sera auréolé  de son premier titre de champion d’Algérie qui avait sacré pour la première de son histoire la JSK. Il est resté à  la JSK 08 bonnes années (1972-1980)  au cours desquelles il avait remporté quatre titre de champion (1973,1974,1977 et 1980), une coupe d’Algérie en 1977 synonyme de doublé. C’est aussi au sein de la JSK qu’il avait aussi remporté le plus de titre à l’international avec l’équipe nationale dont il portera le maillot  68 fois. En  effet, il a été  médaillé d’or aux Jeux Méditerranéens en 1975 et Jeux Africains  en 1978, Médaillé de Bronze aux Jeux méditerranéens de 1979 à Split  et Finaliste de la Coupe d’Afrique des nations en 1980. Le seul titre que Cerbah n’avait pas remporté avec la JSK s’était celui de la coupe d’Afrique des clubs champions en 1981 qui a été gagné par son jeune successeur Mourad Amara. En 1981, il rejoindra le Read Club de Kouba (RCK) avec lequel il avait reporté son 5ème titre de champion en 1981. Un titre dont il est l’un des artisans. Et ce comme en témoigne son ex équipe au RCK et à l’EN, Mohamed Kaci-Said «  c’est Mahdi qui nous a insufflés cette culture des titres ramenée de la JSK. Culture que nous n’avions pas pour n’avoir  jamais pensé un jour être champions d’Algérie mais l’arrivée de Mehdi a tout changé dans notre façon de voir les choses.

Mehdi Cerbah « La Grinta »

Dès sa première entrée dans le vestiaire, il avait tenu un langage qui nous avait surpris. Il nous avait déclaré to de go « je suis là pour gagner des titres. Si vous n’êtes pas capables de le faire dites le moi je m’en vais de suite ». Il nous avait ramené cette grinta qui nous manquait » se remémore encore en pleurs Kaci Said. La grinta c’était le surnom qui avait été donné à Mehdi Cerbah  tant il était un battant sur le terrain. Et ce comme le dira l’emblématique capitaine de l’EN et de la JS Kabylie et surtout son ami, Ali Fergani : « J’ai vécu des moments inoubliables avec lui. Mehdi qui a évolué dans de nombreux clubs a beaucoup donné au football algérien. Physiquement, il n’avait pas les caractéristiques d’un grand gardien mais c’était un travailleur acharné, il en redemandait chaque fois un peu plus. Il ne quittait jamais en même temps que le groupe la séance d’entraînement. Il restait jusqu’à une demi-heure à ¾ d’heure de plus pour travailler seul. C’était un malade du boulot. Il travaillait beaucoup   son agilité et ses réflexes qui lui permettaient de compenser son déficit corpulence sur le terrain. C’était un homme de caractère qui boostait ses camarades, dirigeait sa défense ». Revenant sur son trait de caractère, Ali Fergani qui le connaît très bien pour avoir été souvent à ses côtés avant que le défunt ne demander à ses amis d’éviter de lui rendre visite pour ne pas prendre le risque d’être contaminés à la Covid-19. « Mehdi était, voire même trop, très franc. Ce qui lui a apporté certaines dissensions avec des amis et équipiers. Il n’aimait pas l’hypocrisie. Il disait tout ce qu’il avait sur le cœur. Lorsque je lui reprochais ce franc-parler, il me disait que c’était pour lui une forme de thérapie. Il ne pouvait supporter des mensonges », dira encore Ali Fergani.

Cerbah et l’hypocrisie n’ont jamais fait bon ménage

D’ailleurs, Cerbah qui ne supportait pas certains écarts envers lui avait fait qu’il avait carrément dans son livre autobiographique occulté sciemment le nom de Mahieddine Khalef avec lequel il était, pourtant, intimement lié comme a tenu à témoigner à ce propos l’homme de Gijon lui-même « Contrairement à ce que certains veulent faire croire, personnellement, je n’ai jamais eu de problèmes avec Mehdi. On était très lié, il venait chez moi et j’allais chez lui. Nos défuntes mères étaient souvent ensemble ». Tout comme Ali Fergani, Mahieddine Khalef ne tarira pas d’éloges à l’égard de son ancien gardien « c’était un gardien remarquable qui n’avait jamais rechigné au travail.  Il avait un caractère bien trempé  qui lui est propre ». Quant à cette « omission »  volontaire du nom Mahiddine Khalef dans son livre, Mehdi Cerbah que nous avions interrogé lors de la vente dédicace  de son livre « Mémoires d’un gardien de but » faite à Tizi-Ouzou au mois de juin dernier nous dira tout simplement « je ne veux pas me rendre complice d’un quelconque détournement de l’histoire  de notre football ou permettre aux « fossoyeurs de s’approprier des honneurs qui ne leurs sont pas dus » nous dira-t-il avant de poursuivre « faire taire et occulter  les sacrifices et les exploits consentis par toute une génération, digne héritière de son aînée, la glorieuse équipe du FLN, et n’en tirer les profits et lauriers pour sa seule personne, est une sorte de confiscation d’une partie de notre histoire. Et cela je le refuse » s’est-il contenté de nous dire.

Cerbah avait effectué une pige au Canada au Manic de Montréal durant la saison 1982/1983 après avoir été tenté par une aventure professionnelle. Mais il reviendra juste à la fin de la saison «  je ne m’y plaisais dans cette équipe où le football était plus un loisir qu’une passion ». Il est revenu au pays l’année d’après pour poursuivre encore deux années dans les buts du RCK avant de mettre un terme à sa carrière de joueur et d’embrasser six années plus tard celle de coach. Il a été  d’abord  au sein de la direction technique nationale en 1992  puis à l’USMBlida (96/99) comme entraîneur des gardiens puis adjoint au CRBelouizdad (2000/01), à la JSMBéjaia (2001/03) et Blida (2004/05) avant de s’envoler au Qatar où il est resté huit longues années où il avait drivé les gardiens de Al Rayan SC  (2005/07) et Al Saad Doha (2007/13).

Mémoires d’un gardien de but ou le récit d’une carrière

Depuis son retour au pays, il s’est consacré avec l’écriture de son livre autobiographique « Mémoires d’un gardien de but » sous la plume de son ami Ahmed Bouaddou juriste de formation et artiste et préfacé par notre confrère  Hamid Tahir paru aux éditions Apic au mois d’avril dernier. Un livre récit autobiographique de 185 pages, dans lequel Cerbah  se livre aux amateurs de la balle ronde et relate les moments les plus succulents, et même les plus douloureux, qui ont jalonné sa carrière de footballeur, depuis son premier poste à la sélection nationale, catégorie cadette, en 1968 jusqu’à la fin  de sa carrière dans le golfe. Mais aussi de tous ces hommes coéquipiers, entraîneurs et dirigeants qui avaient marqué cette carrière. Mehdi  Cerbah fait partie de cette race de joueurs qui ont marqué l’histoire du football algérien d’une encre indélébile.  Depuis son départ à la retraite internationale en 1985 après 63 sélections, l’Algérie n’avait pas connu de stabilité dans les buts. Un poste qui avait vu passer de nombreux locataires avant l’arrivée de Rais Mbolhi en 2010 qu’il n’a jamais plus quitté depuis.

Palmarès de Mehdi Cerbah

JS Kabylie

Champion d’Algérie en 1973, 1974, 1977 et 1980.

Vainqueur de la Coupe d’Algérie en 1977.

Finaliste de la Coupe d’Algérie en 1979.

Finaliste de la Coupe du Maghreb des clubs champions en 1974.

RC Kouba

Champion d’Algérie en 1981.

En sélection national 

Médaillé d’Or aux Jeux méditerranéens de 1975 à Alger.

Vainqueur des Jeux africains en 1978.

Médaillé de Bronze aux Jeux méditerranéens de 1979 à Split.

Finaliste de la Coupe d’Afrique des nations en 1980.

Participation à la Coupe du monde en 1982.

International algérien de 1975 à 1986. 62 sélections

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Carrière journalistique entamée en 1984 à l’hebdomadaire sportif El Hadef jusqu’à sa disparition en 1992. Actuellement au quotidien national « Horizons » depuis 1990 à ce jour. J’ai eu à collaborer au bihebdomadaire sportif « Olympic » et au quotidien El Watan de 1999 à 2014.
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