Derouaz Exclusif : Mohamed Aziz Derouaz, ex-sélectionneur algérien de handball: « Aucun autre pays d’Afrique ne peut organiser une compétition sous cette forme »

Exclusif : Mohamed Aziz Derouaz, ex-sélectionneur algérien de handball: « Aucun autre pays d’Afrique ne peut organiser une compétition sous cette forme »

Publié le : / Par

Mohamed Aziz Derouaz, l’entraîneur algérien, qui a dominé l’Afrique pendant dix années en remportant avec la sélection algérienne cinq coupes d’Afrique des Nations d’affilée (1981, 1983, 1985, 1987 et 1989) a bien voulu répondre aux questions d’Africafootunited sur le sept algérien, le derby maghrébin entre le Maroc et l’Algérie, ainsi sur cette compétition de façon globale. Le coach, qui a inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire de cette discipline, en créant des tactiques de jeu, dont nous citerons la fameuse défense avancée, qui a déstabilisé bons nombre de grandes équipes de la petite balle,  revient sur le niveau de la sélection algérienne et sur ce derby maghrébin déterminant pour la qualification au tour principal de ce championnat du monde de handball.

 L’Algérie est de retour sur la scène mondiale après une absence de six ans. Quelles sont les raisons de ce passage à vide alors que l’Algérie a fait partie des trois meilleures Nations du continent de cette discipline ?

Il faudrait s’étaler longtemps pour décortiquer et analyser l’ensemble des raisons qui ont fait du handball algérienne, une nation qui a dominé son continent pendant 10 ans, et rivaliser avec les meilleures équipes du monde, une pâle équipe terminant 5ème et 6ème du championnat d’Afrique. Dans cette pénible période, les clubs phares qui, dans le prolongement des succès de l’EN glanait les titres Africains et Arabes, ne figurent plus au palmarès des compétitions des clubs, ou n’y participent même plus.

Je retiendrai en priorité l’abandon de ce qui a fait la force de notre sport , à savoir le grand volume horaire d’entraînement grâce aux dispositions de la réforme sportive de 1977, et de notre handball en particulier, je veux parler de la stratégie de préparation des équipes nationales et une approche technico-tactique spécifiquement Algérienne dont nous avons perdu les repères.

Bien entendu il faut ajouter la piètre gestion des organes de gestion du développement de la discipline, à savoir la fédération, les ligues et les clubs, ainsi que la déperdition des cadres techniques.

Avec une préparation tronquée en raison de la crise sanitaire mondiale, le sept algérien est-il prêt pour cette compétition d’envergure ?

Il est clair qu’à l’instar des sportifs du monde entier, les nôtres ont particulièrement souffert des incidences de la pandémie du coronavirus.

Peut-être davantage d’ailleurs, du fait qu’il n’y a même pas eu de reprise de la compétition nationale. Aussi, l’EN s’est préparée avec des stages locaux, et un déplacement à l’étranger en Pologne avec 4 rencontres amicales dont 3 face à l’EN de Pologne (un volume global d’un peu plus de 60 jours).

Les rencontres de Pologne dont un succès et 2 défaites face à la Pologne, assorties d’une défaite de 6 buts contre la Russie, ont révélé tout de même une équipe suffisamment prête pour défendre valablement nos chances de passer au 2ème tour en supposant une victoire face au Maroc, qui objectivement est un cran en dessous de notre niveau. Les rencontres qui nous opposeront à l’Islande et au Portugal nous permettront de jauger les progrès accomplis depuis le dernier championnat d’Afrique, et prouver une nouvelle fois que notre handball est bel et bien au niveau mondial.

Au deuxième tour, les rencontres attendues face à la Norvège et à la France seront dans le même ordre d’idée, tandis que l’adversaire plus à notre portée qui devait être l’Autriche sera peut-être « doublé » par la Suisse remplaçant en dernière minute les USA , et ça sera plus compliqué.

Pour son premier match, l’Algérie affronte le Maroc, une équipe qu’elle connaît bien. Les analystes estiment que ce match est la clé du passage au second tour. Quel est votre avis sur cette confrontation ?

J’ai déjà évoqué plus haut la différence de niveau entre le handball Algérien et celui du Maroc avec tout le respect et l’amitié que j’ai pour les handballeurs de ce pays frère.
Mais un match de championnat du monde reste toujours compliqué, surtout en cette période particulière où des différences peuvent être liées aux conditions vécues à cause de la pandémie. Je crois savoir que les conditions de préparation ont été à peu près semblables pour les 2 pays, et que dès lors, seuls les paramètres sportifs feront la différence, et ce devrait donc être à notre avantage.

J’ai eu le plaisir de rencontrer les joueurs avant leur départ, et je leur ai dit d’éviter de donner à cette rencontre le caractère derby qui complique l’aspect psychologique et qui équilibre les débats, et les choses se dérouleront normalement.

Le continent africain organise pour la troisième fois le championnat du monde de handball, l’Egypte pour la deuxième fois après 1999 et la Tunisie une fois. D’autres pays du continent peuvent-ils postuler à l’organisation de cette compétition ? 

Je pense que cette édition est la première et la dernière qui rassemble 32 équipes, à moins que la prochaine édition ait été déjà demandée et attribuée.
C’est un système démagogique, qui a répondu à des considérations électoralistes de l’éternel président de la fédération internationale, mais qui est à l’opposé de l’intérêt de la discipline. En effet, une grande partie des équipes profiteraient davantage d’une autre compétition mondiale de niveau intermédiaire, plutôt que de venir faire de la présence parfois démoralisante, tellement l’écart de niveau est grand entre les continents. Pour être plus précis sur votre question, aucun autre pays d’Afrique ne peut pour l’heure, organiser valablement une compétition sous cette forme, et je ne pense pas que les grandes nations de handball d’Europe répondent favorablement au cahier des charges actuel. Seules des organisations conjointes pourraient être envisagées, mais là encore, en Afrique, ce serait compliqué à cause des difficultés inhérentes aux liaisons routières pour le transport des équipes et des supporters.

Mais la question majeure reste le niveau de la compétition, et il n’y a aucun intérêt pour le développement, à rassembler autant de niveaux disparates.