Exclusif – Célestin Yanindji (Pdt FCF): « Dans les années à venir, les gens vont entendre parler du football Centrafricain de manière durable »

L’actuel patron du football centrafricain, Célestin Yanindji, nous a accordé un entretien dans lequel il est revenu sur le projet de développement mis en place par la FIFA et soutenu par la Fédération Française de Football. Le président de la faîtière du football centrafricain s’est également exprimé sur les sélections nationales et sur l’avenir du […]

Avatar de Léger Tientcheu Par 02/12/2021 - 16:34
Célestin Yanindji (

L’actuel patron du football centrafricain, Célestin Yanindji, nous a accordé un entretien dans lequel il est revenu sur le projet de développement mis en place par la FIFA et soutenu par la Fédération Française de Football. Le président de la faîtière du football centrafricain s’est également exprimé sur les sélections nationales et sur l’avenir du football dans son pays.

Samedi dernier au centre technique de la fédération à Gbangouma a eu lieu la 5eme édition du tournoi inter-centres de formation. Pourquoi avoir choisi d’inviter le premier ministre à cette cérémonie ?

Déjà, je vous remercie  pour l’opportunité que vous nous faites. Nous avons voulu que vous veniez afin de constater de visu le développement du projet et là où nous sommes arrivés aujourd’hui. Nous avons eu un entretien avec le Premier ministre, il y a une dizaine de jours et nous avons profité de cet entretien qu’il nous  a accordé pour lui passer une invitation afin qu’il voit concrètement comment l’avenir du football centrafricain se construit.

Pendant votre allocution de circonstance, vous avez fait un plaidoyer auprès des autorités du pays. Est-ce que vous estimez ne pas être suffisamment accompagné ?

Vous savez, notre pays à plusieurs priorités et le sport n’est pas seulement l’une des premières priorités  et donc c’est notre rôle de demander aux autorités plus d’appui parce que le développement a besoin des moyens : des moyens financiers, infrastructurels. Les autorités, c’est vrai, ont tellement d’activités. Toutefois, il faut leur expliquer la nécessité d’appuyer les fédérations et notamment celle du football pour faire le développement et le développement c’est ce que vous avez remarqué : la formation des formateurs et celle des joueurs.

On a suivi  le ministre  des sports, représentant le premier ministre empêché, apporter les assurances quant au soutien indéfectible de son département ministériel. Vous, en tant que patron du football, est-ce que vous sortez de là étant satisfait ?

Oui bien sûr, nous sommes persuadés que les autorités du pays qui ont mis la priorité sur la jeunesse, vont appuyer le sport en générale et le football en particulier. Vous savez, le football c’est le sport que l’on pratique dès qu’on commence à marcher. C’est le sport numéro un  en RCA, quoique l’on n’a encore rien gagné, le football est populaire, il véhicule certaines valeurs : des valeurs d’unité, de fair-play qui doivent permettre  aussi la consolidation de l’unité nationale et ramener l’harmonie dans ce pays qui a été tant déchiré.

Parlons du PST (Programme de Soutien Technique) à l’endroit du football local, après 16 mois quel est le bilan que vous pouvez en faire ?

Oui, après 16 mois on peut dire qu’on a pu former des encadreurs autour de 800 entraîneurs à divers niveaux. On est allé jusqu’à former des enseignants dans les écoles, tout cela c’est pour permettre maintenant de commencer la formation. Car pour nous, il est important de donner une formation au plus jeune âge. Nous avons choisi la tranche U13 comme cible. Donc là, nous avons touché un vaste public, on a commencé par mettre des écoles de football en place, ailleurs dans d’autres pays, ce sont des privés qui le font, mais cette initiative manque à ce pays  et la fédération a pris sur elle de mettre  en place des centres  de football. A Bangui, nous en avons mis 10 et nous avons commencé à aller à l’intérieur du pays pour mettre un centre de formation par département. On l’a fait à Bambari, on va également le faire dans les 16 autres ligues qui restent, pour donner la chance à tous les enfants centrafricains  là où ils se trouvent de pouvoir apprendre à jouer au football, faire le parcours de l’excellence et pourquoi pas demain vivre de leur rêve en tant que footballeur professionnel. Ce programme-là, nous le dédions aux filles et aux garçons.

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Parlant de  cette jeunesse, comment a-t-elle accueilli ce projet, est ce qu’il y a eu une réticence de la part des parents ?

Au départ, les parents  n’avaient pas très bien compris, mais maintenant je pense que le projet ayant pris forme, vous avez suivi quelques parents qui ont accompagné leurs enfants pour voir ce que leurs enfants ont appris dans ce centre de perfectionnement et aujourd’hui les parents peuvent être fiers tout comme nous à la fédération, nous sommes fiers et nous savons que ces enfants, nous allons continuer leur formation même lorsqu’il change de catégorie. Le projet va les accompagner jusqu’à ce qu’il ait trois années de formation chacun. Donc aujourd’hui les parents encouragent leurs enfants à la pratique du football. Quand on organise des tests pour en retenir 25 jeunes, ils étaient 200 à 250 jeunes. Même ceux qui n’ont pas été retenus, on ne les abandonne pas car nous continuons à organiser des activités dans les départements, arrondissements et à l’intérieur de pays  afin de maintenir la flamme de cette dynamique qui est en cours

A terme, qu’est ce qui est prévu ?

Le projet est simple, la mise en place d’une académie de la fédération, celle-ci va recevoir en 2022, ses premiers aspirants et ils seront accompagnés aussi  dans les tranches d’âge. Ils vont suivre une formation jusqu’à l’âge de 17 ans. L’objectif c’est d’amener nos jeunes à posséder les fondamentaux , car le football s’apprend jeune, car si vous regardez tout ces grands joueurs aujourd’hui, ils ont été détectés jeunes dans la tranche d’âge que l’on a vue et ils ont été accompagnés et nous ici à la fédération, c’est ce que nous avons compris et nous avons soumis à la FIFA qui bien heureusement nous accompagne dans ce projet, et nous profitons pour remercier le président de la FIFA et celui de la FFF qui ont choisi la RCA. Ce n’est pas le plus grand pays de football en Afrique mais très modestement nous sommes fiers d’être pionnier sur le ‘’PST’’. Aujourd’hui nous sommes persuadés que dans les années à venir, les gens vont entendre parler du football centrafricain de  manière durable.

Combien ça coûte à la fédération en termes de finance de piloter un tel projet ?

Sur les dix-huit mois, le budget équipement y compris nous coûte près de 585 000 000 FCFA, donc nous sommes en pleine exécution depuis le début, donc voilà à peu près ce que ça coûte

Un mot sur les experts qui vous accompagnent sur la mise en place technique de ce projet

Nous sommes heureux, et on se sent privilégiés d’avoir cet accompagnement de la FFF, notre chef du projet est un technicien qui maîtrise sa matière et aussi dans d’autres domaines nous avons ponctuellement d’autres experts de la FFF qui viennent en RCA  pour la formation des gardiens de but, la formation des Formateurs.. Pour nous accompagner. Je pense que les résultats ont commencé à se faire sentir. Nos entraîneurs ont gagné en qualité et surtout que nous avons des jeunes entraîneurs de clubs et aujourd’hui le niveau de notre championnat est en train de se relever et la qualité des joueurs aussi, c’est pourquoi vous voyez que notre équipe nationale est constituée à 80% des joueurs évoluant au pays. Ce n’est pas surprenant pour nous que ces jeunes obtiennent de bons résultats quand ils vont à l’international, ce travail-là, nous sommes persuadés qu’avec l’accompagnement de la FFF, les progrès vont être mesurables.

Vous le connaissez mieux que moi, les Banguissois, bref les Centrafricains ont soif de victoires. A quand les retombées de ce travail ?

Déjà la RCA regorge de grands talents peut-être méconnus,  nous avons en fin d’année dernière obtenu une qualification à une CAN même si c’est au niveau des U20, aujourd’hui ces U20, quelques-uns, se retrouvent dans l’équipe première, c’est un processus que nous avons mis en place, les résultats vont  arriver mais il faut encore beaucoup travailler. Pour cette jeune génération qui arrive et qui est en formation, on les verra dans les compétitions U17 d’ici deux ans et les gens pourront apprécier le niveau du joueur centrafricain. Vous savez les premiers résultats donnent de l’émulation : on a des joueurs locaux ou ceux de la diaspora qui commencent à frapper à la porte de l’équipe nationale. Aujourd’hui nous avons des joueurs motivés qui veulent porter  les couleurs du drapeau national, nous estimons que nous devons les accompagner, les résultats vont arriver, il y a rien à faire. Le Nigéria ce n’est qu’une étape, je vous rappelle qu’il y a quelques années nous sommes allés battre l’Egypte chez lui là où pratiquement un demi -siècle le pays n’avait plus perdu. Nous avons battu l’Algérie qui revenait du mondial en 2012, et donc la RCA est un grand pays de football, nous allons travailler afin que les résultats ne soient plus sporadiques mais plus constants, qui s’inscrivent dans la permanence et dans l’excellence.

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Parlons de cette sélection nationale, rarement nous avons vu cette constance dans les compétitions. C’était déjà un défi pour vous de prendre part aux éliminatoires de la CAN et du mondial ?

Je crois que nous sommes une nation et le football fait partie des instruments que notre pays peut et doit utiliser pour le rayonnement de notre pays à l’international  et aujourd’hui le football s’inscrit comme ambassadeur  et nous pensons que le travail que nous avons commencé peut donner une image positive du pays à l’étranger contrairement à ce que nous écoutons dans les actualités. Donc le football est un instrument et le gouvernement met tout en œuvre afin que la RCA soit représentée dans les compétitions internationales et nous l’avons montré tant chez les garçons que chez les filles et l’avenir je pense est encore prometteur.

2023, c’est une date particulière pour la fédération. Ici il faut à tout prix se qualifier pour la CAN à venir en Côte d’Ivoire ?

Oui c’est un objectif principal. Vous savez, nous sommes encore l’un des rares pays qui n’a pas encore disputé de CAN.

Un mot sur le tournoi national U20 qui est à sa phase expérimentale

Notre politique,  c’est faire en sorte que toutes les catégories puissent jouer. Nous organisons un championnat U15, U17 et U20, donc aujourd’hui on a commencé par le championnat U15 surtout nous profitons des périodes de vacances, même chose avec les U17.  Aujourd’hui  les U20 sont en train d’aller vers la fin du championnat donc nous pensons que cette chaîne ne doit pas être brisée parce que c’est une continuité. Il est urgent d’être en phase avec la FIFA, dans les programmes que nous avons avec elle, il est précisé que toutes les fédérations doivent organiser des compétitions dans au moins deux catégories de jeunes, nous on le fait dans trois catégories

Comment vos pairs présidents de clubs apprécient-ils  cette disposition qui impose aux clubs d’élites de disposer les trois catégories jeunes en leur sein ?

Ce sont ces catégories qui rapportent. Pour la prise en charge, la fédération vient en appui aux clubs. Notre souci est qu’on commence à jouer jeunes et donc nous accompagnons les clubs afin que cet objectif soit atteint. D’ailleurs tous les clubs se sont conformés à cette disposition.

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Le 11 de la RCA face au Nigéria

Où en êtes-vous avec le football féminin ?

Le football féminin c’est un grand chantier pour nous. C’est une priorité pour nous. Nous avons une vision claire en ce qui concerne le football féminin. Nous le pensons et nous croyons que nous allons y parvenir, notre pays doit participer à la coupe du monde 2027. Nous avons commencé le travail, nous organisons un championnat de football féminin dans toutes nos ligues. Au départ c’était tous âges compris, mais maintenant on a commencé  à mettre les catégories pour que comme chez les garçons, on commence à jouer U17, U20 et plus tard aller dans les écoles. C’est ce  que nous sommes en train de faire avec le ministère de l’enseignement pour apporter le football dans les écoles. Commencer à faire jouer nos filles dans les écoles primaires, au lycée et vous verrez que nous allons avoir des catégories de U13, U15 etc… Nous avons un projet ici, la construction d’un site dédié au football féminin à Pk 22 et nous travaillons sur le projet actuellement avec la FIFA et nous espérons que nous commencerons les travaux de construction de ce centre technique au plus tard février-Mars 2022, pour que assez rapidement notre projet pour le football féminin puisse avoir un cadre pour s’installer. Ça sera certainement un centre pilote en Afrique que nous sommes en train de faire. Pour nous, le football féminin mérite toute notre attention parce que les filles, les femmes représentent plus de 51%  de la population centrafricaine.

Même s‘il y a eu un apprentissage difficile pour les filles battues par le Nigéria et le Cameroun

Vous savez quand vous allez à la compétition pour la première fois, c’est difficile. Ces filles, c’était leur première sortie en catégorie U20. Elles ont perdu sur l’ensemble de leur double confrontation face au Nigéria 11 buts à zéro, pour elle, elles ont appris. Elles ont tellement bien appris que ces mêmes filles U20 on les a reconduites pour jouer contre l’équipe du Cameroun, qui est constituée de joueuses professionnelles,  troisièmes de la dernière CAN mais aussi huitièmes de finaliste du dernier mondial en 2019.  Là où ces filles sont arrivées, certes il y a encore d’énormes progrès à faire mais il y a de l’espoir. Nous allons faire un travail afin d’identifier une cinquantaine ou une soixantaine de jeunes filles de cette catégorie qui seront une boursière de  la fédération, pour permettre de supporter la scolarité de celles qui vont à l’école et de s’adonner à leur passion qui est le football avec un ou deux  regroupement par semaine, avec des tests une fois par moi. Nous pensons que cette sélection permanente que nous allons mettre en place va faire des progrès. Car notre objectif c’est la mise en place de cette sélection U20 que nous allons garder et qui va aller en compétition : que ce soit au niveau de L’UNIFFAC, des matches amicaux ou d’autres compétitions qui vont se présenter  pour que les filles puissent s’améliorer en vue de la participation à la coupe du monde 2027.

Ça fait seulement seize mois que vous êtes président de la fédération centrafricaine de football. Au regard de ce qui est fait, on a l’impression que vous êtes là depuis une décennie. Jusqu’où comptez-vous allez ?

Je pense que la machine est en marche, il faut l’entretenir, vous savez, c’est Dieu qui a le dernier mot. En ce qui me concerne, au bout de ce mandat, on verra, on fera un bilan, s’il faut faire un second mandat, s’il faut aller au-delà. Tout ce que nous sommes en train de semer aujourd’hui au bout de cinq ou six années à venir, ça portera des fruits. Donc ça sera largement suffisant pour moi personnellement, je ferai partir des livres d’histoires et puis j’espère avoir ouvert le chemin pour que d’autres compatriotes viennent poursuivre le développement du football centrafricain.

Une place à la CAF, ça vous tente Mr le Président ?

Vous savez, il y a beaucoup de choses à faire au-delà du football, aujourd’hui je prends une part active dans les instances du football, aussi bien dans la sous-région que dans les commissions de la CAF et de la FIFA. Ce qui est le plus important  pour moi c’est le chantier du football en RCA et c’est cela que nous devons réussir car on n’aurait aucun mérite à aller postuler dans les instances internationales si le football chez nous n’émerge pas

Parlons de ce qui fâche, Pourquoi jusqu’aujourd’hui le stade Paul Barthelemy Boganda n’est pas disponible pour accueillir les fauves localement ?

Vous savez, c’est une longue histoire. Mais  les normes édictées  par la FIFA ont évolué et la preuve c’est qu’ aujourd’hui, 23 pays, pas des moindres, ne peuvent pas jouer sur leur territoire. La RCA qui a beaucoup de défis, qui n’a pas le PIB de certaines nations, en fait partie, mais la volonté politique est là, nous notons cela. Vous savez que le ministère des sports est logé au stade. Il va déménager dans les prochains jours, déjà c’est une bonne chose. Quand le stade avait été suspendu, des dispositions avaient été prises. Il y avait beaucoup de débits de boissons qui avaient été déguerpis. Nous avons, nous fédération, pris l’engagement de refaire l’aire de jeu, qui est aujourd’hui en excellent état. Après le déménagement du ministère des sports, l’Etat mettra les moyens puisqu’il s’agit de la propriété de l’Etat Centrafricain. Il va pouvoir rapidement faire les travaux afin que les prochaines compétitions, on puisse les jouer à domicile  parce que l’apport du public est important.

Léger Tientcheu, avec la collaboration de Fabrice Ndoum

Avatar de Léger Tientcheu
Léger Tientcheu est un Journaliste Camerounais spécialisé dans le sport en général et le football en particulier. Il exerce sa passion depuis 2009 dans plusieurs rédactions au Cameroun. Il a couvert de nombreuses compétitions nationales et internationales.
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