Exclusif / Bénin – Nassirou Adamou : «… cette saison a été la pire de mes saisons »

Parti pour une belle aventure à Coton FC, Nassirou Adamou n’a pas connu la meilleure saison de sa carrière jusque-là. Si individuellement rien n’a marché pour lui, l’attaquant de 23 ans s’en est bien sorti tout de même avec le titre de champion du Bénin. Une consolation pour l’ancien joueur de l’AS Cotonou désormais libre de tout contrat. Dans une interview exclusive, l’international béninois s’est longuement confié à Africa Foot United sur sa saison difficile, sa prochaine destination, le départ forcé à l’AS Cotonou et le ménage à Coton FC. 

Avatar de Jules S. Tovodounon Par 05/07/2022 - 12:07
Exclusif / Bénin – Nassirou Adamou : «… cette saison a été la pire de mes saisons »

Comment se sent -on dans la peau d’un tout nouveau champion du Bénin ?

« Quand on est champion, c’est un sentiment de joie, de fierté, on se rend compte que le travail qu’on a abattu toute la saison, on ne l’a pas fait pour rien. On est content et c’est vraiment une bonne sensation, surtout pour la famille et tout. »

La saison a été longue avec beaucoup de suspense. A quel moment, au niveau du club, vous avez senti que Coton FC peut aller chercher le titre?

« Dès le début, quand on voit déjà le recrutement que l’équipe a fait, on voit les conditions qui sont mises en place, les moyens et tout, on se dit qu’avec ça, on peut jouer le titre. Dans la Ligue Pro, je crois qu’on était au-dessus du lot. Mais la Super Ligue Pro, c’est une autre réalité parce que c’est les meilleurs de chaque zone qui se retrouvent et ce n’était pas évident qu’on soit champions. Mais quand on a commencé,  on a pris les matchs un par un, on les a attaqué, avec l’envie et l’état d’esprit du groupe, on a pris le dessus sur plusieurs équipes et c’est ce qui a fait qu’on est sacrés champions. »

Est-ce qu’après la défaite contre Loto-Popo, à domicile à Ouidah, et quelques matchs nuls qui s’en sont suivis avec également la défaite face à l’ASVO, on a douté au niveau du club ?

« C’est évident que le doute s’installe un tout petit peu parce qu’on ne peut pas être en tête du classement pendant près de 35 journées (Ligue Pro et Super Ligue Pro) et qu’à quatre journées de la fin tout commence par basculer d’un coup donc il y a le doute qui s’est installé un tout petit peu, surtout il y a la pression qui est montée d’un cran. Entre coéquipiers, quand on se voit, on se demande mais qu’est-ce qui ne va pas ?  Parce que quand on regarde le contenu du jeu, ce n’est pas le contenu qui fait défaut. C’est les occasions, on en trouve pas mal, qu’on arrive pas à concrétiser. Ce qui fait qu’on se demande mais qu’est-ce qui va se passer et tout. Mais je crois que les dirigeants ont su gérer la situation, parce qu’ils ont su mettre le discours qu’il faut, et je crois qu’il y a aussi la chance qui nous a accompagnés à certains moments donnés. Cette défaite contre Loto-Popo et ces matchs nuls qui ont suivi étaient venus au bon moment, parce qu’on avait toujours notre destin en main en ce moment. Ce qui a fait qu’on a pu se relever le plus tôt possible. Je crois que c’était le match contre Dynamo qui a fait qu’on est champions. »

Vous étiez du côté de l’AS Cotonou, vous avez fait la saison avec Coton FC. Est-ce que c’était un transfert définitif ou un prêt ?

« C’est un transfert sur un contrat d’un an. C’est parce que c’est moi-même qui ai voulu, sinon normalement le club a demandé deux ans de contrat mais moi, vu les projets que j’avais en cours et ceux qui m’ont conseillé, j’ai dû signer un an. Mais comme tout joueur qui signe dans un club ambitieux, l’objectif c’est d’atteindre celui du club ensemble. En tant qu’attaquant, j’ai mes objectifs individuels que le club aussi en a souhaité. Malheureusement pour moi, cette saison n’a pas été du tout ce que j’aurais voulu. »

Nassirou Adamou du côté de l’AS Cotonou, c’était le métronome de l’attaque, mais à Coton, on a senti que ce statut de joueur important a semblé prendre un coup.

« Pour commencer, je vais dire que cette saison a été la pire des saisons que j’ai eu à faire depuis que j’ai commencé à jouer dans la ligue professionnelle. Si je dois résumer ma saison, je crois que j’avais bien commencé avec l’équipe. Ce qui a fait défaut au début c’est que je n’ai pas fait la préparation avec l’équipe, je suis venu pratiquement à trois semaines avant le début de la saison, ce qui a fait que je n’était pas dans le même rythme que les autres parce qu’ils avaient déjà fait une préparation de plus d’un mois avant mon arrivée. Mais le coach a quand même su me mettre dans l’équipe et les débuts se sont bien passés. J’ai même marqué le 2e but lors du match d’ouverture. Après, j’ai eu un petit bobo au niveau de l’adducteur. Le match qui a suivi, je n’ai pas commencé. Je n’ai pas su m’installer dans le système du coach parce que moi je suis un attaquant, j’ai mes propres qualités, c’est une équipe pleine de talents, nous avons tous nos qualités qui diffèrent. Parfois, il y a des joueurs qui ne se retrouvent pas meilleurs dans un système, le coach est obligé de faire un choix et c’est en fonction des joueurs physiquement prêts qu’il fait ses choix. »

Vous aviez signé un contrat d’un an, compte tenu de vos objectifs et des projets que vous avez. C’est quoi ces projets qui ont pesé dans la balance ?

« Avant que j’aille signer à Coton, j’avais fait un voyage et le fait que j’étais sous contrat avec l’AS Cotonou n’a pas facilité les choses. Donc pour moi, pour faciliter les choses, l’année qui doit suivre je voulais être un joueur libre, pour faire des essais et signer un contrat hors du Bénin. C’était l’objectif dans lequel j’étais, c’est pourquoi j’ai demandé un an de contrat, en espérant que, même si ça ne venait pas, j’aurais le temps quand même de renouveler mon contrat. Mon voyage c’était sur la Côte d’Ivoire au FC San Pedro. »

Aujourd’hui, à voir le contexte, vous êtes arrivé à la fin de votre contrat avec Coton, est-ce que quelque part vous nourrissez de regrets de n’avoir pas accepté au départ le contrat de deux ans ?

 

« Non, pas de regrets. Je ne regrette pas parce que le fait que je sois en fin de contrat, c’est aussi une bonne initiative parce que ça va me permettre de me relancer ailleurs. Parce que honnêtement, je suis conscient que je suis sorti d’une très mauvaise saison et que je dois me relancer le plus tôt possible. Le fait que je sois libre va me faciliter les choses de faire un bon choix, de choisir un club qui peut me relancer, qui va me faire confiance et j’espère qu’à la fin de la saison à venir, j’aurais quand même fait de bonnes statistiques et j’aurai un peu de cote sur le marché et on verra après. »

Quelle sera la prochaine destination de Nassirou Adamou ? Est-ce qu’il retourne à l’AS Cotonou, ou il a peut-être des touches dans d’autres clubs ?

« Dans le football, ce que j’ai appris c’est qu’il ne faut jamais dire jamais. Mais l’AS Cotonou, ce n’est pas dans mes plans. Pour le moment, je suis contacté par deux, trois, quatre équipes. Mais je suis en discussion avec deux équipes pour le moment. Mais honnêtement, je n’ai pas encore fait un choix. Mais je pense que d’ici une ou deux semaines, je vais m’engager dans un club, un club qui va quand même jouer les premiers rôles. »

L’AS Cotonou n’est pas dans vos plans. C’est là vous avez fait toutes vos classes, votre formation. Etant libre aujourd’hui, est-ce qu’ils ont souhaité votre retour au bercail?

« J’ai été contacté par quelqu’un, il m’a dit qu’il est un agent et qu’il travaille avec l’AS Cotonou. Il m’a demandé si ça me dirait de rentrer chez moi mais je lui ai dit non, que je ne pense pas. Je ne suis pas parti sur de bons thèmes, c’est pourquoi je ne pense pas vraiment. Après je me suis renseigné sur lui, on m’a dit qu’il travaille avec l’AS Cotonou, sinon personnellement, un dirigeant ne m’a pas contacté directement. Même si je suis en contact avec le président Imorou, avec l’organisateur et quelques-uns, personne ne m’a encore fait une proposition. Il y a les joueurs qui m’écrivent chaque jour, Nass, capi, revient, on a besoin de toi mais ça c’est entre amis, mais rien d’officiel. »

Vous n’étiez pas parti sur de bons termes avec le club. Est-ce que vous avez dû forcer votre départ ?

« Oui, parce que je voulais vraiment changer d’équipe. J’ai passé pratiquement 9 à 10 ans à l’AS Cotonou entre la formation, la Ligue 2 et l’élite du football, je suis un enfant de l’équipe en fait. A un moment donné, je me retrouvais déjà trop dans un confort et je voulais vraiment aller voir ailleurs, vivre un autre défi, vivre d’autres expériences et grandir. C’était ce qui m’a vraiment poussé à quitter l’AS Cotonou. J’étais décidé, ils étaient même prêts à me donner, pas forcément tout, mais à peu près ce que Coton m’a proposé mais je n’ai pas accepté. J’ai dit non, il fallait que j’aille voir ailleurs. Mais ce n’était pas facile, ça a pris du temps quand-même. »

Quand vous prenez aujourd’hui un peu de recul, vous voyez la saison de l’AS Cotonou, telle que l’histoire est terminée à Coton FC, est-ce que ça vous arrive de regretter votre départ ?

« Non, pas du tout, parce que même si individuellement je n’ai pas fait une bonne saison, je suis quand-même champion et tout le monde sait que Coton c’est l’équipe qui est la plus proche du professionnalisme au Bénin ici. La seule année que j’ai fait avec Coton, je pense que j’ai gagné beaucoup en expérience, j’ai appris beaucoup de choses là-bas, et pour tout couronné je suis champion aussi. Donc je n’ai jamais regretté le fait d’avoir quitté l’AS Cotonou pour Coton. »

Coton va jouer la Ligue africaine des Champions pour la première fois. Vous auriez sans doute aimé faire partie de cette campagne.

Oui, honnêtement, j’aurais voulu faire partie de cette campagne mais pas en tant que joueur de second plan. J’aurais voulu participer à cette campagne si seulement si j’aurais du temps de jeu, je vais jouer, je vais être titulaire. Et cela n’est pas grand à dire, c’est pas la peine. Je sais que le temps viendra où je vais jouer cette campagne en étant leader d’une équipe. »

Aujourd’hui on parle de vague de départs au niveau du club, on parle pratiquement d’une douzaine de joueurs. Qu’est-ce que vous en savez ?

« Je fais partie de cette liste que les gens ont publiée sur les réseaux sociaux. Beaucoup ne connaissent pas les dessous de cette liste mais c’est normal puisque ce sont les réseaux sociaux. Il y a des joueurs qui n’ont pas de temps de jeu, il y a d’autres qui sont en fin de contrat, d’autres qu’on veut remplacer et ce n’est pas la peine de les garder, de les mettre à la touche si on ne va pas les faire jouer.Seul le coach peut dire que tel joueur a fait ci, tel joueur a fait ça. Quand je lis que les gens parlent d’indiscipline ou d’insuffisance de résultats, dans une équipe qui est championne, certes il y aura toujours des petits problèmes, mais je ne pense pas qu’il y ait cas d’indiscipline dans ce groupe, pas à ma connaissance. S’il y a des joueurs qui ont été libérés, c’est peut-être parce que le coach ne les voit pas dans son système à venir, ou carrément comme moi et comme Giscard Tchato, nous sommes en fin de contrat. Il y en a d’autres qui ont fait le choix de partir. Après la saison, les deux, trois jours qui ont suivi, le coach a discuté avec pratiquement tous les joueurs en tête à tête donc ça dépend de ce qu’ils se sont dit et comment ils se sont compris. Mais c’était évident qu’après cette saison qu’il y ait des arrivées. Pour une équipe qui veut jouer la Ligue des Champions, il faut se renforcer aux postes où le coach voit qu’il a besoin de plus. »

Bientôt, ce seront les regroupements pour le CHAN, avec le Bénin qui va jouer le Ghana, ensuite le Nigéria. Est-ce que le Bénin a des chances de qualification ?

« Oui, je le pense vraiment, parce que quoi qu’on dise, le Bénin aujourd’hui, on peut le citer parmi les pays de l’Afrique de l’Ouest qui ont un meilleur championnat. On a joué pratiquement 10 matchs en 30 jours, au moins un match tous les trois jours. On n’a pas vraiment eu de blessures musculaires, ce qui veut dire que les joueurs sont en forme. On travaille pratiquement tous les jours et je pense que quand tu travailles tous les jours, tu progresses. Aujourd’hui, quand on prend la Super Ligue Pro, il y a au moins 10 équipes qui peuvent concurrencer des équipes hors du Bénin. Notre championnat a progressé, il y a beaucoup de joueurs qui ont progressé. On a vu le cas de Bawa, même s’il a été déjà pro avant de revenir à la maison, on l’a vu tenir en équipe A. Ce qui veut dire qu’il y a de bonnes choses qui se passent dans notre championnat, il y a de bons joueurs donc pour moi si on a déjà ce niveau de championnat chez nous et qu’on fait une bonne sélection, on construit une bonne équipe, pourquoi pas même espérer jouer pour gagner le CHAN ? »

Est-ce que Nassirou, en dépit de sa saison, espère quand même faire partie de cette équipe qui sera convoquée pour les regroupements ?

« Si je suis sélectionné, je serai content mais dans le cas contraire aussi je ne serai pas déçu. Parce que, cette saison, quand on va citer les meilleurs, je ne pense pas que j’en ferai partie. »

Mais la sélection reste toujours dans un coin de la tête de Nassirou.

« Oui, toujours ! Parce que quand tu es footballeur et que tu ne représentes pas ton pays, sache juste que tu n’as pas le niveau. Mais moi j’ai le niveau, j’ai fait une mauvaise saison d’accord, mais la sélection est ouverte à tout le monde et à tout moment, et je suis jeune, j’ai encore beaucoup d’années devant moi. Je vise surtout l’équipe A donc la saison à venir, c’est à moi de travailler et de me retrouver au premier plan. »

Qu’est-ce qui caractérise Nassirou comme un footballeur ?

« J’ai encore à apprendre, beaucoup à développer. Mais pour le moment, je fais surtout confiance à ma pointe de vitesse. Techniquement, je ne dirai pas que je suis au top mais quand même je suis moyen, je pense que j’arrive à passer les un contre un avec ma vitesse et le peu de technique que j’ai. Je suis physiquement bon, même si ce n’est pas ce que les gens voient sur ma corpulence et à 80%, je suis adroit devant les buts. »

Nassirou c’est un joueur calme, un joueur timide ou un joueur colérique ?

« ça dépend du statut. A Coton, je suis parmi les joueurs pratiquement calmes, qui ne parlent pas, parce que mon statut diffère. A l’AS Cotonou, j’étais le leader, j’étais pratiquement le joueur qui crie sur tout le monde, le joueur qui donne des ordres, tout en respectant mes coéquipiers parce que je suis le capitaine. Mais ici (à Coton FC), je suis nouveau, je ne suis pas forcément un leader ou un titulaire donc les rôles diffèrent, sinon je ne suis pas colérique, je suis un peu exigeant, parce que quand tu es attaquant et que tu cours dans tous les sens pour faire des appels, quand tu n’as pas la balle parfois ça énerve donc il faut parler, mais je ne suis pas timide. »

Quel est le joueur avec lequel vous étiez le plus proche à Coton FC ?

« Pour ne pas faire de jaloux, je peux dire qu’il y a Jérôme, il y a Bawa et puis il y a Romaric. C’est les trois avec qui je suis pratiquement tout le temps. »

Quel est votre club de rêve ?

« Je suis Parisien, je rêve de jouer un jour au Paris Saint-Germain.

Et quel joueur est votre idole ?

« Je ne dirai pas idole mais modèle. Je dirai Sadio Mané, parce que je me retrouve un peu dans son jeu. Il est rapide, il est techniquement moyen, et c’est quelqu’un qui est adroit devant les buts et il est puissant. »

 

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Je suis Jules Sessiwèdé Tovodounon, journaliste reporter sportif béninois spécialiste des questions du football à Africa Foot United. Je suis aussi passionné du basketball, du tennis et du handball.
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