Exclusif – Aurélien Chedjou : « Je ne veux pas être esclave du football » Aurélien Chedjou

Exclusif – Aurélien Chedjou : « Je ne veux pas être esclave du football »

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En près de 20 ans de carrière au haut niveau, Aurélien Bayard Chedjou Fongang de son nom complet, a connu beaucoup de sensations, de consécrations et de trophées. A 36 ans, l’international camerounais passé entre autres par Lille, Galatasaray, Istanbul Basaksehir, Bursaspor et Amiens touche déjà au crépuscule et songe plus à l’après-carrière. C’est la raison pour laquelle il a décidé de ne pas s’engager cette saison. Le défenseur camerounais a choisi de retourner dans son pays pour y travailler mais aussi être près de sa famille. Dans un entretien exclusif accordé à Africafootunited.com, le champion de France 2011 avec Lille évoque sa fin de carrière. L’échange permet également de revisiter son riche et long parcours aussi bien en clubs qu’en sélection et d’en savoir davantage sur ses projets et ambitions. Entretien…

Aurélien Chedjou 1 Exclusif - Aurélien Chedjou : "Je ne veux pas être esclave du football"

Bonjour Aurélien, merci d’accorder cet entretien à africafootunited.com

Bonjour, C’est un plaisir de recevoir Africa Foot

Comment se porte Aurélien Chedjou ?

Bien, je suis en bonne santé, tout va bien, mes enfants vont bien, ma famille aussi, c’est le plus important.

Depuis quelques temps, vous êtes au Cameroun alors que les championnats se jouent en Europe. Qu’est-ce qui justifie votre présence au pays ?

Juste que je suis en pleine réflexion pour voir si je continue le foot ou pas. On est plus proche de l’arrêt que du début, je suis en pleine réflexion. C’est vrai que j’ai des coups de fil mais pour le moment, je ne me prends pas la tête, je n’ai plus envie d’avoir de pression, c’est pour cela que je suis au Cameroun. Je donne du temps à ma famille en fait.

Etant au Cameroun, comment est-ce que vous vous occupez, de quoi sont faites vos journées ?

Je m’occupe de mes enfants comme je le disais, je donne du temps à ma famille, je viens à mon bureau, j’essaie de m’occuper, voir ce que je vais faire après. J’avance dans mes projets et je profite en tant qu’un jeune garçon de la ville de Douala aussi, de temps en temps, je vois des amis, c’est comme ça que j’occupe mes journées.

Vous dites que vous songez déjà plus à l’arrêt alors que vous n’avez que 36 ans. Quand on sait qu’il y a des joueurs qui vont même jusqu’à 40 ans sur les terrains, ne pensez-vous pas qu’il s’agisse d’un arrêt précipité ?

C’est parce que dans la tête, il y avait moins d’envie et puis, comme je disais tout à l’heure, vous savez, quand vous êtes parti, votre famille vous manque, les enfants sont en train de grandir et forcément, ce que je rate, je ne pense plus rattraper ça un jour. Et puis, j’ai eu une petite conversation avec mes deux filles qui me disaient qu’elles ne voulaient plus que papa parte, je crois que ça a été déterminant dans mon choix de me mettre en pleine réflexion. Ceci dit, j’ai toujours dit que je ne voulais pas être esclave du foot, je ne voulais pas me lever chaque matin et aller aux entraînements à contre cœur, je ne voulais pas aller à reculons, j’ai la chance aujourd’hui de ne pas être à la rue. Je pense que le football m’a donné beaucoup de choses et je ne veux pas salir le nom de ce sport quoi !

Aurélien Chedjou 2 Exclusif - Aurélien Chedjou : "Je ne veux pas être esclave du football"

Après pratiquement 20 ans de carrière, n’est-ce pas difficile pour vous de vivre sans pratiquer le football ?

Bien sûr que c’est difficile mais une chose est claire dans ma tête : je ne regrette rien du tout. Tout ce qui se passe, c’est comme j’avais prévu et l’essentiel c’est, comme je le disais tout à l’heure, je ne veux pas être esclave du football, je ne veux pas aller aux entraînements parce que je cherche le dernier gros contrat ou quoi que ce soit, parce que j’ai peur que ça va s’arrêter. Tôt ou tard, ça va s’arrêter, vous ne pouvez pas jouer jusqu’à 50 ans, il faut déjà penser à passer à autre chose et j’ai envie de rester dans le foot, c’est clair mais plus en tant que footballeur parce que je n’ai plus l’envie et forcément, à un moment ou à un autre, le corps, il va lâcher. Oui, les débuts, c’est difficile mais après, quand vous passez déjà dans la tête que ce que vous voulez faire, ce n’est plus ça, je pense que ça passe. Le plus difficile, c’est chercher ce avec quoi vous allez vous occuper après. J’ai la chance que les enfants sont ici, c’est vrai que le premier, il est en France mais je suis bien entouré, j’ai des conseils à gauche et à droite pour pouvoir voir vers quoi me tourner après.

Nous allons revenir avec vous sur votre vie en club. Le titre de champion de France en 2011 avec Lille, c’est forcément le meilleur souvenir de votre passage en France !

Oui, c’est le meilleur parce que la saison a été longue. Vous savez quand on gagne un championnat, ce n’est pas forcément la meilleure équipe qui gagne mais c’est l’équipe la plus constante et je pense que cette année-là, on a vraiment montré qu’on avait des atouts, on a montré qu’on avait une équipe vraiment homogène et puis, personne ne nous voyait arriver là. Malheureusement pour les autres équipes, on a montré à la fin qu’on avait vraiment les capacités pour aller au bout.

Au-delà de cette constance, qu’est-ce qui avait fait la force des Dogues cette année-là, puisque vous remportiez à la fois le championnat et la Coupe ?

Je pense, comme je le disais, qu’on était vraiment un groupe de copains, on était 25 personnes qui voulaient avoir quelque chose dans le sac comme on dit généralement en parlant de titres. Sauf que nous, on avançait vraiment en sous-marins comme on dit, on ne voulait pas déclarer si ce n’était que les trois dernières journées. Je ne vais pas dire qu’on savait qu’on pouvait le faire mais on avait confiance en nous, le coach nous mettait vraiment en confiance, il avait une philosophie de jeu qui collait vraiment à nos qualités, que ce soit ceux qui commençaient ou ceux qui entraient après. Et puis, on n’avait pas vraiment de mauvais esprits dans le groupe, il y en avait qui jouaient plus que d’autres mais ceux qui jouaient moins, quand ils venaient, ils répondaient présent. Je me rappelle du match à Marseille par exemple où c’est Pierre-Alain Frau qui marque à la fin sur un centre d’Emerson, les deux, ils n’ont pas commencé titulaires et c’est les deux qui sont sur l’action qui nous donne la victoire ce soir-là.

Il y a une image qui nous revient, ce petit pont sur la star Zlatan Ibrahimovic lors d’un match contre le PSG, c’était un geste prémédité pour vous ou alors, c’est l’action qui commandait cela ?

C’est l’action qui a demandé que je le fasse mais après, sans avoir les chevilles qui enflent, je suis assez à l’aise avec le ballon, je me suis dit que c’est ce qu’il fallait faire. Vu la vitesse à laquelle il venait, c’est ce que je pouvais faire, je l’ai fait, ça m’a réussi mais je tenais à dire que je l’ai essayé une semaine avant contre Nice, sur l’avant-centre et ça avait aussi réussi. Et puis, vu la vitesse à laquelle Zlatan arrivait, c’est vrai que je me suis déchiré sur le contrôle mais c’était ce qu’il fallait faire et tant mieux pour moi, ça m’a réussi.

Après la France, vous vous êtes engagé avec Galatasaray, la transition avait-elle été facile ?

Non, ce n’était pas facile parce qu’il y avait déjà, premièrement, la barrière de la langue et puis, j’arrivais dans un club assez populaire si ce n’est le plus populaire de Turquie. C’était assez, je n’ai pas envie de dire difficile mais ce n’était pas facile parce qu’il y avait un montant de transfert qu’il fallait justifier, il fallait être performant tout de suite parce que là-bas, c’est les résultats tout de suite, quand vous commencez le championnat, il y a des résultats tout de suite à atteindre. Ce n’est pas comme à Lille où, comme je disais tout à l’heure, on jouait et puis, advienne que pourra. Mais à Galatasaray, dès que vous commencez la saison, vous jouez pour le titre et puis, il fallait s’adapter à la nourriture, à la vie stambouliote, à la barrière de la langue et à tout ce qui va avec. Il fallait performer tout de suite. C’est vrai que c’est difficile mais j’ai eu la chance, que je ne suis pas quelqu’un à problème, je suis quelqu’un qui se fond dans la masse et puis, ça s’est plutôt bien passé, je pense.

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En Turquie également, vous avez connu beaucoup de succès, c’est le club avec lequel vous avez tout gagné sur le plan local. Peut-on finalement conclure que c’est le club qui vous a le plus marqué ?

Tous les clubs où je suis passé m’ont marqué. Mais après, en termes de titres, je pense que j’en ai gagnés un peu plus à Galatasaray  parce qu’en termes d’effectifs, en termes de joueurs qui y étaient, c’est un peu plus normal de gagner là-bas plus qu’à Lille parce qu’après, en France, il y a le grand PSG qui est arrivé ou Montpellier qui a gagné l’année qui suivait (2012, NDLR). Si vous parlez en termes de trophées, oui, c’est le club où je me suis le plus épanoui, le club où j’ai compris qu’il fallait performer chaque jour, il fallait être bon chaque jour sinon, c’est quelqu’un d’autre qui prenait votre place parce qu’à Lille, on était un club un peu plus familial où vous pouvez passer à côté d’un match mais après, la semaine  qui suivait, vous jouez tranquillement. A Galatasaray, ce n’est pas la même chose. Pour répondre à votre question, oui, en termes de titres, c’est là où je me suis le plus épanoui.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à gagner, entre un titre en France et un titre en Turquie ?

Si vous me demandiez ça en 2011 où les équipes se valaient, c’était un peu moins difficile que de gagner en France mais en Turquie, c’est assez difficile parce qu’il y a le Besiktas, Fernerbahçe, Trabzonspor, même d’autres petites équipes qui tirent leur épingle du jeu. Et puis, vous avez ces grosses pressions des présidents, ça change tout le temps, les présidents, directeurs sportifs, surtout les fans, partout où vous allez, on attend un résultat. Pour ma part, au vu de la pression qu’il y a en Turquie, je pense que c’est plus difficile de gagner là-bas.

Après la Turquie, vous avez fait un bref retour en France où vous avez fait une belle saison avec Amiens, c’est vrai que l’équipe est descendue en Ligue 2 au terme de cette saison perturbée par la crise du Covid, on s’attendait à vous voir rebondir en Ligue 1 mais vous avez choisi la Turquie…

Oui, j’ai choisi la Turquie parce que je m’y plaisais bien, j’ai gardé des attaches là-bas, pas que je n’en ai pas gardées en France mais en Turquie, le fait d’avoir passé plusieurs années à Istanbul m’a permis de garder des attaches là-bas, j’ai des business aussi sur place et puis, je voulais rentrer un peu pour me sentir vraiment à l’aise. Il faut dire aussi qu’avec le contexte sanitaire de l’époque, je n’ai pas eu de très grandes propositions qui m’arrangeaient. Donc, je me suis retourné vers un projet un peu plus sérieux, celui d’Adana.

Nous allons aborder le prochain axe de cet entretien qui concerne votre passage en sélection nationale. Depuis 2016, vous n’aviez plus été appelé chez les Lions indomptables. Est-ce que vous ne nourrissez pas un regret de n’avoir rien gagné avec la sélection tricolore ?

Si ! C’est un regret qui restera toujours gravé dans ma tête parce que j’avais joué pratiquement tous les matches des qualifications pour la CAN 2017 remportée par le Cameroun et puis au dernier moment, je n’ai pas été retenu et la sélection est partie gagner ce titre qui restera comme une petite épine dans ma carrière. Mais, pour vous dire, honnêtement, je ne changerais pas mes titres pour un titre de champion d’Afrique. Je suis fier de ce que j’ai accompli. Sans être hautain ou quoi que ce soit, tous les titres que j’ai gagnés, je pense que plusieurs aimeraient avoir ce que j’ai gagné. Après, bien entendu, un titre de champion d’Afrique avec son pays, c’est toujours bien d’entrer dans l’histoire de son pays parce que c’est toujours bien de faire plaisir à ceux qui nous suivent tout le temps surtout quand on a les mêmes origines. Oui, c’est un regret mais pour répondre à votre question, je ne changerais pas tout ce que j’ai gagné pour un titre de champion d’Afrique.

Avant cette CAN 2017 gagnée par le Cameroun, on vous avait pourtant présenté parmi les joueurs qui auraient décliné la convocation. Qu’en était-il exactement ?

Non, pas du tout ! C’est vrai qu’à l’époque, il y avait déjà de petits problèmes à gauche et à droite comme il y en a toujours eu mais il faut dire la vérité, jamais je n’ai décliné une convocation de l’équipe nationale parce que c’est toujours une fierté de représenter son pays. Je suis venu et tout simplement le coach (Hugo Broos, NDLR) m’a dit qu’il ne comptait pas sur moi. La manière dont ça s’est passé, c’est ça qui m’a beaucoup dérangé parce qu’il faut rappeler qu’à l’époque ma femme était enceinte de ma deuxième fille, il m’avait donné la permission d’aller aux Etats-Unis pour l’assister et il m’a appelé de rentrer. J’ai passé carrément une journée dans les avions pour revenir pour que le lendemain, on me dise que je ne suis pas convoqué. Maintenant, ce sont ses choix à lui, ça lui donne raison, il a gagné la compétition mais comme je disais dans la question précédente, j’ai un goût amer parce que tout n’a pas été dit sur ma non-convocation.

Avant vos déboires à la CAN 2017, il y a eu l’épisode de la Coupe du Monde Brésil 2014 où le Président du Comité de Normalisation de la FECAFOOT de l’époque Joseph Owona vous avait accusé d’indiscipline. Que s’était-il passé réellement ?

Il se trouve qu’il y a un journaliste qui a dit que je suis allé à la plage et que j’ai bu de l’alcool alors que je n’en bois pas du tout et le jour où je le retrouverai, il faudra qu’on s’explique en tête à tête. Il me dira où est-ce qu’il m’a vu consommer de l’alcool avec d’autres coéquipiers. La seule fois où on est allés sur une plage, c’est quand on est arrivés au Brésil, on y a fait un décrassage. Mais en dehors de ça, je ne suis jamais allé à la plage pour boire quoi que ce soit. Vous savez qu’au Cameroun, quand on lit quelque chose, on prend ça pour argent comptant. A partir de là, monsieur Owona, il a trouvé bon de nous attaquer sur ce qui a été dit par ce journaliste. C’est la seule explication que j’ai, peut-être c’est à lui qu’il faut poser la question pourquoi il avait tenu de tels propos.

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Toujours en sélection, il y a une époque où vous avez été accusé avec votre pote Nicolas Nkoulou d’avoir tout fait pour que Joël Matip ne retrouve pas une place de titulaire au sein de l’équipe. Que répondez-vous à ces allégations ?

J’ai envie de dire que ce sont des camerounaiseries comme on dit souvent. Moi, ça me fait même rigoler parce que je suis même l’un de ceux qui ont accueilli les binationaux comme on les appelle, ceux qui sont nés de l’autre côté mais qui ont des origines camerounaises, à savoir : Matip, Choupo Moting et bien d’autres. Moi, je n’ai jamais eu de problème avec lui, vous pouvez le lui demander aussi mais jamais de la vie, que ce soit Nico ou moi, on n’a parlé au coach pour que Joël ne joue pas. Il y a des choix qui sont là, il faut les respecter mais une fois encore, c’est la seule explication que je peux vous donner. Ce sont des gens qui ont écrit, peut-être que c’est à eux qu’il faut demander pour savoir où est-ce que Nico et moi, on était pour pouvoir demander au coach de ne pas le faire jouer.

Parlons maintenant des choses plus funs. Quel est l’attaquant qui vous a posé le plus de problèmes pendant votre carrière ?

Steve Savidan, l’attaquant français qui évoluait à Valenciennes à l’époque, qui a eu du mal après, avec son transfert à Monaco, ils lui ont décelé une anomalie cardiaque. Lui, c’était vraiment une peste quoi ! Il bougeait partout, c’est un mec qui n’était pas avare des efforts, il courait partout et après, il était petit de taille, un centre de gravité très bas. C’est un mec qui ne laissait pas les défenseurs jouer parce que moi, j’aime surtout avoir le ballon et non défendre et lui, quand j’avais le ballon, il n’y avait pas moyen de ressortir. Et on s’est revu dernièrement, au mois de mai à un séminaire à Dubai, on en a reparlé. C’est vrai que j’ai joué avec des grands attaquants mais vraiment, celui-là, c’est lui qui m’a marqué. C’est vrai qu’il n’était pas très connu mais je vous assure qu’il nous faisait passer de sales soirées, Adil Rami et moi.

Et s’il fallait améliorer quelque chose dans votre riche carrière, c’aurait été quoi ?

Moi, je pars du fait que j’ai tout donné dans ma carrière, je n’ai rien à améliorer, j’ai toujours fait les choix et je les ai assumés. Sans me vanter, j’ai gagné ce que beaucoup auraient aimé gagner dans leur carrière, je le leur souhaite en tout cas, ceux qui sont encore en activité mais améliorer quelque, non… Je n’ai pas de regret, le seul regret que je peux avoir, comme je le disais tout à l’heure, c’est la CAN que je n’ai pas pu remporter avec mon pays mais sinon que j’ai toujours tout donné quand je suis entré dans un terrain, j’ai toujours tout fait pour pouvoir remporter des titres. Aujourd’hui, quand je me retourne et que je regarde ce que j’ai gagné, je peux être fier de moi, sans me vanter.

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Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué ?

Je ne pourrais pas vous donner le nom d’un seul parce qu’un peu de partout, les entraîneurs que j’ai eus, j’ai toujours su en tirer quelque chose, même ceux qui m’ont le moins fait jouer. Je parle par exemple de Tudor qui m’a fait galérer à Galatasaray et à travers tout ce qu’il m’a fait faire… C’est vrai qu’au départ, j’étais fâché mais avec le recul, je me suis dit, il m’a peut-être montré que la vie n’est pas toujours rose, que vous pouvez donner le meilleur de vous-même mais si l’entraineur vous déteste, vous êtes obligé de faire avec, c’est ça la vie d’un footballeur. Avec tout le monde, j’ai pris un peu de tout. Avec Rudi Garcia, j’ai appris à m’amuser mais en étant strict ; avec Claude Puel, il fallait performer, même au moindre entrainement ; avec Mancini, j’ai appris beaucoup de sens tactique ; Prandelli, pareil ; Fatih Terim, c’était comme un papa pour nous. J’ai pris un peu de chacun, je ne dirais pas qu’il y a un seul qui m’a marqué. Après, celui qui m’a vraiment donné confiance, s’il faut sortir un seul, ce serait Rudi Garcia et Pascal Plan qu’on ne connait pas beaucoup, il est à Nîmes en ce moment. C’est celui-là qui m’a vraiment donné confiance et s’il faut sortir un, ce serait vraiment ces deux-là.

Est-ce que vous êtes toujours en contact avec ces entraineurs ?

Toujours ! Je suis toujours en contact avec eux, que ce soit Rudi Garcia, Claude Puel ou Pascal Plan, même avec Fatih Terim quand il a quitté Galatasaray. Mancini, récemment, je lui ai envoyé le message pour son titre de champion d’Europe (avec l’Italie), il m’a répondu en me disant qu’il était content d’avoir de mes nouvelles. J’ai toujours des relations avec eux, j’espère que je leur serai d’un autre apport, dans une autre vie par rapport à ce que je veux faire.

Quel est le regard que vous jetez sur l’équipe nationale du Cameroun actuelle ?

Disons que comme on est au Cameroun et que ce pays regorge beaucoup de talents, c’est dans la continuité de ce que la génération Rigobert Song, Patrick Mboma, Gérémi Njitap a montré. Il y a beaucoup de talents même s’ils ne jouent pas dans les grands clubs. Moi, ce que je dirais, c’est : laissons-les travailler parce que ce qui tue beaucoup les générations où les joueurs dans notre pays, ce sont les intrigues qu’il y a à côté et beaucoup de joueurs se perdent à vouloir rentrer dans ces intrigues. Si je peux me permettre de donner un conseil à mes petits frères, c’est de ne pas écouter ce qui se dit à gauche ou à droite, il y a une belle CAN qui arrive ici au pays, je pense qu’ils feront une belle prestation, je leur souhaite de gagner, je serai à fond derrière eux… En plus, ils seront au Cameroun, il y aura les fans clubs à gauche et à droite, il y aura de la concurrence, des intrigues, il ne faut pas qu’ils entrent dedans, il faut qu’ils se concentrent vraiment sur ce qu’ils savent faire sur le terrain. C’est une très belle génération, comme je disais, il y en a très peu qui jouent la Champions League mais ça ne veut pas dire que ceux qui ne la jouent pas ne sont pas performants. Il faut qu’on les laisse travailler et qu’on leur fasse confiance, ils auront une très belle CAN au Cameroun.

Avec l’effectif qu’on a, comparativement aux autres grandes nations africaines, voyez-vous le Cameroun capable de remporter cette CAN à domicile ?

Oui, parce que ce qui s’est passé en 2017, ce n’est pas un hasard. C’est vrai que quand ils partaient au Gabon, personne ne croyait en eux, certains rigolaient sur les réseaux sociaux, ils ont fermé beaucoup de bouches. Maintenant, avec la motivation supplémentaire venant du fait qu’ils seront au Cameroun, je pense qu’ils peuvent arriver jusqu’au bout et je pense qu’il faudrait juste qu’on les encourage, que le public soit vraiment derrière eux comme le 12ème homme comme on dit souvent. En tout cas, avec le travail, avec le sérieux qu’ils ont montré, je pense qu’ils pourront vraiment nous faire plaisir au soir de la finale de cette CAN.

Le Cameroun a acquis dans le cadre de cette CAN, beaucoup d’infrastructures sportives. Qu’est-ce que cela va apporter pour le développement du foot au Cameroun ?

Est-ce que ce sont les infrastructures qui développent le football au Cameroun ? Ça, c’est la question qu’il faut se poser. Je ne suis pas sûr. On a un championnat qui est fini en dents de scie, c’est aux dirigeants de s’en occuper. Pour ma part, c’est vrai, c’est bien d’avoir des infrastructures, encore que, ce que je dis, ça n’engage que moi, les infrastructures assez grandes à l’instar du Stade de Japoma qui est une très belle œuvre, il va se poser un problème d’entretien après la CAN. C’est déjà des questions qu’il faut se poser. Le fait qu’il y ait de nouvelles enceintes au Cameroun, ce serait bien que ça puisse servir pour le championnat camerounais, il faudrait qu’ils mettent un championnat en bonne et due forme comme dans tous les pays pour que les jeunes puissent montrer leur valeur pour pouvoir élever le niveau du championnat et puis les exporter vers l’extérieur parce que c’est ce dont on a besoin, ce n’est pas juste les infrastructures qui vont faire en sorte que le football camerounais revienne au premier plan en Afrique. C’est aussi l’organisation du championnat, c’est aussi le sérieux qu’on y met.

Quel a été votre coéquipier parfait durant votre carrière ?

J’ai eu la chance de jouer avec plusieurs et je vais vous sortir plusieurs noms. Je vais commencer par Marko Baša, défenseur central qui a remplacé Adil Rami quand il est parti. C’était un mec qui était vraiment calme avec qui, vous n’avez jamais de problème. Un faux lent, il était assez rapide mais il était faux lent parce qu’il était un peu nonchalant, un peu trop réservé, timide même, c’est quand on lui a donné le brassard qu’il parlait mais même jusque-là, ce n’était pas trop ça quoi ! Marko Baša, il me couvrait beaucoup quand je pouvais faire une erreur et puis, je pouvais aller au combat avec lui ; il y a Didier Drogba qui est vraiment un grand frère qui ne se prend pas pour un autre. Jusqu’aujourd’hui, quand j’ai besoin d’un conseil, je me tourne vers lui et il me répond. Il y a Grégory Tafforeau qui, à l’époque, quand je venais signer pro à Lille, était vraiment professionnel. Il n’avait pas une parole au-dessus de l’autre, même s’il avait 300 matches en Ligue 1, ce n’est pas le mec qui allait frustrer les jeunes, il donnait plutôt des conseils. Il y a Demba Ba, de par son professionnalisme, Gaël Clichy, pareil, un mec que je n’ai jamais vu dire qu’il est fatigué, même le lendemain des matches, c’est un mec volontiers qui va faire du 15-15. Il y a plusieurs joueurs, certainement, j’en oublie, j’ai plutôt eu la chance de jouer avec des grands joueurs qui étaient vraiment professionnels, j’espère avoir tiré quand même un peu de chacun d’eux.

Le Cameroun dispute en ce moment, les éliminatoires de la Coupe du Monde et lors de leur dernière sortie, les Lions ont perdu face à la Côte d’Ivoire à Abidjan. Est-ce que cette défaite n’a pas compromis les chances de qualification de votre pays ?

C’est vrai que ce sera assez difficile mais je tiens aussi à rappeler que le Cameroun avait gagné contre cette Côte d’Ivoire sur un triplé d’Achille Webo à l’époque (2005, NDLR) en Côte d’Ivoire… Pour ma part, c’est vrai que c’est une défaite qui fait très mal, il ne faut pas se mentir mais une fois encore, le problème, ce sera le même. Vous savez, quand vous portez le maillot de l’équipe nationale et que vous arrivez dans votre terrain, au Cameroun et que vous êtes hués par vos propres supporters, c’est assez difficile, ça, il faut se dire les vérités. Donc, il faudrait déjà que les supporters soient à fond dans leur état d’esprit, derrière leur équipe nationale. Si on a perdu en Côte d’Ivoire, on était en Côte d’Ivoire. Le Cameroun recevra la Côte d’Ivoire ici, quoi de mieux que de remettre les pendules à l’heure avec une victoire contre cette belle équipe ivoirienne. Donc, il faudrait que les joueurs prennent confiance en eux et puis, que le public soit derrière pour pouvoir les aider à remettre les pendules à l’heure. Moi, je pense que ça peut le faire.

La prochaine sortie, c’est cette double confrontation face au Mozambique, les joueurs commencent à arriver à Douala, est-ce face aux mozambicains, vous voyez la tâche plus facile pour les Lions ?

Non, il n’y a aucun match qui est facile parce qu’en Afrique, les équipes sont en train de se niveler. Le piège, ce serait justement de se dire que c’est le Mozambique, on va jouer tranquillement et ça va passer, pas du tout ! Il faut le jouer à fond, il faut surtout sortir de là, minimum avec quatre points parce que de l’autre côté, la Côte d’Ivoire ne fera pas le plein contre le Malawi. Ayant quatre points là-bas et en recevant la Côte d’Ivoire ici, je pense qu’on sera très bien. Ce serait un piège de dire que comme le Mozambique est moins prestigieux que la Côte d’Ivoire, en faisant moins d’effort, ça va aller. Comme je dis, en Afrique, qui parlait du Cap Vert il y a dix ans ? Il faudrait prendre cette équipe mozambicaine au sérieux et faire le maximum de points  pour pouvoir continuer à vivre dans ces éliminatoires.

Généralement, les joueurs, quand ils rentrent sur un terrain, ils ont de petits rituels qui leur portent chance, est-ce que vous en aviez-vous aussi ?

Bien sûr ! J’avais ma petite prière que je faisais en Espagnol, je l’ai depuis mes débuts en Espagne parce qu’en Espagne, il faut savoir qu’on avait le cours de catéchèse et cette petite prière, ma prof me l’avait donnée à l’époque. Tous les matches que j’ai joués dans ma vie, j’ai toujours fait cette petite prière et à la fin, je faisais des bisous sur les tatouages que j’avais à savoir ma mère et tous mes enfants pour que ça me porte chance et sur mes protège-tibias également.

Vous êtes presque sorti des terrains, ça se voit, quels sont vos projets sur lesquels vous travaillez ?

Bien sûr que j’ai plusieurs projets, il y a plusieurs personnes en Europe qui aimeraient qu’on travaille ensemble, là, je suis dans la création de ma boite pour le consulting des joueurs, pour l’accompagnement, pour le scouting, tout ça, pour accompagner les joueurs dans leur développement. Et dans ce sens pour moi, c’est un peu donner au football ce que le football m’a donné, aider mes jeunes frères aussi, que ce soit ici ou en Europe à pouvoir éviter les erreurs que nous les ainés, on a faites et après, je suis en train de faire une formation avec l’UEFA qui s’appelle le MIP pour être directeur sportif ou Team Manager plus tard. J’espère que je l’aurai parce que ça s’annonce assez difficile, avec le travail, on atteint ses objectifs. Pour ce qui est d’autres projets, j’ai des amis qui voudraient qu’on crée une boite de management, ça suivra tout naturellement ce que j’ai envie de faire. Pour le moment, c’est tout ce que je peux vous dire et après, quand ça sera plus clair, volontiers, si vous le voulez, je vous en parlerai plus profondément.

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Un mot de fin ?

Je dirais déjà merci à Africafootunited pour l’invitation, revenez quand vous voulez. Et puis, à tous mes frères camerounais, la CAN arrive, j’espère vraiment qu’au soir de la finale, on sera tous heureux. Mais pour cela, il faudra qu’ils encouragent l’équipe nationale, laissons les intrigues de côté parce que ça ne sert à rien, c’est vrai que ça fait beaucoup taper les commentaires comme on dit au quartier mais que ce soit dans le positif et qu’on puisse aider nos jeunes frères à atteindre cet objectif, celui de gagner la CAN au Cameroun.

Vous confirmez également que vous serez avec AFU pendant la CAN ?

Bien sûr, si vous faites appel à moi, il n’y a pas de problème, c’est quand vous voulez.

Merci beaucoup Aurélien

C’est moi qui vous remercie !