Abdeslam Ouaddou Abdeslam OUADDOU - 27.01.2008 - Ghana / Maroc - Coupe d'Afrique des Nations 2008 - Ghana Photo

Exclu- Abdeslam Ouaddou : »Le football m’a construit en tant qu’homme et citoyen du monde. »

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Ancien capitaine d’une sélection marocaine qui a laminé le Bénin en 2004, Abdeslam Ouaddou est sous peu sur la terre béninoise, comme Manager à l’anglaise de l’actuel club champion du Bénin, ESAE FC. A l’issue de sa carrière en club et en sélection nationale, il a entamé sa reconversion en faisant ses preuves sur le terrain. Après un stage auprès Djamel Belmadi, il vole prochainement des ses propres ailes, d’où sa présence au Bénin. Dans une interview accordée à Africa Foot United, l’homme est revenu sur sa carrière, ses choix, son attachement à Djamel Belmadi, ses bons et mauvais moments, et sa lutte contre le racisme.

Il n’y a pas vraiment de groupe de la Mort, en parlant des poules de la CAN 2021

Rencontré quelques jours après les tirages au sort de la CAN 2021, Ouaddou a donné son avis sur l’équipe marocaine et sur son groupe à la CAN. Malgré sa retraite, il a toujours un regard sur cette équipe marocaine qui regorge d’assez de potentialité, mais qui manque de caractère nous dira-t-il. « Je trouve que ce sont des groupes très équilibrés en général, il n’y a pas vraiment un groupe de la mort comme on a l’habitude de voir. Le Maroc est en construction depuis le départ d’Hervé renard. Vahid Halilhodzic est un sélectionneur expérimenté qui arrivera à construire une belle équipe si on le laisse travailler. Mais vous savez très bien que chez nous sur notre continent, ce sont les résultats du moment qui priment et non une vision à long terme. Certains pays commencent à comprendre la notion de projet à court, moyen, et long terme. On (Maroc) a une équipe jeune et talentueuse qui peut avoir le même profil que l’Algérie si on laisse travailler ce groupe pour l’amener à maturation ».

Le Maroc manque de caractère

L’actuel effectif du Maroc est certes talentueux et capable de rivaliser avec n’importe quelle sélection africaine, mais a toujours eu du mal à s’imposer sur le plan continental.  Selon Ouaddou, elle manque « Du caractère comme l’équipe d’Algérie. Et croyez-moi j’étais au sein des deux équipes une foi en tant que joueur en équipe nationale du Maroc et en tant que technicien avec l’Algérie et je peux vous dire qu’au-delà de la qualité individuelle des joueurs algériens, j’ai vu rarement des joueurs et entraîneurs aussi déterminés avant pendant et après un match. Ce sont des commandos jusqu’au cuisinier qui les accompagne en passant par le chargé des équipements et le manager. Ils dégagent une force et solidarité incroyable dès lors qu’ils enfilent la tenue verte. Ils me font penser aux mangas qui se transforment avant des combats en décuplant leur énergie. En mode Dragon Ball Z.  Nous au Maroc, on est encore parfois des Sangoku. C’est une métaphore, mais c’est un peu ça. Le Maroc a vraiment des joueurs incroyables sur le continent, très forts mais nous avons un problème mental qui dure face à l’adversité. Si nous arrivons à évoluer dans nos gestions émotionnelles, nous pouvons déplacer des montagnes.»

Maroc d’avant, Maroc d’aujourd’hui, deux choses différentes

Finaliste en 2004 avec le Maroc, Ouaddou n’a pas voulu faire la comparaison générationnelle. « Oh je n’aime pas trop comparer les époques puisque la société évolue.  Ce que je peux dire est qu’aujourd’hui il y a une fédération qui a beaucoup plus de ressources financières qu’à mon époque. Nous on voyageait par exemple en avion militaire dans un C130. Je me rappelle avoir fait un voyage pour jouer au Malawi, avec différentes escales : Rabat, Bamako, Libreville, et Lilongwe. On a passé pratiquement 20h dans le ciel. On est arrivé la veille du match. Sans compter des terrains parfois même pas aux normes. Aujourd’hui il y a une vraie évolution dans le cahier des charges et notamment des infrastructures.  Mais en termes de moyens humains, le Maroc compte un vrai réservoir surtout en Europe car la formation locale est une catastrophe et un échec total depuis des années. La preuve, l’équipe est composée à 95% de joueurs formés en France. »

Dans la carrière d’un joueur, il y a toujours des hauts, des bas, de bons et des meilleurs souvenirs. Ouaddou n’a pas aussi manqué de nous faire un retour en arrière dans sa longue carrière pour évoquer ses choix et surtout un acte de bravoure contre le racisme.

 Des regrets pour la CAN 2004

ouaddou 2 Exclu- Abdeslam Ouaddou :"Le football m'a construit en tant qu'homme et citoyen du monde. »

Tunisie / Maroc – Finale de la coupe d’Afrique des Nations

 

« Peut-être de ne pas avoir remporté la Can 2004 nous en avions la possibilité. À part ça, je remercie notre créateur pour m’avoir donné la chance de devenir professionnel pour vivre des émotions exceptionnelles que seul le football peut vous procurer. Le football professionnel, grâce à ma carrière de joueur, m’a aussi permis puisque issus d’une famille pauvre, d’être à l’abri financièrement. Tous les projets dans lesquels je me lance aujourd’hui sont avant tout une question d’hommes ou femmes avec qui je le fais, basés sur des valeurs d’intégrité honnêteté, du projet en lui-même et non des considérations pécuniaires.  Le football m’a construit en tant qu’homme et citoyen du monde. »

Je n’ai jamais eu d’agent

Sur ses choix de carrière, en toute fierté, il affirme ne rien regretter, car il s’occupait lui-même des négociations de ses transferts. « Tous les choix faits ont été strictement mes choix, je n’ai jamais eu d’agent, je négociais mes contrats seul.  La seule chose que j’aurais changé est d’avoir accepté le projet du Mouloudia d’Oujda qui était un vrai traquenard. Les joueurs et mon staff n’étaient pas payés, je payais de ma poche le bus de déplacement, les salaires des kinés, les examens médicaux des joueurs. Le président, après ma signature, s’est volatilisé et ne répondait plus au téléphone.  Au-delà de ça, ce sont des clubs endettés sans aucune vision. Et ce qui m’a le plus choquée et vraiment mise hors de moi est le traitement parfois inhumain que l’on fait à certains joueurs subsahariens.  À Oujda par exemple l’international guinéen Demba Camara que j’avais recruté et qui a terminé meilleur buteur du club avec 10 réalisations m’a appelé un jour pour me dire que le Président du club avait donné ordre de le virer de l’hôtel alors que cela faisait 3 mois qu’il n’avait pas reçu de salaire.  Voilà un peu les mauvais côtés du football lorsqu’il est géré par des gens sans scrupules. »

Un apprentissage en Algérie …

« Tout d’abord parce que le Maroc n’a pas répondu à mes différentes demandes qui sont restés lettres mortes »

Marocain d’origine, il a fait ses classes de coach aux côtés de Belmadi, le sélectionneur des Fennecs. Pourquoi ce choix ? Ouaddou répond : « Tout d’abord parce que le Maroc n’a pas répondu à mes différentes demandes qui sont restés lettres mortes, ce qui m’a poussé à trouver des alternatives, en discutant avec Belmadi qui m’est très proche puisque nous avons évolué ensemble à Valenciennes et ce fut mon entraîneur également à Lekhwiya au Qatar ; lui et son président m’ont ouvert les portes de la sélection. Je devrais être encore avec eux mais le projet du Bénin m’a séduit et mon grand frère Belmadi m’à encouragé à accepter. Je suis très reconnaissant envers la FAF et l’Algérie et je suis devenu un membre de leur famille et algérien de cœur. Le sport peut parfois briser les frontières et j’espère un jour voir de nouveau des colombes de paix et d’amour entre ces deux grands pays d’Afrique du Nord que j’aime beaucoup avec la France, mon deuxième pays qui m’a construit et dont je suis reconnaissant. J’ai maintenant un quatrième pays adoptif qui est le Bénin »

Aux côtés de Djamel Belmadi …

« Droit, honnête, humble, travailleur, généreux, minutieux et perfectionniste, très intelligent et amoureux du football, ce sont autant de qualificatifs dont-il couvre Belmadi. Il n’y a rien d’autre dans sa vie outre bien évidemment sa famille et ses proches. Il est capable de vous donner le nom d’un joueur d’une équipe du Botswana par exemple ou des îles Féroé. Non vraiment je vous parlais de Jimmy tout à l’heure, il fait partie des 5 soldats que je compte dans ma vie à par ma famille bien évidemment.»

Partisan du football sans racisme

Cultivant des valeurs humaines, et grand artisan de football sans frontière, Abdeslam Ouaddou est partisan du football sans frontière et il l’a fait savoir à travers un geste classe lorsqu’il évoluait à Valenciennes. Quelques années après, il revient sur cet incident qui a changé le cours de la vie des footballeurs victimes du racisme.

« Et quand on se retrouve à être comparé à un singe, à subir des cris de singe, sale noir, sale négro, ce ne sont pas des choses qu’on souhaite entendre sur un terrain de football, ni ailleurs d’ailleurs.« 

« Cette période-là, est une période douloureuse pour les joueurs et pour l’homme, puisque j’étais touché dans ma chair ce soir-là en tant qu’être humain. Je crois qu’on est là pour donner du plaisir aux gens, pour faire notre métier avec passion. Et quand on se retrouve à être comparé à un singe, à subir des cris de singe, sale noir, sale négro, ce ne sont pas des choses qu’on souhaite entendre sur un terrain de football, ni ailleurs d’ailleurs. Je crois que le football est un vecteur de liens sociaux. Le football est l’un des sports, un métier qui peut réunir des nationalités, des ethnies, des religions. Le football casse les frontières. Et malheureusement dans les stades, on s’aperçoit de ces genres de comportements. »

La fierté d’avoir commis un acte de grande valeur et un cri de cœur

OUADDOU 3 Exclu- Abdeslam Ouaddou :"Le football m'a construit en tant qu'homme et citoyen du monde. »

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« Je suis fier d’avoir dénoncé ça, car depuis cet épisode là, les joueurs ont eu les langues qui se délient pour dénoncer cet acte ignoble. Avant, lorsqu’on subissait ces genres d’ignominie, les joueurs étaient réservés parce qu’ils avaient peur des répercussions. Je crois que j’ai brisé cette glace, et derrière, il y a plusieurs joueurs qui ont commencé par dénoncer cela. Je crois que la FIFA doit prendre des grandes mesures, de se pencher sur ce problème, et c’est un problème récurrent, un problème anti-sportif qui n’a pas lieu d’exister. Toutes les institutions qui gèrent le football doivent prendre des décisions parce qu’il y a des décisions à prendre et il savent très bien les prendre quand il le faut. Je vous donne un exemple, quand la super ligue a été créée, il y a eu un élan de solidarité autour de la champions league. On voit que comme ça a commencé par toucher aux portemonnaies, les instances se réveillent. Le racisme est une gangrène pour le football mondial et la FIFA doit sincèrement et rapidement se pencher là-dessus pour prendre des décisions rapides et fortes. Ce geste me restera coller jusqu’à la fin de ma vie. Et quand je pourrai dénoncer ce fléau, je le ferai. »

Pour terminer « Je remercie les béninois et béninoises pour leur accueil chaleureux, leurs valeurs humaines.  Je ne m’attendais pas à ce bel accueil après mon but contre le Bénin en 2004 », dit-il tout en souriant.