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Côte d’Ivoire – Ligue 1 : Africa Sports, une descente aux enfers sans précédent

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L’Africa Sports d’Abidjan fait face à l’un des pires moments de son histoire. Le club Vert et Rouge est relégué en deuxième division au terme de la saison régulière du championnat ivoirien. Une première dans l’histoire du club plongé dans une crise sans issue depuis des mois. La faute à un bicéphalisme né du processus électoral de la Fédération Ivoirienne de Football.

Elections à la FIF, la pomme de discorde

En plein processus électoral pour le renouvellement du bureau exécutif de la Fédération Ivoirienne de Football, l’Africa Sports d’Abidjan devrait apporter son soutien à un candidat. Le président en exercice du club, Alexis Vagba, a opté pour la candidature de Sory Diabaté. Ce qui ne reçoit pas l’adhésion des Membres Associés Mobilisés (MAM) du club, rangés derrière la candidature de Didier Drogba. Une divergence d’opinion qui a conduit à la demande d’une élection anticipée au sein du club des Aiglons. Les MAM ont exigé la tenue d’une Assemblée Générale élective pour élire un nouveau président qui épouse leur position. Dans la foulée, le premier vice-président du club, Antoine Bahi, s’auto-proclame président. Il sera même soutenu par la Fédération Ivoirienne de Football qui lui confie officiellement la gestion du club. Ceci après une rencontre avec les camps dissidents. Se réclamant légitime, Alexis Vagba n’a pas voulu céder. Ce qui laisse place à un bicéphalisme à la tête du club.

Un protocole de cogestion hypothétique

Après plusieurs mois de remous, Alexis Vagba et Antoine Bahi sont parvenus à un accord sous la conduite de la Fédération Ivoirienne de Football. Les deux hommes qui se disputaient la présidence du club se sont engagés à cogérer la formation jusqu’à la prochaine Assemblée générale élective. Ceci à travers un protocole d’accord transactionnel signé le 22 août 2019. Selon le protocole, « la présidence du bureau exécutif sera assumée par Alexis Vagba, et Antoine Bailly, quant à lui, assurera la présidence déléguée de la section football du club ». Le protocole prévoit que « les décisions seront prises de façon collective par Alexis Vagba et  Antoine Bailly, chacune des parties devant associer l’autre dans la prise de décisions » au sujet du club. La fin de cette gestion transitoire devrait être marquée par une Assemblée générale élective au plus tard le 31 juillet 2020, précédée par une Assemblée générale extraordinaire destinée à réviser de façon consensuelle les textes régissant le club.

Un club, deux staffs techniques différents

C’est peut-être l’une des gouttes d’eau de trop ayant fait déborder le vase. A la signature du protocole de cogestion, les deux parties ont pris des engagements précis. L’un d’eux concernait la gestion technique du club. En effet, elles s’interdisent « de procéder à un recrutement séparé des joueurs, des membres de l’encadrement et de tout autre personnel, décidant « de fusionner les équipes constituées de joueurs recrutés séparément lors de la crise pour en faire une et seule équipe ». Sauf que, quelques mois après, cette entente a été foulée au pied. Juste avant le début de la saison, le bicéphalisme s’est confirmé. Pendant qu’un groupe de joueurs s’entraînait sous la coordination d’Antoine Bahi, un autre s’est formé du côté d’Alexis Vagba. Deux effectifs qui se préparent différemment pour représenter le même club, Africa Sports. Pour permettre au club de participer au championnat, le Comité de Normalisation de la FIF est parvenu à un accord entre les deux pour une fusion des effectifs. Peine perdue !

Dans la pratique, les deux effectifs se préparent séparément et chaque entraîneur envoie son effectif retenu pour en constituer l’équipe du jour. Conséquence, l’Africa Sports n’a jamais su s’en sortir sur le terrain, avec une série de défaites et de matchs nuls pour juste deux petites victoires en 14 journées.

Des joueurs privés de salaires

Plongé dans une crise institutionnelle, l’Africa Sports s’est vu privé des subventions au titre des droits TV par le Comité de Normalisation. La faute au bicéphalisme qui y prévaut. Les joueurs sont les premières victimes de cette bataille entre deux éléphants. Après des jours de grève, les Aiglons ont décidé de poser un acte fort en s’exprimant publiquement. Ceci à l’occasion d’une rencontre du championnat le 24 avril 2021. Au Stade Robert Champroux, les joueurs de l’Africa Sports d’Abidjan ont brandi une banderole pour réclamer leur subvention au Comité de normalisation de la Fédération ivoirienne de Football (FIF). « CONOR on veut notre argent, normalisation, on a faim », pouvait-on lire sur le bout de banderole tenu de part et d’autre par des joueurs du club. Une situation face à laquelle n’a pas manqué de réagir le CN-FIF.

Une administration provisoire pour mettre fin à la crise

Face à l’urgence, le Comité de Normalisation de la Fédération Ivoirienne de Football a tenté une série de médiation sans succès. La solution finalement trouvée est la mise sous normalisation du club Oyé. « Le comité de normalisation (CN-FIF) informe les clubs, la presse et le public sportif qu’il a procédé à la nomination d’un comité de normalisation relative à l’Africa Sport à compter de ce jour (NDLR mardi 27 avril 2021). », a annoncé l’instance dans un communiqué. « Cette décision résulte du fait que l’Africa Sports est en proie à une grave crise interne et à des difficultés liées à sa gouvernance. Dans l’attente de la nomination des membres du comité de normalisation, Monsieur Assemien Kassi Secrétaire général, assurera la gestion de la participation de l’Africa Sports au championnat  »Lonaci Ligue 1 », saison 2020-2021 », a poursuivi le communiqué. Finalement, c’est Yves Zogbo Junior qui sera nommé à la tête du bureau transitoire du club.

Une relégation qui fera tache d’huile

C’est le bouquet final d’une saison cauchemardesque pour les Vert et Rouge. Le bicéphalisme a fini par asphyxier un club longtemps présent dans le gotha continental. Six nuls, quatre défaites pour seulement deux victoires. Le bilan est lamentable pour l’Africa Sports qui termine avant-dernier de la poule A de la saison régulière du championnat. Ceci malgré une victoire 2-1 face à l’AFAD. Trop tard, l’Africa Sports est déjà dans le dur.
En 74 ans d’existence, les Aiglons vont connaître une descente aux enfers inédite. Une relégation historique en deuxième division, une première de toute l’histoire du club. C’est aussi la disparition progressive de la rivalité et du classique du football ivoirien avec l’ASEC Mimosas qui est ainsi entérinée. L’Africa Sports, c’est la chute d’un monument en péril depuis plusieurs années, malgré une histoire riche en trophées.

17 fois champion de Côte d’Ivoire et vainqueur de la Coupe nationale à 21 reprises, deux fois vainqueur de la Coupe d’Afrique des vainqueurs de Coupes (1992, 1999), vainqueur de la Supercoupe d’Afrique (1993) et finaliste de la C1 africaine en 1986. L’Africa Sports, c’est une histoire. Son dernier titre, une Coupe nationale, avait été conquis en 2017. En Championnat, il faut remonter à 2011 pour voir le club être sacré champion de Côte d’Ivoire.