CAN 2022 – Drame d’Olembe : La CAF rattrapée par sa complaisance

L’incident qui a fait au moins 8 morts lundi dernier au stade d’Olembe vient mettre au gout du jour certains manquements au niveau organisationnel. Des failles imputables à l’indulgence de la Confédération Africaine de Football.

Avatar de Joseph Essama (Cameroun) Par 29/01/2022 - 00:37
CAN 2022 – Drame d’Olembe : La CAF rattrapée par sa complaisance

Les familles des victimes n’ont pas encore fait le deuil. Au quartier Nkolndom à Yaoundé, maman Berthe 70 ans est inconsolable depuis la disparition de son petit-fils. Le jeune de 13 ans est allé supporter les Lions indomptables du Cameroun face au Comores en huitième de finale. Avec plusieurs autres personnes, il a trouvé la mort au cours de la bousculade.

Au lendemain de ce drame, Patrice Motsepe, le président de la Confédération africaine de football a, au cours d’une conférence de presse, rejeté la faute au comité local d’organisation qui est chargé selon lui de l’aspect sécuritaire. « Je voudrais porter à votre attention qu’il y a des accords juridiques qui ont été passés entre la CAF et le Gouvernement pour l’organisation de cette compétition… D’un point de vue juridique, nous savons que le comité local est responsable de la sécurité dans les stades de la CAN », a martelé le président de l’instance.

Sauf que depuis le début de la compétition, des failles ont été constatées au niveau sécuritaire sans que la CAF ne rappelle le comité d’organisation, qui est sous sa supervision, à l’ordre. « Il n’y a que lors du match d’ouverture qu’on s’est vraiment senti en sécurité à l’entrée du stade. Il y a avait une première haie qui contrôlait les billets à une bonne distance et un deuxième contrôle se passait à l’entrée même du stade. Cela permettait de filtrer ceux qui n’avaient pas les billets à distance et cela faisait que l’entrée du stade ne soit pas saturée. Mais lors des autres matchs, il n’y avait que le contrôle de l’entrée du stade. Ce qui faisait qu’on se retrouve avec des milliers de personnes à la fois à l’entrée du stade. Certains sautaient même par-dessus la barrière », affirme, Alexandre Meba, un supporter des Lions indomptables.

Pendant le match, le comité d’organisation ne s’est pas soucié de déblayer une voie qui pouvait servir d’évacuer des personnes en cas d’incident. Les conséquences de ce manque de prévisions sont sans appel. Une des victimes est décédée dans un véhicule à cause des routes barrées. « Mon frère est arrivé au bon moment, puisque lui-même il était au stade, il a pris l’enfant encore vivant dans sa voiture, il voulait l’amener à la clinique Le Jourdain, mais il n’y avait pas moyen de sortir. Toutes les routes étaient bloquées. L’enfant est mort dans la voiture », témoigne l’oncle du défunt. Une mesure sécuritaire de cet ordre devait pourtant être exigée par la CAF pour prévenir tout incident.
A cela, il faut ajouter que le stade d’Olembe, 60 000 ne dispose pas d’un hôpital proche avec un plateau technique capable de prendre en charge des joueurs ou des spectateurs victimes de malaise. L’hôpital de Messa Assi qui est le plus proche du stade est en manque d’équipements et exigu. Il faut faire le pourtour des quartiers Etoudi Olembe et Etoudi, et se préparer à faire face aux embouteillages du quartier Ngousso pour rallier le premier hôpital digne de ce nom.

« Au cas où cela n’existerait pas, la CAF doit exiger que tous les stades qui accueillent les compétitions aient à proximité des infrastructures sanitaires capables de prendre en charge des spectateurs ou des joueurs en cas de problèmes », soutient Theodore Mbassi, chercheur à l’université de Douala.
Quel que soit l’angle par lequel on aborde ce sujet, il est difficile d’exclure la responsabilité de la CAF, principal organisateur de la CAN, dans le drame qui a emporté 8 Camerounais.

Le collectif d’avocat camerounais dirigé par Me Edward Lyonga du cabinet Legend Law Offices, qui s’est constitué pour défendre les victimes évoque la pleine responsabilité de la CAF dans ce drame. « Nous tenons à déclarer que nous trouvons la déclaration… du président de la CAF déplacée car le comité d’organisation local est sous le contrôle de la CAF. En fait, la CAF est l’organisateur de cette compétition et nous trouvons embarrassant pour la CAF de décliner la responsabilité de la mort des supporters de football venus assister au match », précise une lettre du comité de défense des victimes adressée à Patrice Motsepe.

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Passionné de journalisme, je travaille depuis près de 8 ans comme journaliste au Cameroun. J'ai servi en tant que journaliste politique dans plusieurs rédactions au Cameroun, avant de me reconvertir en économie puis au sport. Je suis membre de l'association des reporters sportifs du Cameroun (RSC). J'ai également collaboré avec plusieurs sites sportifs Camerounais.
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