CAN-2019: Nicolas Dupuis, l’homme à tout faire de l’équipe de Madagascar

CAN-2019: Nicolas Dupuis, l’homme à tout faire de l’équipe de Madagascar

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 Il a réalisé l’exploit de qualifier pour la premièrefois l’équipe malgache de football pour la CAN. Mais son rôle ne se limite pas à entraîner les Barea, pour mener sa mission à Madagascar, le Français Nicolas Dupuis doit lutter contre le clientélisme et le manque de moyens.

« Je n’ai pas voulu prendre un poste et juste être payé.J’ai dit qu’on allait travailler avec sérieux et rigueur »pour décrocher une qualification, explique-t-il à l’AFP. Et la ténacité de Nicolas Dupuis a payé, deux ans et demi après avoir rejoint les Barea(zébu en dialectelocal). En octobre, l’équipe malgache a décroché pour la première fois de son histoire son billet pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN)après avoir battu la Guinée équatoriale(1-0).

Elle s’est même offert le luxe de devenir la première sélection à se qualifier pour le tournoi…après dix-huit tentatives infructueuses. Il y a encore quelques mois, la mission s’annonçait presque impossible pour Nicolas Dupuis,arrivé à Madagascar après vingt années passées sur le banc du club français d’Yzeure(de 1996 à 2016), qu’il a fait grimper de Division d’honneur régionale (alors 8e niveau)auNational (3e niveau français).

Le premier problème à Madagascar est »qu’on ne fait pas jouer les meilleurs »dans l’équipe nationale,explique avec franchise le Français.

Car à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres et corrompus au monde, le clientélisme s’immisce dans tous les domaines, y compris le sport. « J’ai fait comprendre au comité exécutif de la  fédération malgache du football qu’il n’a plus son mot à dire dans la sélection des joueurs », raconte avec fierté Nicolas Dupuis. « On ne choisit pas les joueurs parce que c’est un cousin de la cousine du copain de quelqu’un.

 » Il en veut encore pour preuve le prochain match des Barea dimanche contre le Soudan, dans le cadre des éliminatoires de la CAN-2019.

Un accord conclu avec la fédération malgache prévoyait d’engager dix joueurs expatriés et dix joueurs locaux. Mais Nicolas Dupuis ne l’entend pas de lasorte. « Ils nele savent pas, mais il y a 16 joueurs expatriés qui sont là, qu’on a fait venir avec nos propres moyens »,confie-t-il à l’AFP à quelques jours dumatch, bien décidé à donner ses meilleures chances aux Barea.

Car l’une des recettes de Nicolas Dupuis est de faire jouer des binationaux comme Jérémy Morel de l’Olympique lyonnais , ou encore Thomas Fontaine et Romain Metanire du Stade de Reims. 

 En 2016, le président de la Fédération malgache de football(FMF), Ahmad Ahmad – qui a depuis été nommé à la tête de la CAF – appelle Nicolas Dupuis à la rescousse. Bonne pioche. « Je ne voulais pas aller enAfrique, mais quand Madagascar m’a appelé, j’ai pris ma décision en deux jours », se rappelle le Français de 50 ans à la barbe poivre et sel.

« L’accueil a été énorme. Quand je passe dans la rue, les gens me saluent, me remercient. » L’aventure s’avère cependant très sportive,et pas seulementsur leterrain. Carau quotidien, le natif de Moulins, dont lecontrat n’atoujours pasété finalisé, se heurte à de très faibles moyens. Les Barea n’ont même pas de quoi s’équiper correctement en maillots et chaussures.

Alors Nicolas Dupuis négocie lui-même des partenariats. « Si je m’arrête à mon rôle d’entraîneur, on n’avancera pas », souligne-t-il, pour justifier son intervention au-delà du terrain. « Si je ne pars pas chez un partenaire privé, personne n’ira. Mais moi tout seul, je ne peux pas tout faire, (…). Il y a aussi les joueurs qui sont à fond derrière moi. »

Le tandem entre l’entraîneur et le capitaine FanevaIma Andriatsima fonctionne très bien aussi dans ce domaine. « On n’avait pas d’équipement, comme des maillots dignes de ce nom, mais nous avons autofinancé tout ça »,explique Nicolas Dupuis. Le capitaine malgache, qui évolue à Clermont-Ferrand (Ligue 2),a vendu quelque 600 maillots de l’équipe nationale de la GrandeIle. De quoi récolter 6.600 euros de bénéfice pour les Barea.

« Les joueurs africains expatriés gagnent 2.000 euros lorsqu’ils sont appelés à jouer pour leur équipe nationale, nous on ne demande pas ça, on veut juste du matériel aux normes », insiste FanevaIma Andriatsima.

Les primes des joueurs malgaches pour leur qualification pour la CAN n’ont d’ailleurs toujours pas été versées. Et Nicolas Dupuis se bat aussi dans ce domaine.

Récemment, il a eu d’autres sueurs froides à cause d’une crise au sein de la FMF liée à l’élection de son nouveau président. « On a eu peur que la Fifa suspende la fédération et qu’on ne puisse pas participer à la CAN-2019 ». Plus de peur que de mal finalement,après la récente nomination par la Fifa d’un comité de normalisation,au plus grand soulagement de l’entraîneur.