Cameroun : les « beaux stades » ne cachent plus le déficit énergétique du pays 

Une panne d’électricité a imposé un arrêt d’environ 10 minutes lors du match qui a opposé le 25 mars dernier,  les Lions indomptables du Cameroun  aux Fennecs d’Algérie, (1-0), une  situation qui dévoile une réalité encore plus triste.

Avatar de Joseph Essama (Cameroun) Par 28/03/2022 - 03:07
Cameroun : les « beaux stades » ne cachent plus le déficit énergétique du pays 

La rencontre opposant le Cameroun à l’Algérie et comptant pour le match aller de la phase des barrages pour la Coupe du monde Qatar 2022, a mis plus de temps que prévu. La rencontre qui se disputait au stade de Japoma,  a connu au moins 10 minutes de temps supplémentaires. Une panne d’électricité d’une partie des projecteurs du stade a imposé l’arrêt du match. Cette panne d’électricité est survenue quelques minutes après l’ouverture du score d’Islam Slimani en faveur de l’Algérie.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les stades camerounais livrent ce genre d’insolites lors d’un match de football international. Pendant le Championnat D’Afrique des Nations (Chan) 2021, le début du second match de la poule D  entre le Rwanda et l’Ouganda au stade de la Réunification de Douala, avait été perturbé par une courte panne d’électricité. La rencontre avait démarré avec 7 minutes de retard (20h07min). L’incident avait duré près d’une dizaine de minutes laissant la pelouse et les gradins dans le noir.

Cette situation n’est que la face visible d’une réalité bien plus alarmante. Depuis la fin de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Cameroun, le pays traverse une crise énergétique sans précédent. Dans pratiquement toutes les principales villes du Cameroun, des quartiers entiers sont sans électricité durant des heures, ou alors toute la journée. La situation est encore plus préoccupante dans les zones rurales, apprend-on de sources variées. Une situation qui a obligé le gouvernement à ordonner  le rationnement des entreprises « énergivores », pour permettre l’approvisionnement des ménages du pays.

Dans une correspondance du 8 mars 2022, adressée au directeur général d’Eneo, le concessionnaire du service public de l’électricité au Cameroun, le ministre de l’Eau et de l’Énergie du pays indiquait « J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il apparaît un déficit à la pointe dans le RIS (réseau interconnecté Sud qui englobe six régions sur 10, NDLR) de 30 MW et de 16 MW dans le RIN (Réseau interconnecté Nord qui englobe les trois régions septentrionales, NDLR), qui aura comme conséquence un rationnement important des milliers de ménages. Aussi, vous voudrez bien instruire, dès ce 8 mars 2022, vos services techniques compétents de procéder à des délestages quotidiens des industriels énergivores de la ville de Douala et environs, à hauteur de 30 MW, afin d’éviter le rationnement des ménages… », écrivait le ministre Gaston Eloundou Essomba.

De sources autorisées, le barrage de Memve’ele (région du Sud), qui ne débitait jusqu’ici qu’environ 90 MW sur les 211 MW attendus depuis bientôt 5 ans, a vu sa production chuter de façon drastique (35 MW), en raison des contraintes hydrologiques consécutives à la rudesse de la saison sèche.

Dans le même temps, les groupes de la centrale à gaz de Kribi, dans la région du Sud, ne produisent plus qu’environ 160 MW d’électricité, sur des capacités installées de 216 MW extensibles à 330 MW. A l’origine de la baisse de production d’environ 56 MW dans cette centrale se trouvent les travaux de maintenance des équipements.

A côté de cela, la région septentrionale  du pays  vit depuis fin 2020 une situation de déficit énergétique, dû à la mauvaise hydrologie dans le bassin de la Bénoué. Ce qui impose un surcoût en fuel est estimé à 3 milliards de FCFA mensuel, une facture additionnelle que le concessionnaire d’électricité est désormais incapable de supporter et ne cesse de tendre la main à un Etat lui-même coincé.

Ces délestages mettent à rude épreuve les activités des Petites et moyennes entreprises (Pme) du pays et impose une chute de la production des grandes entreprises.

Face à tous cela l’Etat fait le perroquet. Le ministre de l’Eau et de l’Energie du pays annonce depuis 2020 des mesures à court et à long terme pour résorber le déficit énergétique. Seulement, deux après, l’Etat peine à résoudre le problème de l’électricité au Cameroun.

Au sein de l’opinion, les observateurs continuent de s’interroger. A quoi auront donc servi tous ces milliers de milliards engloutis pour construire les stades et organiser la CAN, si le pays est incapable d’alimenter ces stades en énergie électrique et surtout si les populations continuent d’être privées des biens sociaux élémentaires ?

 

 

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Passionné de journalisme, je travaille depuis près de 8 ans comme journaliste au Cameroun. J'ai servi en tant que journaliste politique dans plusieurs rédactions au Cameroun, avant de me reconvertir en économie puis au sport. Je suis membre de l'association des reporters sportifs du Cameroun (RSC). J'ai également collaboré avec plusieurs sites sportifs Camerounais.
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