CAMEROUN : ANAFOOT, UNE MACHINE A FABRIQUER DES TALENTS (DÉJÀ)  GRIPPÉE

CAMEROUN : ANAFOOT, UNE MACHINE A FABRIQUER DES TALENTS (DÉJÀ) GRIPPÉE

Publié le : / Par

Ce mercredi 20 février 2019, il fait une forte chaleur caniculaire sous le ciel du stade annexe n°2 de Yaoundé, installation provisoirement dédiée aux entrainements de l’Académie nationale de football (Anafoot).

 

Une centaine de gamins et gamines, repartis en trois groupes, déambulent aux abords de la pelouse de ce stade. Pour cette séance du jour sans ballon, ils procèdent à quelques exercices physiques sous la coordination de leurs encadreurs, et sous la supervision générale du chef de pôle, Passito Etoundi. L’une des largueurs du stade est occupée par une dizaine de jeunes filles et garçons, vêtus de maillots verts.

 

Ceux-ci font partie des 50 lauréats de la première cuvée du centre de formation de l’Anafoot, présentés en fin d’année dernière au cours d’une cérémonie au Centre d’Excellence de la CAF à Mbankomo, localité située à une cinquantaine de kilomètres de la capitale camerounaise.

 

Au sortir de la séance d’entrainement du jour, ils courent s’hydrater dans les robinets fixés ça et là, puis se fondent dans l’immense foule constituée également des pensionnaires du pôle de la région du Centre et des auditeurs libres, pour le débriefing avec leurs encadreurs. «Chaque enfant doit partir de la maison avec son eau», renseigne Passito Etoundi, titillé par le reporter d‘AFU sur la disponibilité d’une eau de qualité pour rafraichir les athlètes. 

 

Après avoir satisfait aux civilités républicaines en clôturant leur séance par l’exécution de l’hymne national, les jeunes insouciants et surtout mus par le rêve d’une carrière de footballeur professionnel, peuvent rebrousser chemin avec un sentiment de devoir accompli même dans ces conditions exécrables.

 

Un détail qui n’échappe pas à certains parents de pensionnaires, qui croient de moins en moins au projet Anafoot. «Je suis peut-être content que mon fils fasse partie des lauréats du centre, mais je ne suis pas content du traitement. Regardez dans quelles conditions les enfants s’entrainent ! Ce n’est pas différent d’un centre de formation au quartier. La seule différence c’est qu’il y a le gazon. Les maillots sont les mêmes, l’enfant part toujours de la maison avec l’eau comme dans son ancien club. Le plus grave, c’est qu’ils ne sont même pas encore assurés. Mais on nous dit que les choses vont s’améliorer petit à petit. On l’espère vraiment», dépeint un parent sous couvert d’anonymat. Bref, le confort escompté n’est pas encore au rendez-vous de cette structure étatique. 

 

Mystère sur le centre de formation 

 

Après leur présentation au Centre d’Excellence de la CAF en décembre dernier, les 50  pensionnaires du centre de formation sont retournés dans leurs pôles régionaux respectifs depuis lors, en raison de l’absence d’un site devant les accueillir. «En attendant l’ouverture du centre, nous procédons par des regroupements afin de pouvoir les évaluer. Le premier regroupement de cette année aura lieu durant les congés de pâques», indique le Chef de pôle du Centre. Pour ce dernier, le suivi des lauréats de la première cuvée s’effectue avec autant d’intensité dans leurs pôles respectifs sous la supervision des chefs de pôles et dans le respect des modules de formation définis dans l’esprit du centre.

 

Les lauréats se languissent de l’ouverture du centre de formation, qui était préalablement annoncée en septembre 2018 avec un arrimage au calendrier scolaire. «La rentrée sera effective», rassurait alors le Directeur de l’Anafoot Karl Enow Ngachu, au sortir d’une session du Conseil d’administration de la structure le 24 août 2018 à Yaoundé. Ce fut plutôt un faux-départ. 

 

A l’Anafoot, l’on assure cependant qu’elle sera effective en septembre prochain, lors de la prochaine rentrée scolaire. Mais dans un site encore mystérieux. L’infrastructure qui devra abriter la première cuvée des pensionnaires est inexistante. Cependant, des sources au sein de la structure laissent entendre que le Centre d’Excellence de la CAF  servira de cadre au futur centre de formation. Même si les voies officielles ne confirment pas encore cette information. Il n’est cependant pas superflu de préciser que le gouvernement du Cameroun est en passe de racheter ce joyau architectural à la Confédération africaine de football (CAF). La cession de l’ouvrage a d’ailleurs meublé les échanges entre le président Paul Biya et le président de la CAF Ahmad Ahmad lors de la visite de ce dernier à Yaoundé le 2 octobre 2018.

 

Le Cameroun pourra alors disposer de l’infrastructure à sa guise. Mais en attendant, le projet Anafoot mis sur pied en 2017 avec dans l’esprit d’en faire le moule à talents du football camerounais, simplement le «Clairefontaine» du Cameroun, continue son saut dans l’inconnu avec sa ribambelle de dysfonctionnements inhérents à un management chaotique, où les parents de lauréats sont aux abois, le centre de formation inexistant, les techniciens et les employés de l’administration impayés