Tel un vieux magicien sorti d'un conte, Jupp Heynckes est arrivé au Bayern en octobre, a fait des miracles, et en repartira fin juin à tout jamais dans sa retraite rhénane, avec l'aura d'un entraîneur qui a rendu en quelques mois sa grandeur au Bayern Munich.

BAYERN CHAMPION : HEYCKENS ,LE MAGICIEN ÉPHÉMÈRE

Publié le : / Par

 

A entendre ses dirigeants et ses joueurs, le succès en Bundesliga validé samedi à Augsbourg doit presque tout au coach de 72 ans à la chevelure blanche.

Lorsque le président du club Uli Hoeness l’appelle dans les premiers jours d’octobre pour lui proposer de remplacer Carlo Ancelotti, limogé brutalement après une défaite 3-0 à Paris en Ligue des champions, la situation des champions d’Allemagne n’est guère brillante.

L’équipe est deuxième du championnat, avec cinq points de retard déjà sur Dortmund. Elle est deuxième aussi de sa poule de Ligue des champions, derrière un PSG que chacun regarde comme un futur grand d’Europe.

Surtout, l’atmosphère dans le vestiaire est tendue. Les cadres se sont rebellés contre Ancelotti, et l’équipe semble ne plus avoir de ligne directrice.

Heynckes, qui profite depuis 2013 de sa retraite dans l’ouest du pays, à 650 km de Munich, hésite quelques jours. Puis il se jette à l’eau. Par pure passion pour le Bayern, affirme-t-il, et aussi par amitié pour Hoeness, avec qui il a été champion du monde 1974.

Poigne de fer

Il n’a pas besoin de temps d’adaptation. Le Bayern est « son » club. Il l’a déjà entraîné trois fois, et s’est retiré en 2013 sur un fabuleux triplé coupe/championnat/Ligue des champions, le premier le seul de l’histoire du club. (Il a aussi remporté la Coupe aux grandes oreilles avec le Real Madrid, en 1998).

Il exige, et obtient, d’avoir à ses côtés les deux adjoints qui l’avaient épaulé en 2013. Il fait aussi revenir le prestigieux docteur Hans-Wihlhelm Müller-Wohlfahrt, 75 ans, qui avait claqué la porte du Bayern en 2015 suite à une brouille avec Pep Guardiola.

Rigueur tactique, entraînements durcis, discipline à tous les étages: Heynckes, poigne de fer dans un gant de velours, reprend la main en s’appuyant sur les figures tutélaires du club, les Müller, Robben, Ribéry ou Hummels, à qui il rend leur autorité naturelle sur et hors du terrain.

Les résultats dépassent toutes les attentes. Le Bayern repasse en tête du championnat et creuse l’écart. Elimine successivement Leipzig puis Dortmund en coupe d’Allemagne. Bat le PSG 3-1 au retour à Munich et se qualifie ensuite sans coup férir pour les quarts-de-finale de la Ligue des champions (Victoires 5-0 et 3-1 contre Besiktas). Avant de décrocher le titre national au soir de la 29e journée.

 Triplé en ligne de mire 

Au point que le Bayern, qui s’est imposé 2-1 à Séville en match aller de quart-de-finale de Ligue des champions, est de nouveau regardé comme un candidat sérieux à la victoire finale dans la compétition reine.

En peu de temps, le coach au sourire timide mais à la rigueur légendaire séduit tout le monde: « Tous les joueurs l’aiment. L’ambiance au club est sereine. Nous serions très mal inspirés de le laisser partir sans nous battre », lance en janvier Karl-Heinz Rummenigge, la cheville ouvrière du club, qui se lance alors avec Hoeness dans une opération de séduction pour convaincre Heynckes de prolonger d’une saison.

Après quelques semaines de valse-hésitation et de rumeurs, Heynckes finit pas annoncer sa décision à ses dirigeants. A 73 ans en juin, il ne se voit pas continuer, et laissera la place au 30 juin comme prévu initialement.

D’ici là, il peut encore remporter la coupe d’Allemagne, et surtout la Ligue des champions, pour transformer sa belle histoire avec le Bayern en une légende dorée du football mondial.