Affaire Ahmad Ahmad : l’inacceptable humiliation!

Affaire Ahmad Ahmad : l’inacceptable humiliation!

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L’interpellation du président de la CAF jeudi à Paris est une manœuvre humiliante des autorités françaises visant à ternir non seulement l’image du Malgache, mais également à porter un coup au football africain qui s’apprête pourtant à organiser sa fête dans deux semaines en Egypte. 

Yannick Kenne

La planète football a été secoué par l’interpellation jeudi matin à Paris du président de la CAF, Ahmad Ahmad, par les services de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclif). Il lui est reproché d’avoir rompu unilatéralement le contrat qui liait la CAF à l’équipementier allemand Puma. Et pour cette raison, avant même qu’il n’ait été convoqué, il est immédiatement interpellé à son hôtel, puis relaxé en fin de journée dans un clair-obscur absolu. Pour l’heure, les véritables mobiles de cette interpellation ne sont que ceux révélés dans la presse. Ni la CAF, encore moins le parquet français, n’ont communiqué sur cette affaire, qui a pourtant une proportion continentale, si tant est qu’Ahmad Ahmad a été appréhendé en tant que président de la CAF. 

Il s’agit tout de même du patron du football africain. Pas tant qu’il ne soit pas justiciable, ou qu’il soit disculpé, loin s’en faut. Il doit répondre des griefs qui lui sont reprochés s’il est reconnu coupable. Mais en attendant, il bénéficie comme tout justiciable, d’une présomption d’innocence, et ne serait-ce que pour ça, il mérite d’être traité avec des égards. Il représente la tutelle de 54 fédérations en Afrique, et en diplomatie, il a presque rang de chef d’Etat. Et un chef d’Etat, on ne le traite pas de la sorte. On ne le happe pas comme un vulgaire malfrat, et de surcroit en dehors de son territoire, au sortir d’un rendez-vous mondialement médiatisé comme le congrès de la Fifa. Pourquoi les autorités françaises ne l’ont pas préalablement convoqué avant de passer à l’étape de l’interpellation en cas de résistance ? Pourquoi ne l’ont-elles pas fait au lendemain de la CAN 2019 imminente, qui cristallise toutes attentions sur le continent ? Quid de sa dignité, et de sa stature de président de la CAF ? 

Tout se passe comme si la manœuvre des autorités françaises –sans doute avec la complicité des personnes tapies dans l’ombre- consistait simplement à humilier Ahmad Ahmad, et à en rajouter à la litanie de scandales qui ébranlent déjà le football africain. Qu’ont-elles souvent fait ces autorités françaises face aux plaintes des peuples africains contre les exactions de leurs dirigeants ? Que font-elles pour affranchir ces peuples de la boulimie du pouvoir de leurs gouvernants ? Eh bien, ils brandissent très souvent le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un Etat, cher à l’ONU, pour justifier leur indifférence. Et si l’interpellation d’Ahmad Ahmad était également considérée comme une ingérence d’un Etat dans les affaires d’une institution continentale alors qu’il n’en est nullement membre…