1982 à Gijon ( Espagne )  RFA – Autriche : le match de la honte

1982 à Gijon ( Espagne ) RFA – Autriche : le match de la honte

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« Séville 1982 » est resté pour beaucoup, l’un des évènements majeurs de cette Coupe du Monde jouée en Espagne. Cet incident mettant en scène le gardien de la sélection allemande, Harald Schumacher, plaquant à la tête Patrick Battiston n’est pas le seul qui a alimenté les polémiques durant le mondial ibérique.

Dans un match arrangé, sur la pelouse de Gijón, la RFA et l’Autriche ont démontré qu’ils pouvaient pousser la honte à son paroxysme. Et cette partie de pousse ballon porte un nom porte un nom : celui du match de la honte. Il est connu en allemand sous le nom de « Nichtangriffspakt von Gijón » (le pacte de non-agression de Gijón) ou « Schande von Gijón » (la honte de Gijón).

Championne d’Europe en titre (1980) et tête de série du groupe B, la RFA avait courbé l’échine 10 jours auparavant face à l’Algérie.

Un évènement majeur dans l’histoire du football car c’est la première fois qu’une sélection africaine bat une nation européenne en Coupe du Monde et une honte nationale pour l’équipe allemande car étant sure d’elle, certains joueurs déclaraient ainsi que le cinquième but de l’Allemagne serait dédicacé au nouveau bébé d’un des joueurs, le sélectionneur Jupp Derwall ajoutant lui qu’en cas de défaite, il rentrerait au pays en train.

Pour rappel, le calendrier de la Coupe du monde 1982 décale systématiquement d’un jour tous les matchs d’un même groupe, afin de satisfaire au mieux les demandes des télévisions. Les deux matchs de la troisième et dernière journée de ce groupe 2 sont décalés de 24 heures. Le match Algérie-Chili est programmé le 24 juin à 17h15, celui entre l’Allemagne et l’Autriche le 25 juin à 17h15.

Ali Fergani, ex-capitaine des Fennecs lors du mondial espagnol au mondial avait déclaré il y a une semaine à AFU : « Il faut d’abord préciser qu’à l’époque, des nations étaient protégées puisqu’elles jouaient leurs derniers matchs des poules après ceux de leurs adversaires ».

L’Algérie, ayant perdu son deuxième match s’impose lors de son troisième et dernier match face au Chili sur le score de 3 à 2. Et c’est la dernière confrontation du groupe mettant aux prises la RFA et l’Autriche qui continue d’alimenter toutes les critiques de la planète foot presque 4 décennies plus tard. L’Allemagne a finalement enterré les rêves africains avec une petite victoire sur le score de 1-0, laissant ainsi les Fennecs à la 3ème place du classement. Pourtant, même si le scénario était largement envisageable, de nombreux éléments laisseront éclater au grand jour une grande supercherie qui qualifiera cette partie de « match de la honte ».

On pouvait déceler, que ce soit dans les déplacements, dans les intentions ou dans le manque d’agressivité, que les équipes n’avaient clairement aucun objectif de faire avancer le score. Un arrangement entre les deux adversaires est alors déduit par de nombreux journalistes et experts du football qui affirment que l’Autriche aurait accepté la défaite face à leurs adversaires, tandis que les Allemands promettaient de ne pas infliger un score trop large. Un argument plus que valable lorsqu’on voit à quel point les équipes semblent refuser le jeu durant toute la partie.

Michel Denisot, commentateur sur TF1 à l’époque avec Henry Michel, déclarera au micro de la chaine nationale : « C’est le match de la honte (…) On devrait retirer leur licence à ces 22 là ». L’arbitre de la rencontre, l’Ecossais Bob Valentine, extrêmement anxieux avant la rencontre étant donné l’enjeu, déclarera en 2018 au Sunday Post : « C’était comme un échauffement, beaucoup de petites passes, mais aucune initiative. Le plus fou, c’est quand il y a eu un corner, un moment donné. Le ballon a rebondi sur un panneau publicitaire avant de revenir jusqu’à moi. Je l’ai récupéré et envoyé vers le poteau de corner. Un joueur allemand m’a dit : « doucement, monsieur l’arbitre ! ».

Une déclaration lourde de sens qui témoigne donc de la volonté de ne pas jouer le match dans les règles de l’art. Un peu moins au cœur de l’action, le commentateur de la chaine allemande ARD, Eberhard Stanjek, dira lors de cette rencontre : « On ne peut pas appeler ça du football. Ça n’a rien à voir avec un match de Coupe du monde. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais la fin ne justifie pas de tels moyens » avant de finalement stopper son commentaire : « Vous m’autoriserez maintenant à ne plus commenter ce que nous voyons sur le terrain car ce que les deux équipes nous offrent est un moment honteux ». Stopper son métier en même temps que les 22 acteurs sur le terrain, tout un symbole.

Les critiques autour du match vont alors fuser dans la presse internationale au lendemain de la rencontre. Certains médias allemands et autrichiens vont condamner ce match dans leurs colonnes, comme le bi-hebdomadaire Kicker qui publiera : « Nous ne pouvons donner d’étoiles à aucun participant, car il n’y a pas eu de match de foot à Gijón ». Le quotidien Bild a lui aussi publié en couverture « Honte à vous ».

Willi Schulz, ancienne gloire de la sélection, demandera au Conseil de Surveillance de la fédération de football ouest-allemande de punir ses joueurs. Le sélectionneur de l’époque, Jupp Derwall, insistera sur le fait que son équipe voulait seulement se qualifier, et ne pas jouer au football. La question autour de ce match se posait alors : tous les moyens sont-ils bons pour gagner un match, quitte à refuser le jeu ? L’immense majorité condamnera ce match jusqu’à aujourd’hui, mais certains continueront d’affirmer qu’il n’y a aucune honte à se qualifier même en arrêtant toute adversité lors d’un match comme celui-ci.

Malgré les plaintes de la sélection algérienne, qui essaiera de faire disqualifier les deux équipes, la FIFA n’invalidera pas le match, affirmant que l’Allemagne avait le droit de jouer la sécurité, même s’il paraissait évident que « jouer la sécurité » n’était pas le terme adéquat. Cet évènement engendrera tout de même un changement pour la prochaine Coupe du Monde.

Après toutes ces années, de nombreux Allemands de l’époque délieront leur langue pour apporter de nouvelles versions. Si Karl-Heinz Rummenigge, Manfred Kaltz ou encore Lothar Matthaüs réfuteront l’hypothèse d’une tricherie, Halfrad Schumacher avouera lors d’une cérémonie d’un journal algérien en 2008 qu’il y avait bien eu une entente entre les deux sélections, avant de demander pardon au sélectionneur algérien de l’époque, Mahieddine Khalef. De quoi alimenter les soupçons, encore bien présents aujourd’hui dans la tête des spectateurs du fameux « match de la honte ».

 Depuis le mondial 82 en Espagne et ce fameux match de la honte, la FIFA a décidé de rendre les choses plus claires et plus faciles afin d’éviter à d’autres équipes de subir le même sort que l’Algérie et aux équipes d’éviter toute connivence. Ainsi le dernier match de poule se joue désormais en même temps pour toutes les nations du groupe, afin d’éviter tout arrangement entre deux sélections. Cette loi a fait son apparition dès le mondial 86 au Mexique.